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753 M$ pour le tourisme : une bonne intention mal exécutée, selon l'industrie dans l'Est

Vue de Percé du haut des sentiers du Géoparc.

Vue de Percé du haut des sentiers du Géoparc (archives)

Photo : Radio-Canada / Joane Bérubé

Radio-Canada

L’investissement de 753 millions de dollars pour soutenir l’industrie touristique annoncée par Québec jeudi est accueilli tièdement dans l’Est-du-Québec. Si toute aide est la bienvenue, certaines des mesures annoncées n’offriront pas de réel coup de main à l’industrie, jugent des hôteliers de l’Est-du-Québec.

De la somme totale, 250 millions de dollars sont destinés au secteur de l'hôtellerie, sous forme de prêt, pour soutenir des projets de rénovation ou de mise à niveau des infrastructures de tourisme d'affaires. Le gouvernement proposera aussi une série de rabais et autres forfaits pour inciter les Québécois à prendre leurs vacances dans la province cet été.

Des mesures qui ne serviront pas

Sur la Côte-Nord, la propriétaire de l’auberge motel de Franquelin, Louise Hébert, explique que certaines des mesures annoncées ne s’appliqueront pas à sa situation.

Elle fait notamment référence à l’aide directe équivalant au montant de la taxe sur l'hébergement touristique du premier trimestre de 2020 qui sera accordée aux hôteliers et propriétaires de gîte.

C’est aussi l’avis de la directrice générale de l’hôtel Le Navigateur, à Rimouski. Roxanne Bourgault affirme que son établissement ne profitera pas des 250 millions qui sont destinés spécifiquement au secteur de l'hôtellerie. Malheureusement, ce programme-là arrive trop tard pour nous, dit-elle. Elle explique que l’hôtel Le Navigateur a déjà investi 10 millions de dollars en rénovations l’année dernière.

Roxanne Bourgault sourit à la caméra dans le stationnement de C Hôtels Le Navigateur.

C Hôtels Le Navigateur est un des premiers hôtels au Bas-Saint-Laurent à obtenir l'autorisation pour accueillir des travailleurs essentiels qui souhaitent s'isoler ou se reposer durant la pandémie de COVID-19.

Photo : Radio-Canada / Jean-Luc Blanchet

Et même si d’autres hôtels ont besoin de rafraîchir leurs installations, l’heure n’est pas à de telles dépenses, ajoute le président-directeur général de l'Hostellerie Baie Bleue de Carleton-sur-Mer, Stéphane Boudreau.

On est comme sur les freins en termes d’investissements, parce qu’on ne sait pas combien de temps la pandémie va durer.

Stéphane Boudreau, président-directeur général d’Hostellerie Baie Bleue

La vice-présidente à l'Hôtel Universel de Rivière-du-Loup, Joanna Lortie, affirme elle aussi que l’aide annoncée jeudi n’est pas exactement ce dont avaient besoin les hôteliers. C’est bien beau de faire des prêts pour les infrastructures, mais nous, ce dont on avait besoin, c’est quelque chose pour payer nos frais fixes.

Des élus partagent aussi cette opinion. Ce n’est pas ce dont l'industrie touristique a besoin, déplore le maire de Matane, Jérôme Landry. Oui, on peut avoir un peu d'oxygène avec les prêts, mais ensuite, est-ce que le ratio d'endettement va faire en sorte que ces entreprises-là ne seront pas capables de survivre en 2021 ou 2022?

Phare de Matane.

Le bureau d’accueil touristique du Phare de Matane

Photo : Radio-Canada / Jean-Francois Deschenes

Des rabais pour les touristes salués

Cependant, les propriétaires d’entreprises touristiques applaudissent aux investissements qui visent à encourager les Québécois à partir en vacances grâce à des forfaits à prix réduit et à un partenariat avec la Sépaq.

Stéphane Boudreau, de l'Hostellerie Baie Bleue, croit que ces rabais auront certainement un impact sur les taux d’occupation des hôteliers.

