•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Le milieu des arts vivants descend dans la rue

Les trois personnes portent un masque et tiennent une pancarte.

Les codirectrices de la compagnie L'Interrupteur, lors de l'évènement pour les arts vivants tenu le 15 juin 2020.

Photo : Radio-Canada / Catherine Richer

Cecile Gladel

Les artisanes et artisans des arts vivants ont répondu à l’appel du metteur en scène Martin Faucher, lancé la semaine dernière, et se sont réunis à 12 h dans le Quartier des spectacles, à Montréal, et devant le parlement à Québec. Difficile d’évaluer la taille de la foule montréalaise, mais plusieurs centaines de personnes étaient présentes, pancarte à la main.

Je pensais qu’on serait 300 ou 400 personnes, et on était certainement plus de 500, peut-être 700 ou 800? Donc ça correspondait à un besoin de se rencontrer. Les gens avaient des choses à exprimer et pouvaient briser l’isolement dont ils sont victimes, a déclaré Martin Faucher, qui est également codirecteur général et directeur artistique du Festival TransAmériques.

La rencontre, qui ne se voulait pas une manifestation, s’est déroulée dans le calme, même si les personnes présentes tenaient des pancartes affichant leur métier et leurs revendications. Les gens étaient tellement heureux de se rencontrer, de renouer, de discuter d’enjeux et de la misère à faire honorer nos contrats, ajoute Martin Faucher.

Je trouve ça encourageant. C’est un domaine très touché [par la pandémie] et on attend des mesures très concrètes. N’oublions pas que le secteur culturel génère beaucoup d’emplois et c’est une part importante du PIB. Les gens l’oublient.

Patrice Coquereau, comédien
L'homme porte un masque.

Le comédien Patrice Coquereau

Photo : Radio-Canada / Catherine Richer

Les contrats non honorés

Si la réouverture des salles de spectacle, annoncée une heure avant l’évènement, réjouit Martin Faucher, la question du paiement des contrats annulés au printemps et à l’automne prochain reste entière pour les pigistes du milieu des arts vivants.

Il y a une réelle inquiétude et un grand flou. J’ai rencontré beaucoup de gens qui ont eu des contrats annulés au printemps. Les musiciens de l’Orchestre symphonique [de Montréal] et les danseurs des Grands Ballets sont des salariés, ils peuvent donc toucher la subvention fédérale salariale. On voit que le milieu est structuré de différentes façons. Ça montre que les pigistes des théâtres du Rideau Vert, du Prospero, de La Licorne ne sont pas payés. Tant mieux pour les salariés, mais il y a de grandes parts de la pratique artistique qui tombent dans un flou, affirme Martin Faucher.

Une version antérieure de la citation ci-dessus mentionnait que les musiciennes et musiciens de l’Orchestre métropolitain (OM) étaient des salariés. Cependant, ils et elles sont des permanents, rémunérés par service. L’OM a une entente collective avec les musiciennes et musiciens permanents, garantissant un minimum de services par année. Ces services garantis couvrant la saison annulée ont été honorés, mais ils et elles ont ensuite dû demander la Prestation canadienne d’urgence.

Le 13 mars, on avait dit qu’on allait honorer les contrats. La PCU [Prestation canadienne d’urgence] est arrivée, mais ça n’empêche pas que tous les contrats étaient signés. Si l'on ne joue pas pendant un an et demi, je ne sais pas comment on va vivre, constate la comédienne Mireille Deyglun.

La comédienne sur un plateau de tournage.

Mireille Deyglun

Photo : Radio-Canada

Martin Faucher pense qu’au lieu d’amorcer de nouvelles productions, il vaudrait mieux honorer les contrats déjà prévus. Qui est responsable d’une part importante de travailleuses et travailleurs? Collectivement, on l’est. Si 400 millions sont alloués à la culture, il y a sûrement une part importante qui peut servir à honorer les contrats. Va-t-on privilégier la nouveauté versus des gens dont le contrat est annulé et qui n’ont plus de revenus? C’est une question éthique et morale, affirme Martin Faucher.

Les deux personnes portent des masques et tiennent une pancarte.

La comédienne Marie-Joanne Boucher et le comédien Jean-Marc Dalphond

Photo : Radio-Canada / Catherine Richer

Cet été, je devais jouer au théâtre, explique le comédien Jean-Marc Dalphond. Mon contrat a simplement été reporté à l’an prochain. Je sais que je ne suis pas le seul dans cette situation, par contre, contrairement à d’autres, je n’ai pas droit au chômage, je dois me débrouiller pour survivre quand la PCU va arrêter. Si je vais enregistrer une publicité en studio, on ne va pas me payer trois fois plus pour me permettre de survivre. On ne comprend pas pourquoi les artistes sont vus différemment des pêcheurs, qui ont droit au chômage, car la glace est gelée en hiver.

Des personnes de tous les milieux

Lors de cette rencontre, qui ne se voulait pas une manifestation, des artistes ainsi que des techniciennes et techniciens de tous les milieux ont répondu présents pour être visibles.

C’est vraiment difficile, car on a l’impression qu’on n’a pas de poids, pas de voix. Notre danse est basée sur le fait de danser avec quelqu’un d’autre. La distanciation sociale dans le monde de la danse, c’est vraiment difficile. On attend que le gouvernement bouge pour nous aider, explique Veronique Perreault, directrice de tournée pour la compagnie de danse Rubberband.

Les trois personnes sont devant une fontaine et sont masquées.

Véronique Perreault, directrice de tournée pour la compagnie de danse Rubberband, en compagnie d'autres artistes.

Photo : Radio-Canada / Catherine Richer

Les artistes se questionnent aussi sur le plan culturel du gouvernement et sur la manière dont seront dépensés les 400 millions de dollars annoncés. C’est super impressionnant d’entendre ces gros chiffres, mais on ne sait pas trop où ça s’en va. Ils nous disent de nous réinventer, mais j’ai l’impression qu’il faut soutenir aussi. C’est comme si on était de petits animaux et qu’on nous donnait une petite balle pour s’amuser, dénonce la comédienne Marie-Joanne Boucher.

Si ça avait été une aide pour soutenir financièrement la réflexion, la création d’un projet déjà en chantier, ça aurait aidé, ajoute Jean-Marc Dalphond.

Avec les informations de Catherine Richer, chroniqueuse culturelle de l’émission Le 15-18

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !

Arts de la scène

Arts