•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

École à distance : l’absence de données sur la participation inquiète des experts

L’école à distance ne peut pas remplir son rôle de filet social, selon certains experts.

Un enfant devant un ordinateur regarde son enseignant écrire des additions au tableau.

En Ontario, les cours en classe ont été remplacés par quelques heures de cours en ligne chaque semaine.

Photo : getty images/istockphoto / pinstock

Seuls la Colombie-Britannique et quelques conseils scolaires ont été en mesure de fournir des données concrètes sur le nombre d’élèves rejoints par l’apprentissage à distance. Dans plusieurs provinces, dont l’Ontario et la Saskatchewan, la participation à l’apprentissage en ligne n’est pas obligatoire.

Radio-Canada et CBC News ont contacté l’ensemble des ministères et départements de l’Éducation des provinces et territoires au pays ainsi que plus de 30 conseils et commissions scolaires en Ontario, au Québec et dans les provinces maritimes.

Résultat : dans toutes les provinces, des efforts importants ont été mis en place pour fournir des outils technologiques aux élèves qui en ont eu besoin. Par exemple, l’Ontario et le Québec ont distribué des milliers d’ordinateurs et de tablettes aux élèves qui n’avaient pas de moyens technologiques pour participer à l’apprentissage en ligne.

Toutefois, l’accès même à une connexion Internet représente un enjeu dans certaines communautés.

Le rôle de filet social des écoles

Selon la professeure en éducation à l’Université d’Ottawa, Nathalie Bélanger, les enfants vulnérables sont peut-être les grands oubliés de la COVID-19.

Elle affirme que rien n’avait préparé le système scolaire à jouer ses différents rôles à distance et sans véritable préavis.

Non seulement les élèves sont en classe pour apprendre, mais c’est aussi le lieu où ils ont accès à un bon nombre de ressources. Les clubs des petits-déjeuners, par exemple, fournissent des repas dans plusieurs écoles de milieux défavorisés au pays. Les enseignants ont aussi la responsabilité de mettre en contact un élève avec des ressources externes ou même de contacter les services de protection à l’enfance lorsque nécessaire.

Une dame aux cheveux mi-longs poivre et sel, avec un chandail noir, elle a les yeux marron foncé.

La professeure à la Faculté d’éducation de l’Université d’Ottawa, Nathalie Bélanger

Photo : Photo remise par Nathalie Bélanger

Ce sont des liens impossibles à faire si les élèves les plus vulnérables ne participent pas à l’apprentissage à distance, selon Mme Bélanger.

Charles Pascal, ancien ministre adjoint de l’Éducation en Ontario et professeur de développement humain à l’Université de Toronto, affirme qu’il est crucial pour les écoles de pouvoir identifier les élèves qui n’ont pas été en contact avec un enseignant au cours des trois derniers mois.

Selon les informations qu’il a colligées au cours des derniers mois, il estime que la plupart des enseignants et des écoles, en Ontario du moins, ont fait les efforts nécessaires pour joindre tous leurs élèves, en particulier ceux qui avaient déjà été identifiés comme étant plus à risque.

Qu’ils choisissent de le rendre public ou non n’est pas aussi important que de faire tout ce qui est possible pour que chaque élève soit contacté.

Charles Pascal, ancien ministre adjoint de l’Éducation en Ontario

Le professeur Charles Pascal estime toutefois que l’éducation à distance a exacerbé les inégalités dans la société puisque, selon lui, les élèves les plus à risque sont aussi ceux qui ont eu sans doute plus d’obstacles à participer activement à l’éducation à distance, qu’il s’agisse d’accès à la technologie, de disponibilité d’un adulte pour les aider dans leur apprentissage ou de présence de ressources – comme des tuteurs, par exemple.

Mme Bélanger croit pour sa part que la mise en place de protocoles précis pour permettre une organisation plus rapide et structurée en cas de crise semblable à l'avenir est essentielle.

Que ce soit d’autres pandémies ou à cause des changements climatiques, on risque de revoir ce type de situation, et il faut être préparé.

Nathalie Bélanger, professeure en éducation à l'Université d'Ottawa

Les deux experts estiment également que la plupart des enseignants ont fait un travail incroyable en peu de temps et sans directives claires provenant des ministères de l’Éducation partout au pays. Ils estiment que les provinces devraient développer, en consultant les enseignants et les experts en éducation, des plans d’urgence.

La directrice de l’organisme People for Education, Annie Kidder, souligne pour sa part que les données sur la participation des élèves devraient être colligées. Cela permettrait, selon elle, aux futurs enseignants des élèves qui n’ont pas été rejoints par l’apprentissage à distance d’intervenir de manière appropriée lors d’un éventuel retour en classe.

Constat d’une stratégie déficiente

Mélissa Matthieu qualifie pour sa part l’organisation de l’apprentissage en ligne pour sa fille comme ayant été chaotique. La mère de Sudbury souligne être reconnaissante de tout le travail effectué par l’enseignant de 1re année de son aînée, mais soutient du même souffle qu’il a fallu plusieurs semaines pour mettre en place une communication efficace. L’enseignant, selon elle, n’avait d’abord pas accès à Internet.

La mère de trois enfants souligne également que le niveau d’implication nécessaire pour que sa fille demeure engagée dans son apprentissage est très élevé et serait presque impossible à maintenir dans des circonstances différentes. Si par exemple ses autres enfants étaient aussi d’âge scolaire ou si elle et son mari devaient travailler à l’extérieur de la maison, il serait très difficile pour eux de leur offrir toute l'attention requise. Elle souligne également que l’absence de sa fille lors d’une des classes en ligne n’a pas fait l’objet de suivi ou d’appel téléphonique.

Shirlene MacDonald, de Brampton, affirme, elle, que les enseignants de ses enfants fournissent des ressources éducatives qu’elle juge satisfaisantes pour leur permettre de poursuivre leur éducation. Elle affirme avoir reçu des appels des enseignants lorsque l’une d’entre elles ne terminait pas son travail à temps.

Une femme tient une fillette dans ses bras et est entourée de trois adolescentes.

Shirlene MacDonald a 5 filles dont 4 d'âge scolaire. Soutenir leur éducation à la maison est une tâche colossale, selon la mère.

Photo : Radio-Canada

Les conseils scolaires publics de Peel et catholique de Dufferin-Peel, auxquels appartiennent les écoles de ses enfants, ne comptabilisent pas les données sur la participation, mais affirment avoir des mesures en place pour assurer un suivi de la participation par les enseignants.

Par ailleurs, le conseil catholique Dufferin-Peel estime obtenir la participation régulière d’approximativement 70 % de ses élèves.

Mme MacDonald souligne que la responsabilité de superviser le travail de ses quatre enfants d’âge scolaire est une tâche colossale.

Russell Smith, de Toronto, estime pour sa part que son fils de 10 ans accusera un retard lors du retour en classe en septembre, puisque l’école à la maison a été très difficile pour lui et sa famille.

Toute la pression de communiquer avec la classe était sur l’enseignant principal de la classe.

Russell Smith, père d’un élève de 2e année de Toronto

Il déplore ce qu’il qualifie d’un manque de formation et de coordination de la part du conseil scolaire public de Toronto auquel appartient l’école de son fils.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !