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Des préposés croulent sous les appareils à stériliser

Le ministère de la Santé et des Services sociaux ne reconnaît pas leur formation, dénoncent-ils.

Équipe médicale s'affairant à une chirurgie.

Tous les outils et les équipements utilisés par les chirurgiens, du simple scalpel au ventilateur, passent par un préposé au retrait des dispositifs médicaux.

Photo : Radio-Canada

Les travailleurs chargés de stériliser et de désinfecter les équipements médicaux en ont plein les bras. Déjà peu nombreux pour suffire à la tâche avant la pandémie de COVID-19, ils voient leurs nouvelles responsabilités liées au coronavirus maintenues alors que les chirurgies reprennent leur rythme au Québec.

Du plus petit au plus gros, du plus simple au plus complexe, une multitude d'équipements passent tôt au tard entre les mains d'un préposé au retraitement des dispositifs médicaux dans les établissements de santé.

Selon des données de la Fédération de la santé et des services sociaux (FSSS-CSN), moins de 2000 personnes pratiquent cette profession au Québec. Spécialistes de la contamination croisée, ils ont pour mission de prévenir les infections nosocomiales, contractées en milieux de soin.

De sa propre initiative, un groupe de travailleurs a alerté Radio-Canada sur leur situation dans le contexte de la pandémie de coronavirus et de la reprise des chirurgies. On est oubliés continuellement, explique Caroline Gagnon, préposée au retraitement des dispositifs médicaux depuis plus de 15 ans.

Décontamination des masques N95 aux ultraviolets.

Des masques N95 en processus de décontamination.

Photo : Radio-Canada

Dans cette pandémie-là, on nous demande de faire du retraitement qu'on n'a pas l'habitude de faire, souligne Mme Gagnon, qui est à emploi du CISSS des Laurentides. Les préposés doivent en effet désinfecter des quantités importantes de masques N95, de blouses et de respirateurs. Ça s'ajoute à nos tâches.

Si du délestage et le report de chirurgies non urgentes au début de la crise de la COVID-19 ont limité la surcharge, le retour progressif à la normale commence à peser lourd, selon Mme Gagnon. D'autant plus que les désinfections d'équipements liés au coronavirus sont maintenues.

Quand on parle de chirurgie, le médecin spécialiste, oui c'est important. Les infirmières, oui c'est important. Mais derrière toutes ces équipes, nous on est là pour voir à leur sécurité.

Caroline Gagnon

Même son de cloche du côté de David Vauclin, qui travaille dans une unité de retraitement des dispositifs médicaux à l'autre bout de la province, au CISSS de la Gaspésie. Déjà, avant la pandémie, on fonctionnait à pleine capacité et à effectifs réduits, dit-il. Avec tout le reste, on a quasiment doublé notre charge de travail, évalue-t-il.

En Gaspésie, M. Vauclin souligne que son unité ne limite pas son travail au milieu hospitalier : tous les équipements provenant des CHSLD sont aussi traités par son équipe.

Objectifs de reprise des chirurgies au 20 juin

Zones rouges : 30 à 40 % des activités normales

Zones jaunes : 40 à 70  % des activités normales

Zones vertes : plus de 70 % des activités normales

Source : Ministère de la Santé et des Services sociaux

20 ans de retard

Qui plus est, et c'était le cas avant la crise du coronavirus, le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) ne reconnaît pas la formation des préposés au retraitement des dispositifs médicaux.

Bien qu'il existe une attestation d'études collégiales d'une durée de 975 heures, il ne s'agit pas d'un diplôme d'État et il n'est pas obligatoire à l'embauche. Certains employeurs peuvent cependant l'exiger dans leurs offres d'emploi.

Un docteur pose un masque à oxygène sur le visage d'un patient allongé sur la table d'un bloc opératoire.

Les appareils utilisés dans les blocs opératoires et les chariots d'équipements sont préparés par des préposés au retraitement des dispositifs médicaux.

Photo : CBC / Casey Stranges

Josée Marcotte, vice-présidente à la FSSS-CSN, estime que le gouvernement traite encore les préposés comme il y a 20 ans — une époque où ces travailleurs étaient parfois considérés comme des laveurs de vaisselle.

Or, le travail, dit-elle, s'est beaucoup complexifié avec le temps et le développement de nouvelles technologies médicales. Les protocoles de retraitement des dispositifs ont également été renforcés au fil des années, souligne Mme Marcotte. Beaucoup de procédures ont été mises en place.

Mais pendant que les préposés voyaient leur tâche changer, les appareils évoluer et les procédures à apprendre augmenter, les conditions de travail n'ont pas suivi, selon Josée Marcotte. C'est là où je vous dirais qu'il y a un problème majeur. Au niveau de la désinfection et de la prévention, il y a eu une évolution importante [...] Ils sont encore payés comme si leur travail n'était pas aussi complexe, affirme-t-elle.

Le Ministère s'entête à ne pas reconnaître leur formation et la complexité de leur travail.

Josée Marcotte, vice-présidente de la FSSS-CSN

Le salaire d'un préposé au retraitement des dispositifs médicaux, en 2019, se situait entre 20,20 $ de l'heure au premier échelon et 21,55 $ de l'heure au cinquième et dernier échelon.

Des plaintes concernant l’équité salariale ont été déposées dans le passé, rappelle Josée Marcotte. Le dossier est d'ailleurs toujours en analyse à la Commission des normes, de l'équité, de la santé et de la sécurité au travail.

Danielle McCann en conférence de presse.

Les préposés au retraitement des dispositifs médicaux espèrent attirer l'attention de la ministre de la Santé, Danielle McCann.

Photo : Radio-Canada

Refus du Ministère

En plus de réclamer de meilleures conditions de travail, ces employés croient qu'ils mériteraient un nouveau titre reconnaissant davantage l'aspect technique de leurs tâches, comme technicien ou agent technique. Cette reconnaissance, croient plusieurs travailleurs, passe par une reconnaissance de la formation, pourtant recommandée par le Ministère depuis 2004.

Une analyse de la profession du ministère de l'Éducation et de l'Enseignement supérieur évoquait déjà en 2015 que la formation de préposé au retraitement des dispositifs médicaux gagnerait à être reconnue par un diplôme d'État.

Cette analyse soulignait que n'importe quel membre d'un établissement du réseau de la santé pouvait obtenir un emploi de préposé au retraitement des dispositifs médicaux même sans formation. L’ancienneté prime dans les conventions collectives, pouvait-on y lire.

Toujours en 2015, le ministère de la Santé et des Services sociaux n'a pas changé de cap et a rejeté la demande de changement de titre.

Le MSSS a reçu une telle demande de modification dans le passé et l'a étudiée. La conclusion de ces travaux est que les attributions principales se retrouvent dans un titre d'emploi déjà existant, qui est "préposé à la stérilisation", explique un porte-parole.

La FSSS-CSN, comme les travailleurs, espère maintenant que la pandémie poussera le gouvernement et la ministre de la Santé, Danielle McCann, à ouvrir les yeux sur cette réalité.

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