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Arriver sur le marché du travail en temps de pandémie : entre frustration et résilience

Jean-Pierre Ngowa dans un couloir coloré.

De nombreux étudiants comme Jean-Pierre Ngowa ont vu leur fin d'année être bouleversée par la COVID-19.

Photo : Soumise par Jean-Pierre Ngowa

Après avoir obtenu leur diplôme dans des circonstances exceptionnelles, les finissants et finissantes des collèges et des universités sont maintenant catapultés dans un marché du travail transformé par la pandémie.

Cette situation imprévue compromet les plans postsecondaires de plusieurs d'entre eux, qui doivent faire preuve de résilience et de patience en attendant de décrocher l’emploi convoité.

Mais pour Jean-Pierre Ngowa, finissant au baccalauréat en éducation de l’Université Laurentienne, à Sudbury, le temps presse.

J’ai cinq enfants et une charmante épouse. [Notre] cinquième est née il y a quelques jours, dit-il, tout sourire. Pour l’instant, sa famille et lui s’appuient principalement sur la Prestation canadienne d’urgence, qui s’élève à 2000 $ par mois.

Cette situation-là change tout le plan qu’on s’était imaginé, explique-t-il. À cette date, le père de famille espérait être en train de déménager dans la région du Grand Toronto pour un emploi.

Même si j’accepte un poste, ce serait difficile de déménager en ce moment. Ce n’est pas évident de trouver une maison [en raison du confinement].

Jean-Pierre Ngowa, finissant au baccalauréat en éducation de l’Université Laurentienne

M. Ngowa croit aussi que l’annulation des cours en classe a joué en sa défaveur. Normalement, j’aurais eu la possibilité de faire des suppléances en mai et en juin. Mais il n’y en a pas eu, dit-il.

Il estime qu’avec les cours en ligne, les occasions de suppléance ont grandement diminué, comme les professeurs enseignent maintenant à distance en Ontario.

Jean-Pierre Ngowa dans un stationnement.

Jean-Pierre Ngowa espère trouver un emploi d'ici septembre.

Photo : Soumise par Jean-Pierre Ngowa

Alex Tremblay, qui vient de terminer ses études en soins paramédicaux au Collège Boréal, à Sudbury, a également dû revoir ses plans.

Après avoir vu son stage être écourté en raison d’un manque de matériel de protection personnelle, il a dû mettre le cap vers Chapleau, sa ville natale, dans le Nord de l'Ontario, afin de travailler au moulin à scie Tembec.

Il avait déjà fait le nombre d’heures de stage nécessaires à l’obtention de son diplôme. Cependant l'examen provincial de préposé aux soins médicaux spécialisés d’urgence, lui, a été repoussé à une date encore inconnue.

Conséquemment, l’Ontario permet maintenant aux étudiants de travailler sans être certifiés pendant 420 jours. Malgré tout, M. Tremblay estime qu’il est désavantagé par rapport aux autres candidats.

Plusieurs postes pour lesquels j'ai postulé n'engageaient pas ceux qui n’avaient pas passé le test provincial. Donc ceux qui ont été engagés, ce sont ceux qui ont gradué l’an passé, explique-t-il.

Un mal temporaire

Les finissants des collèges et des universités aux prises avec des difficultés d’insertion sur le marché du travail peuvent pousser un soupir de soulagement, selon Louis Durand. Le professeur au Département de marketing et de gestion de l’Université Laurentienne estime que les effets de la crise sur les étudiants sont temporaires.

Je crois qu’il faudra un peu de patience, mais on ne parle pas en termes d’années, explique-t-il. S’il n’y a pas de deuxième vague, tout reprend graduellement cet automne et tout devrait bien aller. C’est qu’avant la pandémie, les taux de chômage au Canada étaient au plus bas depuis des décennies.

Il ajoute que les étudiants ayant fait des études postsecondaires ne sont pas parmi les plus touchés de la pandémie.

Je crois que les étudiants seront un peu pénalisés, mais pas autant que les autres travailleurs.

Louis Durand, professeur au Département de marketing et de gestion de l’Université Laurentienne
Louis Durand assis à Radio-Canada Sudbury.

Le professeur Louis Durand, du Département de marketing et de gestion de l'Université Laurentienne

Photo : Radio-Canada / Pierre-Mathieu Tremblay

Même si le taux de chômage avoisine les 14 % en Ontario, les pertes d’emploi se retrouvent surtout dans des secteurs du détail, de la restauration et du tourisme, ajoute M. Durand. Est-ce que les étudiants qui graduent de l’université vont vers ces emplois-là? Pas nécessairement.

Développer ses aptitudes en temps de crise

Les étudiants qui maîtrisent maintenant les outils du télétravail auront un certain avantage, selon M. Durand. Il s’agit de compétences qui pourront être mises à profit lors de la relance économique, dit-il.

Certaines entreprises ont découvert les bienfaits du télétravail, notamment en lien avec les coûts fixes liés à avoir un bureau, un bâtiment et ainsi de suite, énumère-t-il. Je pense que les diplômés universitaires sont plus outillés à s’adapter à cette situation-là.

Cet apprentissage n'a pas été sans épreuves pour Danielle Provencher, finissante en design graphique du Collège Cambrian, à Sudbury.

Lorsque l'école a annoncé la fermeture de ses locaux, Mme Provencher était en classe. C’était certainement un choc, se rappelle-t-elle.

Comme des centaines de milliers de Canadiens, elle a dû rapidement s’adapter aux cours en ligne. J’ai développé des aptitudes à la résolution de problèmes, dit-elle en riant, expliquant avoir dû organiser une exposition de fin d’année entièrement en ligne.

J’ai l’impression que peu importe ce qui peut arrive maintenant, j’ai les aptitudes et l’expérience pour y faire face.

Danielle Provencher, finissante en design graphique au Collège Cambrian
Photo de Danielle Provencher.

Danielle Provencher est designer graphique au sein du groupe IVEY.

Photo : daniellep

Profiter de la relance économique

Au terme de ses études, Mme Provencher a déniché un emploi dans une agence d’immigration locale. Ses collègues de classe, eux, n’ont pas tous eu la chance de se dénicher un emploi.

Elle estime que ceux de sa cohorte pourront jouer un rôle clé afin d’aider les petites entreprises à relancer leurs affaires. On peut donner des services marketing, on peut les aider à rejoindre leurs clients, explique-t-elle.

M. Durand abonde dans le même sens, estimant que si la crise a transformé le marché du travail, certains finissants pourront potentiellement profiter de cette nouvelle normalité.

On ne peut que spéculer à ce moment-ci, mais on voit déjà certains signes que la pandémie a accéléré certains mouvements, avance-t-il. M. Durand précise que le lien entre les médias sociaux et la publicité, la clientèle ainsi que l’image de marque des entreprises semble s’être renforcé.

Il y a beaucoup de gens qui ont appris à utiliser les médias sociaux pour leur consommation. Et maintenant, il y a une panoplie d’emplois qui deviennent importants pour les entreprises.

Louis Durand, professeur au Département de marketing et de gestion de l’Université Laurentienne

C’est pour ça que je pense que l’avenir n’est pas morose pour les diplômés universitaires… malgré la pandémie, conclut-il.

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