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Des documents font la lumière sur un envoi de virus Ebola vers la Chine l'an dernier

Une femme dans un laboratoire porte une combinaison de haute sécurité.

La Dre Xiangguo Qiu, son mari et ses élèves n'ont pas remis les pieds au Laboratoire national de microbiologie de Winnipeg après avoir été escortés vers la sortie, en juillet 2019. La GRC mène une enquête afin de déterminer s'ils ont contrevenu aux politiques, note l'Agence de santé publique du Canada.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Un envoi de différentes souches des virus Ebola et Nipah vers la Chine par une chercheuse du Laboratoire national de microbiologie en mars 2019 a suscité de nombreuses questions au sein d'agences fédérales et aurait pu poser un risque sanitaire, révèlent des documents obtenus par CBC/Radio-Canada en vertu de la Loi sur l'accès à l'information.

Les documents montrent notamment la confusion qui régnait quant à la façon d’emballer les virus mortels en révélant l’absence de décontamination du colis avant son envoi par un vol régulier d'Air Canada, le 31 mars 2019.

Ils soulignent aussi les préoccupations exprimées par le directeur général du LNM, Matthew Gilmour, à Winnipeg, et ses supérieurs, à Ottawa.

Ils précisent enfin le rôle qu'a joué la Dre Xiangguo Qiu, une scientifique expulsée du laboratoire en même temps que ses étudiants et son mari en marge d'une enquête que l'Agence de santé publique du Canada, qui soutient ne pas être liée à ce transfert de virus.

Des questions sur la nature de la demande

Dans un courriel, M. Gilmour a demandé à David Safronetz, le chef du service des agents pathogènes spéciaux, comment le lien avait été établi entre le laboratoire de Wuhan vers lequel les échantillons ont été expédiés et le Laboratoire national de microbiologie.

À cette question, M. Safronetz a répondu que la demande avait été faite grâce à la collaboration avec la Dre Qiu.

Dans sa correspondance, M. Gilmour a également souligné que des accords de transfert de matériel seraient exigés, et non des "garanties" génériques sur le stockage et l’utilisation.

Des failles à l'expédition

Selon les documents obtenus par CBC, la personne responsable de l’expéditeur au LNM aurait initialement prévu d’envoyer les virus dans des emballages inappropriés et n’a changé d'idée que lorsque les clients, en Chine, ont signalé le problème.

Selon le professeur Amir Attaran, de la Faculté de droit et de l’École d’épidémiologie et de santé publique de l’Université d’Ottawa, la seule raison pour laquelle l’emballage approprié a été utilisé, c’est que les Chinois leur ont écrit en leur disant : "Vous êtes certains de ne pas faire d’erreur ici?".

M. Attaran déplore que si les Chinois n'avaient pas agi ainsi, les scientifiques auraient envoyé plusieurs virus mortels mal emballés sur un vol d'Air Canada.

Vue de l'extérieur des installations du Laboratoire national de microbiologie, à Winnipeg.

Laboratoire national de microbiologie, à Winnipeg.

Photo : La Presse canadienne / JOHN WOODS

Le colis a été acheminé de Winnipeg à Toronto, puis à Beijing sur un vol régulier d’Air Canada, le 31 mars 2019.

Le lendemain, les destinataires ont accusé réception du colis sain et sauf.

Nous tenons à vous exprimer notre sincère gratitude pour votre soutien continu, en particulier aux docteurs Qiu et Anders! Merci beaucoup!! Dans l’attente de notre coopération ultérieure, lit-on dans le courriel fortement caviardé, qui ne fournit pas le nom de l’expéditeur.

Les transferts sont courants, dit l'Agence de santé publique

Les documents obtenus en vertu de la Loi sur l'accès à l'information identifient pour la première les souches de virus Ebola et Nipah expédiées en Chine.

Selon l’Agence de la santé publique du Canada (ASPC), le Laboratoire national de microbiologie partage régulièrement des échantillons avec d’autres laboratoires de santé publique.

Elle soutient que les transferts suivent des protocoles stricts, y compris des exigences en vertu de la loi sur les agents pathogènes et les toxines, la loi sur le transport de marchandises dangereuses, la Norme canadienne de biosécurité et les procédures d’exploitation normalisées du LNM.

L'ASPC confirme que l'envoi a eu lieu en réponse à une demande de l’Institut de virologie de Wuhan pour des échantillons viraux de virus Ebola et Henipah, écrit, dans un courriel, son porte-parole, Éric Morrissette.

Selon lui, l'agence a envoyé des échantillons à des fins de recherche scientifique en 2019.

Il ajoute toutefois que cet envoi n'est pas lié à l'expulsion de l'équipe de la Dre Xiangguo Qiu et de son mari, tout en précisant que l’enquête administrative la concernant n’est pas terminée.

Déconcertant, selon certains

C'est suspect, c'est alarmant, ça pourrait mettre des vies en danger, s'exclame le professeur Amir Attaran.

On se retrouve devant une chercheuse expulsée du laboratoire ayant la plus haute cote de sécurité au Canada pour des raisons que le gouvernement refuse de dévoiler.

Une citation de :Amir Attaran, épidémiologiste et professeur en droit

Tout ce qu'on sait, c'est qu'avant d'être expulsée, elle a envoyé plusieurs souches d'un des virus les plus mortels de la planète à un laboratoire lié à l'armée chinoise et reconnu pour mener des expériences de gain de fonction.

Les expériences de gain de fonction consistent à étudier un pathogène en laboratoire de façon à engendrer des mutations afin de voir s'il deviendra plus dangereux. Selon M. Attaran, la plupart des pays, dont le Canada, refusent de mener ce genre d'expériences considérées comme trop dangereuses.

Il ne faut pas être un génie pour comprendre que ce n'est pas une bonne idée d'envoyer d'échantillons d'Ebola et de Nipah à ce laboratoire de Wuhan, ajoute-t-il.

De son côté, le directeur de l’institut de la Chine à l’Université de l’Alberta, Gordon Houlden, se dit favorable à la collaboration scientifique et aux échanges avec la Chine, mais il argue qu’il doit y avoir un cadre de règles en place et que la propriété intellectuelle du Canada doit être protégée.

L'actuel chef du LNM, Matthew Gilmour, n’était pas disponible pour une entrevue, alors que la Dre Qiu n’a pu être jointe pour commenter.

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