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Quand et comment pourra-t-on rouvrir la frontière avec les États-Unis?

Les drapeaux canadien et américain flottent devant le pont Ambassador, qui permet de circuler de Windsor, en Ontario, à Détroit, dans le Michigan.

La frontière canado-américaine est fermée depuis le 18 mars.

Photo : La Presse canadienne / Rob Gurdebeke

La frontière entre les États-Unis et le Canada est fermée jusqu’au 21 juin, mais rien ne signale qu’elle sera rouverte à ce moment-là. Au contraire, plusieurs sources indiquent que les restrictions aux voyages non essentiels devraient être maintenues pour au moins un autre mois.

Le maintien des restrictions est la chose à faire pour le moment, croit Benoît Mâsse, professeur à l’École de santé publique de l’Université de Montréal. À son avis, nous sommes encore loin du stade où l’on pourrait recommencer à circuler librement entre les deux pays.

Avec tout le travail que l'on a fait pour reprendre le contrôle de l'épidémie ici, de rouvrir la frontière, étant donné la situation aux États-Unis, ce serait repartir à zéro et revivre la situation où l’on était début mars.

Une citation de :Benoît Mâsse, professeur à l’École de santé publique de l’Université de Montréal.

Ce que dit l’Agence de la santé publique du Canada :

L’assouplissement des restrictions frontalières [doit être] sécuritaire, graduel et appuyé par les mesures fédérales et provinciales actuelles de santé publique, notamment : identifier rapidement les cas, trouver méticuleusement les contacts étroits et utiliser des mesures de santé publique éprouvées, telles que l'isolement, l'hygiène des mains et l'éloignement physique.

Pour lever les restrictions, pense M. Mâsse, il faudrait que l’on parvienne à maintenir les hospitalisations et les décès à un niveau très faible pendant plusieurs semaines.

C’est ce qu’ont réussi à faire la Nouvelle-Zélande et l’Australie qui, après avoir endigué la transmission du coronavirus, commencent à envisager la création d’un espace commun où les voyages sont permis.

C’est ce qu’on doit faire nous aussi, soutient M. Mâsse. Chaque fois qu’on ouvre une frontière, il faut s’assurer que le pays avec lequel on ouvre est en bon contrôle de la pandémie. Mais les États-Unis sont très hétérogènes et j’ai de la misère à voir le jour où tous les États américains seront en parfait contrôle.

Une vingtaine d’États américains ont connu une augmentation des infections au coronavirus au cours des derniers jours. C’est notamment le cas en Oregon, en Californie et en Arizona, mais aussi en Floride, en Arkansas, au Nouveau-Mexique et dans l’État de Washington. Les États-Unis sont actuellement le pays comptant le plus de cas de COVID-19 dans le monde.

Au Canada, le nombre de nouveaux cas et d’hospitalisations est, au contraire, en diminution.

Quand on voit ça, on se dit que ce n'est pas le temps d'ouvrir la frontière.

Une citation de :Benoît Mâsse, professeur à l’École de santé publique de l’Université de Montréal.

Des raisons humanitaires

Cependant, entre lever toutes les restrictions et n’en lever aucune, il y a une certaine marge de manoeuvre. Les autorités pourraient ainsi tolérer des voyages pour raisons humanitaires, croit le chercheur, pour permettre aux membres d’une même famille établis des deux côtés de la frontière de se voir, par exemple.

C’est ce qu’a fait le gouvernement Trudeau le 8 juin dernier, lorsqu’il a approuvé l’entrée au pays de ressortissants étrangers qui sont des membres de la famille immédiate de citoyens canadiens et de résidents permanents et qui ne sont pas malades de la COVID-19.

C’est gérable parce que leur nombre est bien moindre que celui des touristes, affirme M. Mâsse.

Conséquences économiques majeures

Entre-temps, l’industrie touristique s’impatiente de voir l’été, sa meilleure saison, lui filer entre les doigts, alors que les établissements peinent à se relever de la fermeture des derniers mois.

Des touristes dans le Petit-Champlain.

Plus de 500 000 touristes américains ont visité Québec en 2017.

Photo : Radio-Canada / Gabrielle Thibault-Delorme

Avec les restrictions à la frontière, ils ne peuvent pas, pour le moment, compter sur nos voisins du sud, qui sont habituellement fidèles au rendez-vous.

