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Coincés au Pérou : quand Immigration Canada ne suit pas l’annonce du PM

Un couple prend la pose pour une photo.

La Canadienne Elise Craig et son mari péruvien Joseph Ruiz Cordova

Photo : Courtoisie : Elise Craig

Au départ, on ne pensait pas devoir écrire cette histoire.

Nous avons interviewé la Canadienne Elise Craig et son mari péruvien, Joseph Ruiz Cordova — tous deux à Lima, au Pérou — le 8 juin 2020. Une heure plus tard, le premier ministre Trudeau annonçait (Nouvelle fenêtre) que les membres de la famille immédiate de citoyens canadiens allaient être admis au Canada à compter de minuit le soir même.

Nous avons aussitôt décidé de laisser tomber notre reportage sur l'impossibilité du jeune couple de rentrer au Canada, puisque les changements annoncés par le premier ministre devaient régler le problème. Le cauchemar de Mme Craig était terminé.

Des hommes portent un cercueil dans la banlieue de Lima au Pérou.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Des proches portent le cercueil d'une victime présumée de COVID-19 au cimetière Nueva Esperanza, l'un des plus grands d'Amérique latine, dans la banlieue sud de Lima, le 30 mai 2020.

Photo : AFP / Ernesto Benavides

À l'approche du dernier vol prévu pour rapatrier les Canadiens du Pérou, elle n'avait plus à choisir entre deux options qui n'en sont pas vraiment. Elle n'avait plus à choisir entre rentrer au Canada en laissant son mari derrière ou rester avec lui dans l'un des pays les plus durement touchés par la pandémie.

C'était avant qu’Immigration Canada ne s'en mêle.

Dernier vol du Pérou

Le dernier vol pour rapatrier les quelque 250 Canadiens toujours coincés au Pérou est prévu pour le 19 juin. Tout vol nécessite une permission spéciale du gouvernement péruvien, qui a fermé son aéroport international en mars dernier. Après ce vol, impossible de savoir quand d'autres départs pour le Canada seront autorisés.

Pour Elise Craig, 26 ans, et son mari, 31 ans, c'est la course contre la montre.

Des femmes d'un groupe de défense des droits des femmes prennent la pose.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Elise Craig (premier rang, 3e à gauche) travaillait au Pérou avec un groupe de défense des droits des femmes.

Photo : Courtoisie : Elise Craig

Mme Craig travaillait auprès d’un groupe de défense des droits des femmes en collaboration avec l’organisme canadien CUSO International, financé en partie par Affaires mondiales Canada. Son retour au Canada n'était pas prévu avant au moins une autre année, mais elle a perdu son contrat en raison de la pandémie. L'emploi de son conjoint dans une agence de publicité a également pris fin.

Ils se retrouvent sans salaire et confinés dans un pays qui arrive au 8e rang mondial quant au nombre de cas d'infection par le coronavirus.

Il leur devient impératif de prendre ce dernier vol vers le Canada, où la famille d'Elise a prévu un endroit où ils pourront se mettre en quarantaine.

Joseph Ruiz Cordova soumet alors une demande urgente de visa de visiteur.

Le 27 mai dernier, Immigration Canada juge que son voyage est de nature optionnelle, comme le tourisme, le divertissement ou les loisirs, et lui interdit de venir au Canada.

Deux personnes en entrevue sur Internet.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Elise Craig et son mari Joseph Ruiz Cordova ont accordé une entrevue à Radio-Canada à partir de Lima, le 8 juin 2020.

Photo : Capture d'écran

Mais l'annonce du premier ministre Trudeau sur la réunification familiale, le 8 juin, est maintenant censée lui ouvrir les portes.

À titre de conjoint d'une Canadienne, M. Ruiz Cordova n'a plus à démontrer le caractère essentiel de son voyage. Il peut maintenant accompagner son épouse au Canada, à la condition qu'il obtienne un visa de visiteur.

Ça me paraît être une incroyable nouvelle! Nous nous croisons les doigts [pour] que les mesures soient mises en place rapidement et que cela puisse apporter un changement au niveau de notre dossier, m'écrit aussitôt Elise Craig par courriel.

