•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Les tests sérologiques, de plus en plus populaires, sont-ils utiles?

Une femme met un prélèvement de sang dans une centrifugeuse.

Le réseau des Cliniques médicales Lacroix ont accueilli 2000 clients qui souhaitaient passer ce test.

Photo : Radio-Canada / Hugo Belanger

Radio-Canada

De plus en plus de Québécois passent des tests sérologiques, disponibles au Canada depuis le mois de mai, pour savoir s'ils ont contracté la COVID-19. Mais leur efficacité est toujours mise en doute, tout comme la pertinence de cette démarche.

Ces tests permettent de déceler la présence d'anticorps contre le virus chez les individus et ainsi d'évaluer l'ampleur des cas asymptomatiques.

Depuis l'autorisation de Santé Canada, le réseau des Cliniques médicales Lacroix a accueilli 2000 clients qui souhaitaient passer ce test, réalisé avec une simple prise de sang.

Sur 2000 tests, on est autour de 2 % de positif, précise Dr Marc Lacroix, propriétaire du réseau des Cliniques médicales Lacroix.

Pour les travailleurs de la santé

Selon le docteur, l'information fournie par ces tests peut être stratégique, sinon cruciale pour certaines personnes. Il pense aux travailleurs de la santé, dont un grand nombre a contracté la maladie.

La présence des anticorps anti-COVID ne veut pas nécessairement dire que nous allons être immunisés. Ça veut dire qu’il y a eu une exposition, ajoute-t-il.

Le Dr Marc Lacroix en entrevue à Radio-Canada.

Le Dr Marc Lacroix, propriétaire du réseau des Cliniques médicales Lacroix.

Photo : Radio-Canada

Ceux qui ont les anticorps vont être beaucoup moins à risque que ceux qui n’ont pas les anticorps, donc ça peut permettre de façon beaucoup plus stratégique et sécuritaire d’envisager une deuxième vague à l’automne, croit-il.

Ça peut potentiellement sauver des vies et empêcher les gens du milieu hospitalier d’être de vecteurs de la maladie.

Dr Marc Lacroix, propriétaire des Cliniques médicales Lacroix

Outre des particuliers, des entreprises ont aussi fait des démarches pour leurs employés en Outaouais.

Une vingtaine d’entreprises sont actuellement en soumission, donc ça va probablement être plus populaire dans les prochaines semaines, assure le Dr Lacroix, qui constate que le gouvernement québécois accuse du retard dans les tests sérologiques.

L'entrée d'une clinique médicale à Gatineau.

La clinique médicale Lacroix sur le boulevard Saint-Joseph à Hull.

Photo : Radio-Canada / Hugo Belanger

Marie-France Joanisse est l'une de celles qui ont fait le test, pour savoir si ses symptômes constatés en mars étaient bel et bien ceux de la COVID-19. L'étudiante en soins infirmiers a été déçue de constater que celui-ci était négatif.

Je sais maintenant que ce n'est pas le meilleur test, parce que si moindrement il y a eu une réaction croisée avec un autre coronavirus, ça peut fausser le résultat. Ça ne détecte pas forcément non plus toutes les souches, a mentionné Mme Joanisse.

Un prix trop élevé

Comme Mme Joanisse, des spécialistes doutent de l'efficacité et de la pertinence de ces tests.

Est-ce que le test sérologique a une utilité pour le citoyen ordinaire? Oui et non, nuance Nima Machouf, épidémiologiste et chargée de cours à l’Université de Montréal.

Le test sérologique a une utilité pour le gouvernement, pour nous indiquer quelle est la population qui a été en contact avec le virus et qui a développé des anticorps. Pour des besoins de travail, les gens ont besoin de savoir s’ils sont activement malades ou pas, poursuit-elle.

Elle juge toutefois que le prix est trop élevé, soit environ 200 $ par test. Le gouvernement ne peut pas offrir ça à la population. Par contre, ce qu'il pourrait faire, c'est négocier avec les compagnies pharmaceutiques, croit l'épidémiologiste.

Problème de fiabilité

Ce qui pose problème, selon le virologue et professeur titulaire à la faculté de médecine de l’Université d’Ottawa, Marc-André Langlois, c'est le manque d'efficacité de ces tests.

Plusieurs des tests souffrent d’un problème de spécificité, lance le virologue. La spécificité, c'est la capacité à détecter les bons anticorps.

Considérant que les tests souffrent d’un problème de spécificité, la valeur de ce test-là est discutable. Est-ce qu’on est certain que ces anticorps-là sont vraiment contre le SARS-CoV-2? s'interroge le chercheur.

Marc-André Langlois en entrevue à Radio-Canada.

Marc-André Langlois, virologue et professeur titulaire à la faculté de médecine de l’Université d’Ottawa.

Photo : Radio-Canada

M. Langlois croit aussi que l'information obtenue une fois le test fait peut être très intéressante pour les virologues et les épidémiologistes, mais ne représente pas d'intérêt pour le patient qui le fait.

La pandémie continue, le virus évolue. Il se peut que le coronavirus qui va recirculer dans 6 mois soit suffisamment différent pour réinfecter les gens.

Marc-André Langlois, virologue et professeur
Notre dossier COVID-19 : ce qu'il faut savoir

Pour la recherche

Présentement, les orientations ministérielles sont claires : les tests sérologiques devraient uniquement être utilisés dans un contexte de recherche ou pour des études de séroprévalence [le nombre d'individus chez qui on a détecté des anticorps spécifiques d'une maladie, dans une population donnée et dans une période de temps déterminée], explique dans un courriel adressé à Radio-Canada le ministère québécois de la Santé et des Services sociaux dont la position est similaire à celle de Santé Canada.

Les laboratoires privés et publics québécois peuvent effectuer des tests en respectant les lois et règlements en vigueur ainsi que la précédente orientation, peut-on aussi lire.

En Outaouais, les tests sérologiques ne sont pas disponibles pour le moment dans le réseau public, sauf pour des projets de recherches, spécifie le Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) de l'Outaouais.

Pour sa part, Santé publique Ottawa attend que la province fournisse des renseignements sur ces tests avant de les offrir au grand public. Le cabinet de la ministre de la Santé de l'Ontario Christine Elliott dit être en discussion avec des experts pour développer des critères et un cadre à l'utilisation de ces tests.

Avec les informations d'Alexandra Angers, de Maxime Huard et de Boris Proulx

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !

Ottawa-Gatineau

Coronavirus