Quelque 15 millions d'Américains nous visitent chaque année; ils représentent environ 70 % de nos visiteurs et effectuent environ la moitié des dépenses de voyages des étrangers au pays. Inversement, près de 20 millions de Canadiens ont visité les États-Unis l’année dernière.

Selon les données de l’Agence des services frontaliers du Canada, pendant la semaine du 25 au 31 mai 2020, les passages à la frontière terrestre ont baissé de 87 % et les arrivées aux aéroports ont baissé de 98 % par rapport à la même période l’an dernier.

Même si le trafic commercial se poursuit presque comme à l’accoutumée, puisqu’il n’y a aucune restriction sur les exportations et importations de marchandises, les autres échanges économiques entre nos deux pays ont été mis sur pause, souligne Frédérick Gagnon, directeur de l’Observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand de l’Université du Québec à Montréal (UQAM).

En fait, croit-il, c’est tout le climat d’affaires qui souffre de l’incertitude liée à la pandémie. Étant donné que la frontière est fermée, que tout prend plus de temps et que les chaînes d'approvisionnement fonctionnent au ralenti, ça peut refroidir des investisseurs, qui vont souhaiter attendre et vouloir faire des choses ici avant d’investir et de se développer à l'international.

De plus, dans le contexte de la très forte hausse du taux de chômage entraînée par le confinement, il redoute une augmentation du protectionnisme aux États-Unis. Les gens peuvent être un peu plus frileux à l'idée de faire affaire avec des compagnies canadiennes et québécoises pour relancer l'économie américaine, notamment pour les projets de réfection des infrastructures pour créer de l'emploi, soutient-il.

Les gouverneurs des États frontaliers pourraient, cependant, s’entendre avec les premiers ministres des provinces et faire pression sur les gouvernements fédéraux pour obtenir des assouplissements à la frontière, pense-t-il.

Des camions quittent un bâtiment.

Des camions traversent les douanes canadiennes en provenance des États-Unis à Windsor, Ontario.

Photo : Reuters / Rebecca Cook

C’est également l’avis d’Élisabeth Vallet, directrice de l’Observatoire de géopolitique de la Chaire Raoul-Dandurand, qui croit que cette voie sera plus porteuse, puisqu’Ottawa et Washington arrivent difficilement à se coordonner.

Dans le temps où nos frontières étaient ouvertes, ça reposait sur l’idée qu’on avait un périmètre commun de sécurité et que la sécurité de l’un était forcément la sécurité de l’autre, affirme-t-elle. Alors que là, on est dans un paradigme complètement différent.

À partir du moment où la confiance n’est pas là, c’est très difficile de rouvrir les frontières.

Une citation de :Élisabeth Vallet, directrice de l’Observatoire de géopolitique de la Chaire Raoul-Dandurand.

Est-ce que nous serons informés à temps si les États-Unis sont frappés par une deuxième vague? Est-ce qu'ils appliqueront des mesures sanitaires comme on les appliquerait chez nous? Autant de questions qui sont loin d'être résolues, croit Mme Vallet.

Une ouverture modulée

Il faut penser à des assouplissements, croit pour sa part Laurie Trautman, directrice du Border Policy Research Institute à l’Université de Western Washington, et à une approche adaptée aux différentes réalités que l'on croise tout le long des 8891 km qui nous séparent.

Deux femmes assises de chaque côté d'une clôture à la frontière canado-américaine discutent.

Christine Taylor, qui vit dans l'État de Washington, parle avec sa mère Marika Markovic, qui vit à Surrey, en Colombie-Britannique.

Photo : Radio-Canada / Ben Nelms/CBC

Mme Trautman mentionne le cas de Canadiens propriétaires de maisons secondaires au sud de la frontière dans la région de Washington, où elle se trouve. Il n’y a pas de raison pour qu’ils ne puissent pas s’y rendre, dans la mesure où ils s’isolent une fois sur place.

Elle plaide pour une plus grande latitude au niveau local et à un processus par étapes.

Plutôt qu’une levée complète des restrictions, on pourrait peut-être autoriser plus de catégories de voyageurs. Cela correspondrait en quelque sorte à la façon dont les États américains et les provinces canadiennes ouvrent également leurs économies, par secteurs.

Nous avons été très réactifs, mais on peut penser maintenant à des moyens plus innovants et efficaces pour permettre les déplacements tout en répondant aux préoccupations de santé publique.

Une citation de :Laurie Trautman, directrice du Border Policy Research Institute à l’Université de Western Washington.

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