Cauchemar bureaucratique

Dans les jours qui suivent, cette joie fait place de nouveau au désespoir.

• Le 9 juin : M. Ruiz Cordova écrit d'urgence à Immigration Canada pour qu'on révise sa demande de visa de visiteur, et cite les changements annoncés par le gouvernement fédéral.

• Le 10 juin, lueur d'espoir : l'ambassade du Canada au Pérou lui écrit que sa demande initiale de visa n'a pas été refusée, seule sa requête pour être exempté des restrictions de voyage l'a été. L'ambassade lui recommande de communiquer de nouveau avec Immigration Canada, maintenant que le critère de voyage essentiel a été retiré pour les membres de la famille immédiate de citoyens canadiens.

• Le 11 juin, espoir aussitôt assombri : dans un courriel que Mme Craig qualifie d'incompréhensible, Immigration Canada répond à la demande de visa de visiteur de son mari en disant qu'il est impossible de traiter sa demande d'exemption aux restrictions de voyage... parce qu'il n'a pas de visa de visiteur! Pas un mot sur sa demande de visa. De plus, selon les règlements mêmes d'Immigration Canada, affichés sur son site web, les membres de la famille immédiate de citoyens canadiens ne sont plus tenus d'obtenir une exemption aux restrictions de voyage depuis l'annonce sur la réunification familiale.

Cette réponse est comme une deuxième gifle au visage. Je ne sais plus quoi faire..., écrit Mme Craig.

Appui de taille

La vice-première ministre Chrystia FreelandAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La vice-première ministre Chrystia Freeland écoute une question lors d'une conférence de presse sur la pandémie de COVID-19 à Ottawa, le mardi 2 juin 2020.

Photo : La Presse canadienne / Justin Tang

Le couple a pourtant obtenu un appui de taille. Le bureau de la vice-première ministre, Chrystia Freeland, la députée fédérale qui représente la circonscription d'Elise Craig à Toronto, a envoyé une lettre à Immigration Canada le 9 juin 2020. Cette lettre fait valoir que la demande de visa de M. Ruiz Cordova peut être acceptée, maintenant que les membres de la famille immédiate de citoyens canadiens sont autorisés à entrer au Canada.

Compte tenu de la rareté des vols internationaux et du nombre grandissant de cas de COVID-19 en Amérique du Sud, nous sommes d'avis qu'il est impératif que M. Ruiz Cordova et sa conjointe, Mme Craig, aient la chance de monter à bord de l'avion pour le Canada, écrit le bureau de Mme Freeland.

À quatre jours du dernier vol prévu pour rapatrier les Canadiens toujours coincés au Pérou, le jeune couple n'a toujours pas obtenu la permission de monter à bord.

L’Erreur du ministre de l'Immigration

Marco Mendicino devant les médias.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Marco Mendicino, le ministre de l'Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté du Canada lors de son point de presse à Ottawa le 8 juin

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

Le bureau du ministre de l'Immigration, Marco Mendicino, n'a pas fait suite à notre demande de réaction. Nous avons demandé à M. Mendicino la raison pour laquelle son ministère semble incapable de traiter le dossier d'Elise Craig et de son conjoint, comme le veut l'annonce du premier ministre.

Le ministre Mendicino a connu des difficultés avec le dossier de la réunification familiale dès le premier jour.

Suivant l'annonce de M. Trudeau, le 8 juin, c'est à M. Mendicino que revenait la tâche d'en expliquer les modalités.

En réponse aux questions des journalistes, le ministre a affirmé à tort que les modifications ne touchaient que les ressortissants étrangers des États-Unis.

Après la conférence de presse, l'attaché de presse du ministre a communiqué avec Radio-Canada pour expliquer que M. Mendicino avait mal compris les questions et que l'annonce touchait en fait tous les ressortissants, quel que soit leur pays d'origine.

En conférence de presse, le ministre ne savait pas non plus à quel moment les changements entraient en vigueur.

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