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L’impatience a succédé aux espoirs de réconciliation dans les deux Corées

Deux ans après un sommet intercoréen historique, le rêve de réconciliation et de coopération entre les deux pays semble s’être évaporé. Et les actions concrètes qui en ont découlé sont menacées.

Le président sud-coréen Moon Jae-in et le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un se serrent la main.

Le président sud-coréen Moon Jae-in et le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un dans le village de Panmunjom, où se trouve la frontière de béton qui marque la division entre les 2 Corées à l'intérieur de la zone démilitarisée, le 27 avril 2018.

Photo : Getty Images / Pool

27 avril 2018 : la salle de presse, aménagée dans un centre de conférences de Séoul, est immense. Et l’émotion l’est encore plus pour bon nombre de mes collègues sud-coréens. J’en vois plus d’un verser une larme quand les écrans géants diffusent en direct la poignée de main entre le président sud-coréen Moon Jae-in et le leader nord-coréen Kim Jong-un, dans la mal-nommée zone démilitarisée (DMZ), cette frontière fortement armée qui traverse la péninsule coréenne telle une cicatrice.

Deux ans plus tard, le rêve de réconciliation et de coopération suscité par ce sommet intercoréen historique et par les deux autres qui ont suivi dans l’année semble évaporé. Et les actions concrètes qui en ont découlé sont menacées. C’est le cas de l’accord militaire, conclu en septembre 2018, et selon lequel les deux pays doivent notamment éviter tout acte hostile l’un envers autre.

Le régime nord-coréen prévient qu’il pourrait mettre fin à cet accord. Il a déjà suspendu les communications quotidiennes avec Séoul, car il lui reproche d’être de connivence avec des actions hostiles. Plus précisément, d’envoyer des ballons pour transporter notamment des pamphlets anti-Pyongyang depuis la Corée du Sud jusqu’en Corée du Nord.

Un homme tient un ballon contenant des pamphlets.

Park Sang-hak, un Nord-Coréen qui a fait défection et qui vit en Corée du Sud, tient dans ses mains un ballon contenant des pamphlets dénonçant le leader nord-coréen Kim Jong-un. C'était en mars 2016.

Photo : Reuters / Kim Hong-Ji

Cette activité d’organisations militantes, dont celles de transfuges nord-coréens, n’est pourtant pas nouvelle. Elle a même déjà provoqué un échange de tirs entre les deux pays, il y a quelques années. Le fait que Pyongyang s’en serve pour rompre les liens et pour proférer des menaces en dit long sur sa frustration, estime Jung Kim, professeur de sciences politiques à l’Université des études nord-coréennes, à Séoul.

Frustration notamment parce que les sanctions économiques de l’ONU et des États-Unis freinent les projets intercoréens dont le Nord a bien besoin.

Rien ne bouge en matière de dénucléarisation

Il n’y aura pas de levée de sanctions sans une dénucléarisation exigée par Washington. Les divergences sur cette question ont provoqué, en février 2019, l’échec de la deuxième rencontre entre Kim Jong-un et Donald Trump. Depuis, le régime nord-coréen poursuit ses essais balistiques et nucléaires.

Et en ce 12 juin 2020, deuxième anniversaire de leur sommet historique à Singapour, Pyongyang a déclaré qu’il voyait peu d’utilité à préserver la relation personnelle entre les leaders nord-coréen et américain si les États-Unis maintiennent une « politique hostile ».

L'espoir d'améliorer les relations [entre la Corée du Nord et les États-Unis], qui était très élevé sous les regards du monde entier il y a deux ans, s'est maintenant transformé en désespoir, caractérisé par une détérioration à grande vitesse.

Une citation de :Ri Son-gwon, ministre des Affaires étrangères de la Corée du Nord, cité dans un communiqué publié par l'agence de presse officielle KCNA

Dans ce contexte d’impasse, bien des analystes voient dans la rupture des communications avec Séoul – une tactique maintes fois utilisée par Pyongyang – deux objectifs : promouvoir l’unité nationale en Corée du Nord en haussant le ton vers le Sud; et jouer la provocation pour obtenir des concessions.

