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Montréal reconnaît l'existence du racisme systémique

Valérie Plante a un air songeur assise à la table de presse.

La mairesse de Montréal Valérie Plante va créer un poste de commissaire à la lutte contre le racisme et la discrimination systémiques à la Ville.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

La mairesse de Montréal, Valérie Plante, souhaite agir pour transformer les façons de faire de la Ville, notamment ses pratiques d'embauche, à la suite de la publication du rapport de l'Office de consultation publique de Montréal (OCPM).

Lors d'une conférence de presse donnée lundi matin, Mme Plante a annoncé la création, d'ici l'automne, d'un poste de commissaire à la lutte contre le racisme et la discrimination systémiques.

Son premier mandat sera d'élaborer une réponse transversale, cohérente et pérenne en matière de lutte au racisme et à la discrimination systémiques pour l'ensemble des unités de la Ville, a déclaré la première magistrate.

La mairesse a présenté également une déclaration au conseil municipal lundi après-midi, qui reconnaît l'existence du racisme et de la discrimination systémiques à la Ville de Montréal, dénonce sans équivoque cette problématique et s’engage à mettre en place les mesures nécessaires pour les combattre. Celle-ci a été adoptée à l'unanimité.

Selon Mme Plante, il est notamment nécessaire de s'attaquer à la sous-représentation de la diversité au sein des effectifs de la Ville, notamment en améliorant le nombre de cadres issus de la diversité.

Valérie Plante a cependant souligné que son administration avait déjà atteint, et même dépassé, son objectif de 33 % d'embauches issues de la diversité, avec un taux de 36 % atteint l'an dernier. Pour accroître le nombre de cadres provenant des minorités ethniques, la mairesse compte sur un programme de gestion des talents et de leadership en diversité.

Nous pouvons et devons faire mieux.

Valérie Plante, mairesse de Montréal

Le rapport en question, rendu public lundi matin par l'OCPM, indique que la lutte contre le racisme et la discrimination a été négligée au sein de la métropole. Le document compte 38 recommandations, et la Ville examinera toutes les pistes d’amélioration possibles et des actions seront déployées en continu, a souligné l'administration Plante par voie de communiqué.

Il y aurait, par exemple, un malaise, un daltonisme racial et un manque de volonté chez de nombreux fonctionnaires à identifier les groupes les plus susceptibles de vivre des situations de racisme et de discrimination systémiques, selon ce qu’on peut lire dans ce rapport.

Chaque Montréalais a droit au respect de sa dignité, aux mêmes opportunités et conditions de vie, et à se sentir en sécurité dans l'espace public, a déclaré Mme Plante lors de sa conférence de presse.

Nous sommes fermement engagés à mettre en place des solutions systémiques à ces problèmes systémiques. Nous devons agir maintenant et la Ville de Montréal doit être exemplaire.

Valérie Plante, mairesse de Montréal, par voie de communiqué

Racisme systémique à la Ville... et dans la police

Selon Mme Plante, le fait de reconnaître l'existence du racisme systémique au sein de l'administration municipale signifie que le problème est aussi présent, par extension, à l'intérieur du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM).

Jusqu'ici, le directeur du SPVM, Sylvain Caron, n'a pas abondé dans ce sens.

M. Caron a toutefois récemment annoncé que la police présenterait, au début de juillet, son nouveau plan pour les interpellations, en réponse à un rapport datant d'octobre dernier qui révélait que les Noirs, les Autochtones et les jeunes Arabes étaient victimes d'a priori systématiques de la part des policiers.

La police de Montréal n'a d'ailleurs pas voulu commenter, dans l'immédiat, la publication du rapport de l'OCPM.

Un contenu vidéo est disponible pour cet article

Place aux gestes concrets

Au dire de Mike Diomande, l'avocat représentant la Ligue des Noirs du Québec, la publication du rapport, lundi, représente une étape importante dans la lutte pour l'égalité.

La reconnaissance du racisme systématique [par la Ville de Montréal] est un bon point, a-t-il déclaré. Ce sont des actes qui sont dans le sens de faire avancer les choses.

La question qu'il faut avoir à l'esprit, c'est vrai que c'est un discours; on attend que des actes soient posés, a-t-il poursuivi.

Will Prosper, documentariste et militant des droits civiques et humains, pense de son côté que l'annonce de la création d'un poste de commissaire est un pas dans la bonne direction et que la Ville de Montréal commence à prendre le racisme beaucoup plus au sérieux. Il espère cependant que cette nouveauté donnera des résultats.

Maintenant, reste à voir si les mesures qui vont être appliquées vont être adéquates pour pouvoir lutter correctement contre le racisme systémique […] Je pense qu’on peut déjà poser des actions pour réduire les formes de racisme que certaines personnes subissent. Il y a plusieurs rapports qui ont déjà été faits au sein de la Ville de Montréal, a-t-il affirmé.

Quant à Philippe Meilleur, directeur général de Montréal Autochtone et président du Regroupement des centres d’amitié autochtones du Québec, il demande à la Ville de nous écouter et nous mettre dans une position d’autorité pour prendre des décisions.

Pour le moment, remarque-t-il, la Ville crée des comités qui sont sous-financés pour discuter des problématiques autochtones, et lui et ses collègues doivent se buter à une méconnaissance généralisée des fonctionnaires en ce qui a trait aux projets qui sont en cours.

Pour ce qui est de contrer le racisme systémique qui existe au service de police, M. Meilleur demande d’être consulté dans le développement d’un plan d’action du profilage racial. Il aimerait aussi que la Ville mette en œuvre des mesures de rétorsion qui auront des conséquences importantes chez les policiers plutôt que de les défendre dans des situations où, de toute évidence, ils sont fautifs.

Philippe Meilleur croit également qu’il serait nécessaire de mettre en place une équipe qui fasse la liaison entre les policiers et la rue.

Les systèmes sont complexes. On a besoin de personnes qui comprennent nos enjeux pour porter les changements à même les infrastructures.

Philippe Meilleur, directeur général de Montréal Autochtone et président du Regroupement des centres d’amitié autochtones du Québec

Le chef de l'opposition officielle à l'Hôtel de Ville de Montréal, Lionel Perez, invite pour sa part l'administration Plante à ne pas « tabletter » le rapport.

Nous sommes à un moment charnière, a-t-il déclaré en entrevue avec La Presse canadienne. Il y a une prise de conscience collective incroyable.

Ce n'est pas normal qu'on ait seulement 13 % des employés de la Ville de Montréal qui sont issus des minorités visibles, bien qu'ils représentent plus du tiers de la population montréalaise.

Lionel Perez, chef de l'opposition officielle à Montréal

M. Perez croit cependant que Mme Plante a tardé et tarde toujours à poser des gestes concrets.

Si la mairesse et son administration avaient mis autant d'efforts sur les enjeux de discrimination et de racisme systémique qu'ils le font avec les pistes cyclables, les choses seraient bien plus avancées, a-t-il offert.

Avec les informations de La Presse canadienne

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