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États-Unis : « il faut passer de la rue aux urnes »

Courtland Cox, vétéran de la lutte pour les droits civiques, devant sa maison à Washington.

Courtland Cox, vétéran de la lutte pour les droits civiques, suggère aux manifestants de s'investir en politique.

Photo : Radio-Canada / Raphaël Bouvier-Auclair

En 1963, Courtland Cox était membre du Comité d’organisation non violent des étudiants, un groupe afro-américain. Il a manifesté dans le sud des États-Unis, puis a participé à l'organisation de la marche sur Washington, au cours de laquelle Martin Luther King a prononcé son fameux discours « I have a dream ».

En entrevue à Radio-Canada, l’homme de 79 ans jette son regard sur l’actuel mouvement contre les injustices raciales aux États-Unis. 

Comment voyez-vous les manifestations qui ont eu lieu dans des dizaines de villes au cours des deux dernières semaines?

Je les vois un peu comme ce que nous avons fait. Je vois des jeunes qui se soulèvent contre quelque chose. Cette fois-ci, il s’agit de la brutalité policière. Ils ont décidé qu’ils n'allaient plus tolérer cela et qu’ils allaient manifester. C’est un peu comme à l’époque, lorsque nous nous sommes soulevés contre le manque de services et la discrimination.

Quelles sont les principales différences entre le mouvement auquel vous participiez dans les années 1960 et celui auquel on assiste aujourd’hui?

Maintenant, il y a des téléphones cellulaires qui permettent d’enregistrer ce qui se produit. Sans cela, personne ne croirait ce qui se passe. Puis, nous avons maintenant des élus noirs. De Baltimore au Texas, il y a des maires afro-américains à Richmond, Charlotte, Birmingham et Montgomery. Tout cela existe notamment grâce à ce qui s’est passé dans les années 1960. Nous avons maintenant une infrastructure qui peut changer la donne.

Vous savez, dans les années 1960, il y avait peu de personnalités noires qui pouvaient parler et que les gens écoutaient. Aujourd’hui, si LeBron James ou Michelle Obama parlent, le pays est attentif. Nous nous battons pour la même cause, mais les outils diffèrent.

Des sondages montrent qu’une majorité d’Américains appuient des revendications des manifestants. N'est-ce pas une autre différence par rapport à la lutte pour les droits civiques?

Il y avait des Blancs, comme Lucy Montgomery, qui n’avaient pas peur de s’engager et qui étaient ostracisés. Mais on parle de quelques individus qui étaient très forts et qui nous appuyaient. Aujourd’hui, il y a toutes sortes de gens. Récemment, je circulais sur l’avenue Wisconsin à Washington, dans un quartier presque entièrement blanc, et j’ai vu trois personnes sur le coin d’une rue tenant des affiches de Black Lives Matter. À l’époque, on n'aurait jamais pu voir un groupe de Blancs dans un quartier blanc dire qu’ils étaient en faveur des droits civiques. C’est un gros changement.

Pennsylvania Avenue est pleine de manifestants brandissant des pancartes en soutien au mouvement Black Lives Matter.

Une importante manifestation antiracisme s'est tenue le 6 juin, à Washington.

Photo : Getty Images / Drew Angerer

Dans un contexte politique très polarisé aux États-Unis, le mouvement de contestation peut-il mener à des réformes politiques?

Je pense qu’il y aura de véritables changements au sujet de la police. On peut par exemple penser à l’interdiction des techniques qui bloquent les voies respiratoires. Je pense qu’il y aura une entente pour encadrer ce que la police peut faire. Tout ça est désormais possible parce que, comme je le disais, il y a une infrastructure, y compris de maires et de conseillers noirs ainsi que de libéraux blancs, qui s’est formée avec les années. Mais ce qui n’arrivera pas, je crois, c’est l’obtention des fonds nécessaires pour s’attaquer à des questions comme l’éducation, l’accès au logement et la santé.

Quel conseil donnez-vous aux manifestants qui militent pour des réformes sur les questions raciales?

Malcolm X disait : the ballot or the bullet, la balle ou le bulletin de vote. C'est comme ça que le changement survient. Et ça ne viendra pas avec la force. Donc, les gens doivent s'engager dans le processus politique. Ils ne doivent pas seulement voter et enregistrer de nouveaux électeurs, mais aussi présenter leur candidature. Il faut avoir accès à ces postes pour changer la situation. Le changement ne survient pas nécessairement de la rue, en tentant d'influencer des gens qui bénéficient du statu quo. Si vous voulez que les choses changent, il faut remplacer vos sénateurs et vos représentants au Congrès.

Martin Luther King devant une immense foule.

Martin Luther King à Washington en 1963

Photo : AFP/Getty images

Vous avez participé à l’organisation de la marche sur Washington en 1963. Que pensez-vous de l’annonce d’une autre grande manifestation dans la capitale à la fin du mois d’août?

Je suis d'avis qu’on devrait se concentrer sur la participation électorale. On devrait s'efforcer d'éduquer les jeunes pour qu’ils comprennent qu’ils doivent non seulement voter, mais aussi accéder au pouvoir. [...] Je ne sais pas ce qu’on pourrait tirer d’un autre rassemblement à Washington. D'après moi, la force des manifestations actuelles réside dans le fait qu’elles ont aussi lieu dans des communautés rurales, dans des endroits très diversifiés.

Certains propos ont été synthétisés à des fins de compréhension.

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