Je crois que ça va encourager les gens à se déplacer, à venir visiter la Gaspésie et les autres régions. On va avoir besoin que les Québécois soient au rendez-vous pour soutenir l’industrie.

La devanture de l'Hostellerie Baie Bleue

L'Hostellerie Baie Bleue possède 116 unités de logement à Carleton-sur-Mer, dont 7 chalets, répartis sur trois emplacements.

Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose

Un avis que partage la directrice générale de l’hôtel Le Navigateur, Roxanne Bourgault. Le fait d’avoir un 25 % de rabais va certainement encourager les Québécois à visiter le Bas-Saint-Laurent ou les autres régions du Québec.

L'État offrira un rabais de 25 % sur les forfaits vacances sélectionnés dans le cadre du programme Explore Québec, initialement mis sur pied pour réduire le prix des billets d'avion, mais qui sera transformé pour inclure les déplacements sur route.

Roxanne Bourgault aurait espéré plus de la part du gouvernement pour aider les entreprises touristiques qui ont vécu des moments très difficiles dans les derniers mois. Elle affirme que les réservations ont diminué de moitié depuis le début de la crise et elle appréhende le début de la saison haute, qui commence généralement le 20 juin.

De son côté, l’Hôtel Rimouski évalue que l'occupation des chambres n'a été que de 15 à 20 % depuis le début du confinement. Le directeur général de l’Hôtel, Éric Saint-Pierre, espère donc que les mesures annoncées inciteront les gens à voyager.

Est-ce que c’est suffisant pour que les gens se déplacent? Seul le temps va nous le dire. On souhaite qu’il y ait une réponse favorable.

Éric Saint-Pierre, directeur général de l'Hôtel Rimouski

Éric Saint-Pierre ajoute que son hôtel a mis en place des mesures d'hygiène strictes afin d'assurer la sécurité des clients.

De son côté, à Sainte-Anne-des-Monts, la directrice générale d’Exploramer, Sandra Gauthier, se demande si la réduction des tarifs est vraiment la meilleure manière de venir en aide à l’industrie touristique. Elle affirme que même avant l’annonce de ces rabais, ses réservations grimpaient en flèche.

Est-ce que c’est nécessaire? J’ai un petit doute. L’avenir nous le dira, on ne sait pas de quoi l’été sera fait.

Elle croit que ce montant aurait pu être redirigé pour aider les entreprises touristiques à se munir de matériel de protection ou de signalisation, comme des vitrines en plexiglas, du gel désinfectant ou des flèches pour mettre au sol, qui pourraient coûter environ 22 000 $ à Exploramer.

Les fonds pourraient aussi servir à pallier les pertes financières associées à la diminution des visites qu'entraîne la distanciation physique. Exploramer prévoit une baisse de revenus de 80 % cet été, soit plusieurs centaines de milliers de dollars.

Le bateau d'Exploramer utilisé pour les excursions en mer.

Le bateau d'Exploramer utilisé pour les excursions en mer.

Photo : Radio-Canada / Marie-Josée Paquette-Comeau

Nouvelle phase du déconfinement touristique

Dès le 19 juin, les zoos, jardins, sites d'artisans-transformateurs, lieux agrotouristiques et centres d'accueil touristique seront de nouveau accessibles, a annoncé la ministre.

Tourisme Côte-Nord se réjouit de ce plan de relance touristique annoncé par Québec. Il était attendu avec impatience, indique le directeur général de Tourisme Côte-Nord, Mario Leblanc.

La ministre a été claire : on peut se déplacer sur le territoire dans la mesure où l’on respecte les règles sanitaires comme on les respecte chacun chez soi. C’est très bon pour l’industrie, ça rassure autant les entreprises que les visiteurs.

Les excursions maritimes seront quant à elles permises dès le 1er juillet. Une nouvelle majeure pour l’industrie touristique de la région, indique Mario Leblanc, puisque les croisières aux baleines pourront reprendre.

D’ailleurs, Croisières AML, qui offre notamment des excursions à partir de Tadoussac, a déjà annoncé la reprise de ses activités dès cette date.

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