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Legault sur la gestion de la pandémie : « Je me sentais un petit peu seul »

Le premier ministre du Québec revient sur les leçons tirées de la pandémie de COVID-19 qui a fait plus de 5240 morts dans la province.

François Legault debout dans une salle de conférence de presse, les bras croisés et les yeux baissés.

Le premier ministre du Québec, François Legault, a admis s'être senti seul à quelques reprises dans la gestion de la pandémie.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Mettre le Québec sur pause, rouvrir les écoles dans les régions, faire appel aux volontaires pour combler la pénurie de personnel dans les CHSLD… Le premier ministre du Québec, François Legault, affirme s’être senti « un peu seul » au moment de la prise de plusieurs de ces décisions pour faire face à la pandémie de COVID-19 qui a fait plus de 5240 morts en près de quatre mois.

On a beau être bien entourés, d’avoir des ministres, d’avoir une équipe, il reste qu’à un moment donné, il faut prendre des décisions et puis on est un peu seul.

C’est par ces mots que François Legault décrit les leçons tirées de ses derniers mois de gestion de crise en tant que premier ministre, lors d’une entrevue de fin de session avec le chef d’antenne du Téléjournal 18 h, Patrice Roy.

Prendre des décisions sept jours par semaine pendant la crise, ça devient lourd, mais ça fait partie de la job, a-t-il ajouté.

Le premier ministre affirme qu’il s’est senti seul notamment une première fois lorsqu’il a dû mettre le Québec sur pause, ordonnant la fermeture de tous les commerces qui n’étaient pas considérés comme des services essentiels. C’était le 23 mars dernier.

Le 9 mars [le directeur national de santé publique, le Dr Horacio Arruda] a dit qu’il va falloir prendre des mesures [comme] ne pas se donner la main, être prudent dans les regroupements, mais ça a pris quand même une semaine avant qu’il nous dise qu’il va falloir fermer les entreprises, a expliqué M. Legault.

Le [Dr Arruda] était même prêt à prendre deux, trois jours pour le faire, mais, moi, j’ai tout de suite dit [qu’il est question] de vies humaines, c’est aujourd’hui que ça se passe, a-t-il ajouté.

C’est sûr qu’en politique, les gens en communications aiment que tout soit préparé et ils auraient voulu prendre quelques jours [pour déterminer la liste de ce qui resterait ouvert], mais j’ai dit non, c’est aujourd’hui que ça se passe, a-t-il encore insisté.

J’étais peut-être un peu seul de mon camp quand j’ai pris cette décision-là. Les gens disaient [qu’il fallait prendre] quelques jours.

François Legault, premier ministre du Québec

À la question de savoir pourquoi il tenait à mettre l’économie en veilleuse plus rapidement que ce qui lui a été recommandé, il affirme qu’il voulait absolument éviter la propagation du virus et que la seule façon de le faire, c’est que les gens restent chez eux.

François Legault parle à Patrice Roy, qui est de dos, et un micro et une grosse lumière sont au-dessus de leur tête.

Le premier ministre du Québec François Legault a fait le bilan de la session parlementaire avec le chef d'antenne de Radio-Canada Patrice Roy, lundi, à la Place des Arts à Montréal.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

La deuxième fois que le premier ministre s’est senti seul a été lorsqu’il a annoncé le 27 avril dernier la réouverture des écoles primaires dans les régions, en mai, alors qu’elle a été annulée dans le Grand Montréal.

Quand j’ai décidé de rouvrir les écoles, j’avais à peu près tout le monde, [y compris] l’opposition, qui disait qu’on ne pouvait même pas ouvrir en région. Je me sentais un petit peu seul.

François Legault, premier ministre du Québec

Pour François Legault, rouvrir les écoles primaires dans les régions représentait un risque, mais, avec le recul, il estime que c’était la bonne décision à prendre.

J’aurais pu rouvrir les écoles [à Montréal] en juin, mais avec tout ce que cela impliquait, je pense que ça n’aurait pas valu la peine, a-t-il ajouté, affirmant qu’il y aura absolument une rentrée l’automne prochain.

