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Le crédit doit rester accessible à ceux qui en ont besoin, clament des organismes

Ils pressent les banques d'en faire plus pour aider les Canadiens et mettent en garde contre des prêteurs douteux qui veulent profiter de la situation.

Deux mains ouvertes l'une vers l'autre, dessinées à la craie sur un tableau noir. Entre elles est posé le signe dollar découpé dans du papier.

L'accès au crédit est crucial en temps de crise.

Photo : iStock

Mathieu Gobeil

Des organismes de défense des consommateurs s’attendent à une vague de demandes d’aide dans les prochains mois, quand la Prestation canadienne d’urgence (PCU) prendra fin et quand les institutions financières mettront un terme à leurs mesures accommodantes pour les particuliers.

Dans les temps économiques difficiles, quand les revenus d’emploi s’interrompent, l’accès au crédit peut devenir primordial pour passer à travers le prochain mois, la prochaine semaine.

Les institutions financières ont déployé de nombreuses mesures pour aider leurs clients depuis le début de la pandémie : le sursis de paiements hypothécaires, le report de paiements et la réduction de taux d'intérêt de cartes de crédit et l’annulation de divers frais, notamment.

Les Canadiens s’en sont bien prévalus, comme le montrent les chiffres.

Selon l’Agence de la consommation en matière financière du Canada, les institutions financières réglementées par le fédéral ont approuvé plus de 1,8 million de reports de paiements pour une variété de produits de crédit : hypothèques, marges de crédit, prêts personnels, prêts auto et cartes de crédit.

De plus, elles ont approuvé plus de 300 000 réductions d’intérêts sur les cartes de crédit.

Une vague anticipée

Concernant la capacité d’accéder au crédit, les organismes d’aide et de défense des consommateurs consultés disent ne pas recevoir plus de plaintes ou de commentaires de consommateurs à ce sujet depuis le début de la pandémie. Mais la situation pourrait changer rapidement.

On reçoit peu de demandes pour des consultations budgétaires. C'est le calme plat en ce moment. Peut-être le calme avant la tempête? remarque Marie-Ève Dumont, conseillère en communication à Option consommateurs.

Le gros de la vague est vraiment à venir, on est très sûrs de ça, affirme pour sa part Gabriele Roehl, conseillère budgétaire à l’Association coopérative d’économie familiale (ACEF) du Sud-Ouest de Montréal, organisme qui offre des consultations budgétaires, de l’accompagnement en matière d’endettement et de l’aide à la défense des droits.

Je pense que le fait que beaucoup de gens ont pu profiter de la PCU, ça a fait en sorte qu'on a eu moins d'appels. Parfois, pour les gens en difficulté, la PCU était plus que leurs revenus de travail. Ça veut dire que ça allait plutôt bien. Sauf que là, ils ont reçu pour la plupart leur dernier chèque au début juin. Alors, nous, on s'attend à une vague d'appels pendant l'été parce que c'est là où les gens vont se demander : "Qu'est-ce qui arrive maintenant? Est-ce que j'ai droit à l'assurance-chômage, et sinon, qu'est-ce que je vais faire?", poursuit Mme Roehl.

Toutes les mesures d’aide ont été pensées au départ pour une situation qui durerait peu de temps, estime-t-elle. On pensait qu'il s'agissait de quelques semaines, mais là, on apprend que c'est quelques mois, voire peut-être un an, un an et demi, dit-elle.

Qu'est-ce qu'on fait une fois que, justement, les dates de tombée approchent et qu’il faut recommencer à payer, malgré le fait que pour peut-être beaucoup de gens, la situation n'est pas encore revenue à la normale ou à "l'avant-COVID?"

Gabriele Roehl, conseillère budgétaire à l’Association coopérative d’économie familiale (ACEF) du Sud-Ouest de Montréal

Si je n'ai pas de job à l'automne, après les six mois [de sursis de paiement], qu'est-ce que je fais? À un moment donné, je ne suis peut-être plus capable de reprendre mes paiements. Ça se peut qu'il y ait des gens qui vont être obligés de déclarer faillite et de faire une proposition de consommateur, poursuit-elle.

Par ailleurs, une bonne partie des gens qui font appel aux services de l’ACEF du Sud-Ouest sont des bénéficiaires de l’aide sociale, qui pour la plupart n’ont pas droit à la PCU. L’épicerie coûte plus cher, entre autres. Les gens sur l'aide sociale, ils n'ont aucune marge de manoeuvre. Pour eux, c'était tout de suite une catastrophe. Je trouve qu'ils restent vraiment le groupe de personnes oubliées, en fin de compte, avec les mesures d'aide.

Le niveau d’endettement des ménages canadiens, mesuré par le ratio de la dette sur le revenu disponible, atteint maintenant 177 %, selon Statistique Canada, un niveau record.

