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Montréal néglige la lutte contre la discrimination et le racisme, dénonce un rapport

La mairesse Valérie Plante promet d'ores et déjà d’augmenter l’embauche de personnes issues de minorités visibles à la Ville de Montréal et de « s’attaquer » à la « discrimination systémique ».

Mme Ollivier debout, un micro à la main, s'adresse au parterre.

La présidente de l'OCPM, Dominique Ollivier, dévoile un rapport qui dénonce la présence de discrimination systémique au sein des instances de la Ville de Montréal.

Photo : Radio-Canada / Jérôme Labbé

« La lutte contre le racisme et la discrimination a été négligée. Le caractère systémique de ces phénomènes n’est pas reconnu », assure, dans un rapport virulent contre l’administration municipale, l’Office de consultation publique de Montréal (OCPM).

Ce dernier a mené, ces derniers mois, une série de rencontres pour sonder la population et déterminer s’il existe du racisme et de la discrimination systémiques au sein des instances de la Ville de Montréal.

À la lecture de ce document (Nouvelle fenêtre) de 261 pages rendu public lundi, qui contient 38 recommandations, le constat est frappant. Il faut reconnaître que ça existe, résume la présidente de l’OCPM, Dominique Ollivier, qui réclame désormais des gestes forts, des gestes audacieux.

« Il n’y a pas une administration qui a vraiment fait mieux que la précédente. Depuis l’administration de Jean Doré, c’est assez égal. Depuis 10 ans, les progrès sont très, très lents. »

— Une citation de  Dominique Ollivier, présidente de l’OCPM

Il y aurait, par exemple, un malaise, un daltonisme racial et un manque de volonté chez de nombreux fonctionnaires à identifier les groupes les plus susceptibles de vivre des situations de racisme et de discrimination systémiques, selon ce qu’on peut lire dans ce rapport.

On y déplore également un amalgame entre l’immigration et les enjeux de racisme, mais aussi l’absence de données fiables pour établir un plan d’action et mesurer les résultats.

Des fonctionnaires vivraient des microagressions de la part de collègues, explique Dominique Ollivier. Du genre, dire à des employés : les Noirs sont des paresseux, mais je ne parle pas de toi, détaille-t-elle, en évoquant aussi des trucs sur des odeurs, la propreté.

Des formations consacrées explicitement à la lutte au racisme et à la discrimination devraient être obligatoires pour l’ensemble de la fonction publique municipale (employés, professionnels, cadres) ainsi que pour le personnel des sociétés paramunicipales, est-il noté.

Plus de 7000 participants

Ces consultations publiques ont été lancées l’an passé, à la suite du dépôt d'une pétition par un important mouvement citoyen. Près de 22 000 signatures ont été récoltées par un groupe dirigé par un ancien candidat de Projet Montréal aux dernières élections municipales, Balarama Holness, qui s’était dit victime de « racisme systémique ».

M. Holness parle devant un micro.

Balarama Holness est l'un des leaders du groupe Montréal en action. Il est aussi l'un des instigateurs de la pétition qui a forcé la Ville à tenir une consultation publique sur le racisme et la discrimination systémiques.

Photo : Radio-Canada / Jérôme Labbé

Une nouvelle autorité et des cibles de représentativité réclamées

Le rapport mentionne une lourdeur administrative, puisque plusieurs structures se répartissent la gestion des plaintes et l’élaboration de programmes. Ça prend une entité neutre, qui a un pouvoir d’intervention, pour montrer que c’est une orientation forte, qui part d’en haut, juge Dominique Ollivier.

Un poste de commissaire à la lutte au racisme et à la discrimination, avec des ressources suffisantes et compétentes, devrait ainsi voir le jour d’ici le mois d’octobre, recommande ce rapport.

Alors que Montréal compte désormais 9,4 % d'employés issus des minorités visibles [sur un objectif de 11 %], contre 6 % en 2013, cette proportion masquerait une autre réalité.