Tous les enfants dans les écoles primaires et secondaires vont retourner à l’école l’année prochaine.

François Legault, premier ministre

Il a d’ailleurs salué le très bon travail de son ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, démentant ainsi les rumeurs qui font état d’un possible remaniement touchant ce ministère, entre autres.

C’est complètement faux, parce que Roberge est un excellent ministre de l’Éducation, a-t-il dit. Si [la réouverture] des écoles primaires en région avait mal marché, on l’aurait su. Ça s’est bien passé.

La crise dans les CHSLD

Parmi les autres leçons que le premier ministre du Québec dit avoir tirées de la gestion de la pandémie, on compte la nécessité de régler le problème de personnel dans les CHSLD et les conditions de travail de ces employés.

Il dit avoir senti la perte de contrôle dans les résidences pour personnes âgées presque dès le début.

On avait chaque jour des rapports sur les décès, et on a vu que les décès étaient très concentrés dans certains CHSLD à Montréal, puis dans Lanaudière et ensuite en Estrie, a-t-il dit.

À l’époque, on avait dit que les visiteurs et employés qui avaient des symptômes doivent rester chez eux, mais on s’est rendu compte après quelques semaines que même les personnes qui n’avaient pas de symptômes pouvaient transmettre le virus, a-t-il ajouté.

Mais quand on s’en est rendu compte, il était trop tard. Les premières semaines, les visiteurs et les employés ont répandu le virus dans des centaines de CHSLD.

François Legault, premier ministre

M. Legault a par ailleurs défendu le fait d’avoir donné plus d’attention aux hôpitaux qu’aux CHSLD au début de la crise, rappelant que le principal problème dans les pays les plus touchés était le manque de lits dans les urgences.

On a libéré 7000 lits, donc on était prêts dans les hôpitaux pour prendre [les malades] des CHSLD. On voulait être certains d’accueillir tout le monde dans nos hôpitaux […] Mais ça s’est propagé à une vitesse incroyable. En quelques semaines, on avait des milliers de résidents qui étaient infectés.

François Legault

Se voulant rassurant, il affirme toutefois que le Québec sera prêt pour [une éventuelle] deuxième vague. Pour ce faire, François Legault mise sur les 10 000 nouveaux préposés aux bénéficiaires qui sont formés dès cette semaine pour travailler à temps plein à compter de la mi-septembre.

Un contenu vidéo est disponible pour cet article
François Legault répond aux questions de Patrice Roy.

Entrevue avec le premier ministre François Legault

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Pas de pénurie de masques au Québec

Sur la décision d’interdire les visites des proches aidants dans les résidences pour aînés, M. Legault confie qu’il est cruel de fermer la porte à un proche qui vient nourrir son père ou sa mère. Dès qu’on a pensé que c’était possible de [leur] rouvrir [les portes], on a rouvert, a-t-il soutenu.

Moi j’ai ma mère de 91 ans qui est encore à la maison, et j’imaginais si demain matin [elle] se retrouvait dans un centre comme ça, sans personnel pour la nourrir, lui donner à boire.

François Legault

Pas de regrets, donc? Oui, j’ai un gros regret, répond-il. On aurait dû augmenter les salaires [des employés des CHSLD] beaucoup plus et beaucoup plus vite.

Il affirme aussi la nécessité de réformer les résidences et d’en construire de nouvelles, notamment dans le cadre du projet des maisons des aînés.

François Legault assure par ailleurs que le Québec n’a pas connu de pénurie d’équipements de protection destinés aux travailleurs de la santé. C’est faux, on n’a jamais manqué de masques, a-t-il insisté.

Chaque matin je regardais [combien on avait de] masques, de blouses et de gants […] et on n’en a jamais manqué. Mais à un moment donné, on n’en avait même pas pour une semaine. Mais on avait un plan B pour au cas où, a-t-il ajouté.

Le premier ministre a par ailleurs rejeté une part de la responsabilité dans la crise des CHSLD de Montréal sur le gouvernement libéral de Philippe Couillard, sans le nommer. Suite à certaines réformes qui ont eu lieu dans les dernières années, plusieurs CHSLD n’avaient pas de directeur général, et ça, ça va changer avant l’automne, a-t-il assuré.