Des cartes de crédit dans un portefeuille.

Vous pouvez demander à votre institution financière un report de vos paiements et une diminution du taux d'intérêt de votre carte de crédit.

Photo : Radio-Canada

Mise en garde contre les offres trop alléchantes

L’Union des consommateurs, qui regroupe plusieurs ACEF du Québec, dit constater des préoccupations chez certains de ses membres. Plusieurs m’ont fait part de leur inquiétude concernant une recrudescence de publicités de prêts rapides à très haut taux d’intérêt, particulièrement visibles sur les réseaux sociaux, dit Paul Cérat, chargé de communication à l’Union des consommateurs.

Selon certains de nos membres, cette recrudescence des publicités de prêts rapides pourrait illustrer que les institutions financières seraient plus frileuses à octroyer des prêts en période de pandémie et qu’en réponse à cela, certaines personnes estiment n’avoir d’autre choix que de se résoudre à prendre un prêt rapide, mentionne-t-il.

Les offres qui semblent trop alléchantes pour être véritablement avantageuses sont un problème à surveiller, confirme Charles Tanguay, porte-parole de l’Office de la protection du consommateur.

On va être à l'affût sur ce genre de pratique là, sur les commerçants qui promettent des miracles pour votre situation financière, mais finalement qui n'offrent pas grand-chose de plus que de vous soutirer plus d'argent, affirme-t-il.

On va certainement être vigilants sur l'encadrement des prêteurs, sur les pratiques commerciales entourant le crédit. On veut éviter que des commerçants tentent de profiter de la situation de vulnérabilité.

Charles Tanguay, porte-parole de l'Office de la protection du consommateur

On voit déjà à l'oeuvre des commerçants itinérants qui promettent des subventions en matière de chauffage, des choses comme ça. C'est des cas classiques, mais qui reviennent constamment. Ils ont une certaine habileté à s'adapter aux circonstances du moment.

M. Tanguay incite à la prudence devant ces arnaques.

L'Office va être vigilant sur tous ces commerçants qui pourraient être tentés de profiter de la situation. On a vu dans le passé toutes sortes d'entreprises qui peuvent proposer des consultations budgétaires ou de la consolidation de dettes, du genre : "Réunissez toutes vos dettes chez nous et on va s'occuper de vos créanciers et aller négocier avec eux". Or, maintenant, ce travail-là est très sévèrement encadré par l'Office, explique-t-il.

Concernant les prêts rapides à coût élevé, il y a un encadrement plus serré qui est entré en vigueur à l’été 2019, qui introduit notamment la notion de crédit à coût élevé, avec un permis spécifique pour ces prêteurs-là et un droit de dédit pour les consommateurs, précise-t-il.

À l’Office de la protection du consommateur, les plaintes ne sont toutefois pas plus nombreuses en ce moment.

Plus tard, peut-être qu'il y aura une recrudescence de plaintes par rapport aux pratiques commerciales de ces prêteurs-là.

D'autres mesures réclamées

Mme Roehl pense que les institutions financières auraient pu en faire plus en ces temps de pandémie. C'est sûr qu'elles auraient pu aller plus loin. Arrêter au moins les intérêts durant les mois où les paiements sont suspendus.

L’Union des consommateurs réclame elle aussi que les institutions financières n’ajoutent pas au solde des prêts hypothécaires les intérêts dus pour les mois où une suspension du paiement du prêt est accordée. L’organisme voudrait aussi que banques offrent de petits prêts à bas taux d’intérêt, assortis de conditions de remboursement avantageuses.

Pour le moment, à notre connaissance, Desjardins est la seule institution financière à offrir de petits prêts à faible taux, dit Paul Cérat.

Joint par courriel, le porte-parole de la Banque Nationale souligne que son institution offre quant à elle des prêts de subsistance à ses clients. Nous avons aussi annoncé le remboursement des intérêts composés lors d’un report de versement hypothécaire. Depuis le début, nous travaillons sur une base individuelle avec nos clients touchés et nous continuerons de le faire dans le futur, explique Jean-François Cadieux.

L’Association des banquiers du Canada faire remarquer, quant à elle, que les banques ont libéré pour près de 1 milliard de dollars par mois avec les remises de paiement.

Outre les centaines de milliers de sursis de paiement de prêts, de marges de crédit et de cartes de crédit – et les baisses non négligeables des taux d’intérêt ou l’octroi de faibles taux d’intérêt – plus de 721 000 particuliers ont reçu une aide pour le paiement de leur prêt hypothécaire sous forme de saut ou de remise des versements, leur permettant ainsi d’utiliser cet argent pour des besoins pressants, affirme par courriel le porte-parole Mathieu Labrèche.

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