Il est probable que le régime nord-coréen cherche ainsi à se justifier, à se trouver des excuses pour l’absence de progrès dans les relations intercoréennes, et dans les négociations avec les États-Unis sur la dénucléarisation.

Une citation de :Jung Kim, professeur de sciences politiques à l’Université des études nord-coréennes

La Corée du Sud tente de calmer le jeu

Soucieux de faire retomber la tension, le gouvernement sud-coréen a annoncé mercredi qu’il allait poursuivre deux des organisations de transfuges nord-coréens responsables des envois de ballons vers le Nord.

Le ministère de l’Unification explique que ces groupes ont entre autres nui à l’intérêt public en créant de la tension entre les deux pays et qu’ils ont été à l’encontre des règles sur la coopération et les échanges intercoréens en envoyant des pamphlets.

Séoul a également annoncé son intention de contrôler plus sévèrement les activités des groupes de transfuges.

Pour le Database Center for North Korean Human Rights (NKDC), un centre de recherche sur les droits de la personne en Corée du Nord à Séoul, cette poursuite a tout d’une répression de la liberté d’expression.

Une femme répond aux questions de la correspondante Anyck Béraud.

Teodora Gyupchanova est chercheuse et directrice des communications internationales du Database Center for North Korean Human Rights.

Photo : Radio-Canada / Anyck Béraud

Séoul doit clairement dire à Pyongyang qu’en démocratie, la société civile a le droit de s’exprimer sans que ça reflète nécessairement la position du gouvernement.

Une citation de :Teodora Gyupchanova, chercheuse et directrice des communications internationales, Database Center for North Korean Human Rights

Le Centre affirme que ce n’est pas la première fois que le régime nord-coréen exprime son mécontentement à propos des gestes des transfuges nord-coréens en Corée du Sud.

Par exemple, le gouvernement sud-coréen a tenté d'imposer des limites aux activités des groupes de militants durant les efforts de rapprochement diplomatique entre les deux Corées ou pendant les Jeux olympiques de Pyeongchang pour ne pas irriter davantage la Corée du Nord, explique Teodora Gyupchanova, chercheuse et directrice des communications internationales du Database Center for North Korean Human Rights.

Poursuite de la montée en puissance Kim Yo-jong, sœur de Kim Jong-un

Des transfuges sont qualifiés de pourriture humaine et de chiens bâtards pourris par Kim Yo-jong, la puissante sœur cadette du dictateur nord-coréen. La jeune femme d’une trentaine d’années est présentée comme l’architecte du ton dur envers Séoul.

Selon les médias d'États nord-coréens, elle fait partie de ceux qui menacent de mettre fin à l’accord militaire intercoréen, en affirmant qu’il faut désormais transformer complètement le travail en direction du Sud en travail contre l'ennemi.

Les deux Corées sont toujours techniquement en guerre, puisque c’est un armistice et non un traité de paix qui a fait taire les armes après trois ans de conflit fratricide en 1953.

Une femme au milieu de joueuses de hockey et de dirigeants du CIO applaudit.

Kim Yo-jong avait participé à la vaste opération charme de la Corée du Nord lors des Jeux olympiques de Pyeongchang de 2018, en Corée du Sud. On la voit ici en train d’applaudir, devant l’équipe unifiée qui a représenté les deux Corée au hockey sur glace féminin.

Photo : Reuters / GRIGORY DUKOR

Jung Kim, de l’Université des études nord-coréennes à Séoul, estime que Kim Yo-jong pourrait désormais être responsable des relations intercoréennes et étrangères.

Le professeur rappelle toutefois que les certitudes sont impossibles au sujet de ce régime très opaque. À preuve, les rumeurs folles donnant Kim Jong-un comme très malade, voire en mort cérébrale, il y a quelques semaines.

Certains voient en Kim Yo-jong l'héritière désignée de Kim Jong-un. Une possibilité évoquée, si les liens du sang de la dynastie Kim, fondatrice de la Corée du Nord, l'emportent sur l'aspect patriarcal du régime.

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