Un problème de racisme

Plusieurs autres questions ont été évoquées au cours de l’entrevue de fin de session, notamment la question du racisme systémique, un débat qui a refait surface dans l’actualité il y a trois semaines, à la suite de la mort de George Floyd, cet Afro-Américain de 46 ans étouffé sous le genou d'un policier à Minneapolis, aux États-Unis.

Alors que plusieurs hauts responsables, dont le premier ministre fédéral Justin Trudeau, ont déjà admis l’existence d’un racisme systémique au Canada et au Québec, François Legault préfère parler de racisme tout court.

La majorité des Québécois n’est pas raciste, mais on a un problème de racisme au Québec […] Je n’irai pas embarquer dans une chicane qui va diviser les Québécois à un moment où il faut les rassembler pour dire tous ensemble que c’est tolérance zéro.

François Legault

Le premier ministre du Québec nie catégoriquement l’existence d’un système raciste dans la fonction publique contre les minorités visibles. Je ne suis pas d’accord avec ça, a-t-il lancé, reconnaissant toutefois qu’il existe des personnes racistes « chez les policiers [ou parmi] les employeurs ».

Plus tôt dans la journée, M. Legault avait annoncé en conférence de presse la création d’un groupe des sept contre le racisme envers les minorités visibles et les Autochtones. Selon lui, ce groupe d’action – coprésidé par Nadine Girault et Lionel Carmant, respectivement ministre des Relations internationales et de la Francophonie et ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux – devra soumettre des recommandations « d’ici l’automne ». Je veux que des actions soient prises avant Noël, a-t-il ajouté.

On n’est plus à l’époque de faire des commissions qui vont durer pendant des années. On est à l’étape d’agir pour poser des gestes pour qu’il n’y ait plus de racisme au Québec.

François Legault. premier ministre du Québec

La relance économique et la transition énergétique

Concernant le projet de loi 61 sur la relance économique, dont l’adoption a été reportée à l’automne, le premier ministre affirme ne pas lâcher prise. Ce n’est pas fini, c’est partie remise, a-t-il dit.

Avec ce projet, Québec souhaite notamment favoriser la rénovation et la construction d'écoles, de routes, d'hôpitaux, ainsi que de CHSLD et de nouvelles maisons pour aînés. On y mentionne également la multiplication des travaux pour des projets de transports en commun, notamment le prolongement du Réseau express métropolitain (REM) à Laval.

Le document comporte cependant des dispositions qui font disparaître, par exemple, la possibilité de contester une expropriation en cour en lien avec des projets de transport collectif. Les entrepreneurs auraient aussi la capacité de ne plus respecter diverses dispositions environnementales liées à la protection des écosystèmes et des espèces végétales et animales, en échange d'un montant payé au ministère de l'Environnement.

Avant même la pandémie, on était en train de préparer un projet de loi parce que les ministres, surtout ceux des Transports, de l’Éducation et de la Santé, viennent me voir chaque semaine me dire : "François on n’arrive pas à livrer" […] Il faut minimum de 4 à 7 ans pour faire un projet, a-t-il expliqué, tout en dénonçant l’incohérence des libéraux.

Ils ont accepté de faire pour le REM exactement ce qu’on propose pour le projet de loi 61, dont faciliter les expropriations et accélérer les évaluations environnementales, a-t-il souligné.

Justement, au sujet de l’environnement, que pense-t-il du rôle que le Québec peut jouer, surtout avec la relance économique qui s’amorce? La clé au Québec, c’est l’électrification des transports, répond-il sans hésitation.

On a beaucoup d’électricité, mais on ne produit pas de pétrole et on n’a pas l’intention d’en produire, a-t-il ajouté.

Il y a la ligne bleue [du métro de] Montréal, il y a le tramway dans l’Est. À Longueuil, il y a deux projets de tramway, un autre à Laval, et un à Gatineau, énumère-t-il. Ce sont ces projets-là que je veux [faire] avancer rapidement pour l’environnement. Ils sont tous dans le projet de loi 61.

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