Depuis trois ans, relate Dominique Ollivier, il n’y a eu aucune embauche de cadres issus des minorités visibles. Ça témoigne de biais qui sont probablement inconscients, mais qui existent néanmoins, signale-t-elle, alors que le tiers de la population montréalaise s’identifie à une minorité visible ou à un groupe autochtone.

Par ailleurs, Montréal devrait se fixer des cibles contraignantes pour les conseils d’administration des instances et organismes où elle détient un pouvoir de nomination, par le truchement d’un règlement municipal.

La parité hommes-femmes est demandée, et le tiers des postes, au minimum, devrait être pourvu par des personnes racisées et/ou autochtones.

Une déclaration contre le racisme et la discrimination

Montréal compte reconnaître le caractère systémique du racisme et de la discrimination, tout en condamnant fermement ces pratiques, lundi, au cours d’une séance du conseil municipal. Une telle déclaration est proposée par la mairesse Valérie Plante qui compte affirmer sa solidarité avec tous ceux qui dénoncent toutes formes de racisme et de discrimination, qu’elles soient directes, indirectes ou systémiques.

Valérie Plante, debout, avec des dossiers dans ses bras.

La mairesse Plante compte augmenter le nombre d'embauches de minorités visibles au sein de l'administration municipale.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

La mairesse Plante veut « favoriser plus de diversité »

Il n’a pas été possible d’interroger la mairesse Valérie Plante après avoir obtenu ce rapport, sous embargo. En revanche, celle-ci, comme cela est de coutume avec l’OCPM, a reçu ce document il y a quelques jours.

Au cours d’une entrevue accordée jeudi à Radio-Canada, elle a librement indiqué sa volonté de s’attaquer à la discrimination systémique, en évoquant ces consultations publiques.

Des annonces doivent être faites à ce sujet lundi, dans le but de favoriser plus de diversité à même les différentes institutions, dont celle de la Ville de Montréal, a-t-elle souligné.

On veut envoyer un message clair, a-t-elle affirmé, en évoquant notamment les embauches au sein de la Ville de Montréal et du service de police de la métropole.

« Il nous reste encore un bout à accomplir. Non seulement il faut attirer plus de personnes issues des communautés culturelles, des personnes racisées et autochtones, mais il faut aussi s’assurer de pouvoir accompagner ces personnes-là afin de monter dans l’échelle. »

— Une citation de  Valérie Plante, mairesse de Montréal, le 11 juin 2020

Selon le dernier rapport de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPDJ), la Société de transport de Montréal (STM) fait figure de bon élève avec 17,1 % de ses employés issus des minorités visibles, un chiffre proche de la cible fixée (17,5 %).

Profilage racial encore dénoncé au SPVM

Du côté du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), une nouvelle politique d’interpellation, visant à contrer le profilage, sera dévoilée le 8 juillet.

Sylvain Caron en uniforme, à l'extérieur.

Le chef de police de Montréal, Sylvain Caron, a promis la mise en place d'une nouvelle politique d'interpellation.

Photo : Radio-Canada / Charles Contant

Une bonne nouvelle, selon Dominique Ollivier, alors que l’OCPM estime que le profilage racial et social sévit au sein du SPVM et qu’il constitue de la violence dirigée vers certains groupes racisés et vers les personnes autochtones.

« Le profilage racial et social est lié directement au style de gestion qu’il y a dans l’état-major et la haute direction du service de police. »

— Une citation de  Dominique Ollivier, présidente de l’OCPM

L’automne passé, un rapport réalisé par des chercheurs indépendants révélait que les personnes noires et autochtones ont entre quatre et cinq fois plus de risques d’être interpellées, comparativement aux personnes blanches.

Une révision des formations proposées par le SPVM afin d’intégrer des notions propres au profilage racial et social ainsi qu’à l’antiracisme est ainsi recommandée. Celles-ci devraient être obligatoires pour tout le corps policier, précise l’OCPM.

Le SPVM a cependant fait des progrès au cours des dernières années quant à la diversité de ses effectifs. En 2019, 8,1 % des agents montréalais sont issus des minorités visibles, contre 6,9 % cinq ans plus tôt.

Avec la collaboration de Benoît Chapdelaine

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