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Dépendance au jeu : les effets pervers du confinement

Des machines à sous au casino du Lac-Leamy à Gatineau.

Des machines à sous au casino du Lac-Leamy à Gatineau (archives).

Radio-Canada

La pandémie et le confinement ont complètement chamboulé les habitudes des personnes aux prises avec un problème de jeu compulsif. Pour certains, c’était le coup de pouce qu’il fallait pour se distancer de leur dépendance, mais la fermeture des salles de jeu a pu en pousser d’autres vers les nombreuses plateformes de jeu en ligne.

Au début, je suis certain que les gens ont vécu un sevrage, un manque, surtout si les gens avaient l’habitude jouer beaucoup, souvent , relate Pierre Gagnon, du centre de réadaptation en dépendance du Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) de l’Outaouais.

Comme avec les dépendances aux drogues, le sevrage peut se faire sentir physiquement et psychologiquement, explique-t-il. Cependant, la fermeture des casinos et des établissements avec des machines pour jouer a eu un effet bénéfique chez certains joueurs.

Ç’a été comme une pause santé , résume-t-il. Il y a des gens qui sont contents de ça, parce qu’ils n’étaient pas capables d’arrêter de jouer et ça, ça leur a permis d’arrêter.

Qui plus est, n’ayant plus la capacité de perdre d’importantes sommes, des joueurs ont pu commencer à avoir un peu plus de liberté en pouvant rembourser leurs dettes, d’après M. Gagnon. S’il n’y a pas l’obsession du jeu tout le temps dans la vie de la personne, ça peut faire une grosse différence , renchérit-il.

La tentation virtuelle

Ce n’est pas parce que les tables de poker et les machines à sous ne sont plus accessibles que tous les joueurs ont pu prendre un peu de recul. C’est tout le contraire pour ceux et celles qui ont commencé ou qui ont continué d’utiliser les multiples plateformes de jeux d’argent en ligne.

Dès que la pandémie s’est installée, on a remarqué un plus grand [virage] vers les jeux en ligne, ce qui existait déjà pour les joueurs invétérés ou avec des problèmes relationnels de type abusif, constate Amnon Suissa, professeur associé à l’École de travail social de l’UQAM.

Difficile aussi pour ces joueurs de se sortir de leurs habitudes sans contacts avec l’extérieur. La solitude amplifie [le problème] encore plus, autant au niveau de la fréquence, que de l’intensité du jeu. Les jeux en ligne qui s’inspirent des jeux vidéo sont très sophistiqués, souligne M. Suissa.

Le casino du Lac-Leamy

Loto-Québec n'a pas indiqué de date pour la réouverture du casino du Lac-Leamy (archives).

Photo : Radio-Canada

Le fait de ne pas voir les gens, personne ne nous dit quoi faire ou "tu passes trop de temps" quand vous êtes en ligne, observe-t-il aussi.

Paradoxalement, le recours à la technologie représente aussi dans bien des cas une planche de salut pour soutenir les joueurs compulsifs, d’après Pierre Gagnon. Avec les gens qu’on voyait en personne, j’ai continué le suivi au téléphone pour voir comment ça se passe, mais aussi pour le traitement, relate-t-il.

Le professeur Suissa, pour sa part, concède que les consultations à distance sont un bon plan B dans les circonstances, mais qu’elles ne peuvent pas réellement remplacer une rencontre en personne.

En personne, on peut faire preuve d’empathie, on peut exprimer plus nos émotions. Ça manque énormément , estime-t-il.

Les rencontres et les thérapies en personne offertes par le CISSS de l’Outaouais reprendront d’ici la fin du mois, note M. Gagnon.

De son côté, Loto-Québec a indiqué par courriel ne pas avoir fixé de date pour la réouverture de ses installations, dont le Casino du Lac-Leamy. Selon M. Gagnon, il faudra faire un travail important auprès de tous les joueurs lorsque ce moment sera venu, surtout pour ceux qui auraient commencé à laisser derrière leur dépendance pendant la pandémie.

Quand le casino et les bars vont rouvrir, ce ne sera pas pareil. Il y a des gens qui vont quand même avoir la tentation d’y retourner. Il va falloir être vigilant […] Ça va peut-être retourner en force , prévient-il.

Avec les informations d'Alexandra Angers

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