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La subvention salariale « mal adaptée » à la reprise économique

Selon les dernières données obtenues par Radio-Canada, seulement 11 milliards de dollars ont été versés aux entreprises.

Un bureau vide.

Le gouvernement fédéral s'attendait à dépenser 71 milliards de dollars en subventions salariales; seulement 11 milliards ont été versés jusqu'à maintenant.

Photo : Radio-Canada / David Donnelly

La subvention salariale n'a pas eu le succès escompté en tant que politique publique, admettent des sources au sein du gouvernement Trudeau.

Des entrepreneurs dénoncent les règles trop complexes d'un outil mal adapté pour bien contribuer à la reprise économique.

De nombreux entrepreneurs contactés par Radio-Canada hésitent encore à demander la Subvention salariale d’urgence du Canada (SSUC). D’autres ont tout simplement décidé de s’en passer, parce que le programme ne répond pas à leurs besoins.

La complexité des démarches décourage un paquet d’entrepreneurs, se plaint le propriétaire d’une entreprise familiale de la région d'Ottawa.

C’est des calculs hyper complexes sur les revenus, démontrer qu’il y a eu une baisse et mille autres détails. Beaucoup d’efforts, sans savoir si notre application sera acceptée, ajoute-t-il.

Nos fiscalistes en perdent leurs cheveux. En bout de ligne, ce sera des milliers de dollars d’honoraires que ça nous coûtera, pour peut-être espérer toucher la subvention, mais sans garantie de la recevoir.

Homme d’affaires de la région d'Ottawa

Même si son entreprise a finalement réembauché une partie de son équipe, il doit attendre la fin du mois pour savoir s’il sera admissible au programme.

Ottawa n’atteint pas son objectif

Le manque de succès de la mesure déçoit le gouvernement Trudeau. La subvention salariale n'a pas eu le succès escompté en tant que politique publique, confie une source au sein du gouvernement.

Ottawa s’attendait à dépenser 71 milliards de dollars pour la SSUC. Seulement 11 milliards ont été versés jusqu’à maintenant, selon les données les plus récentes obtenues par Radio-Canada. C’est bien en deçà des attentes du gouvernement.

Nous avons besoin d’assouplir les critères pour permettre à plus de gens d’y accéder, concède le premier ministre Justin Trudeau.

Le gouvernement compte sur la SSUC pour réussir la relance postpandémie. Il estime que la subvention viendra remplacer la Prestation canadienne d’urgence (PCU) quand elle arrivera à échéance.

Au lieu de payer les gens à rester à la maison, le gouvernement veut payer les entreprises pour réembaucher leurs employés. Mais la transition semble plus difficile que prévu.

D’abord, en raison de la popularité de la PCU. Ensuite, parce que, pour certaines entreprises, le défi qui les attend ne pourra être surmonté avec la SSUC, dans sa forme actuelle.

L’œuf et la poule

C’est un peu le dilemme de l’œuf et la poule pour plusieurs entreprises qui ont des liquidités limitées, explique Stéphane Savard, qui travaille dans un cabinet spécialisé en comptabilité financière.

Prenez, par exemple, un restaurant qui redémarre demain matin, explique M. Savard. Il aura droit à la SSUC pour payer ses employés à la fin de sa période de paie. Mais il en aurait eu besoin au début. Il va avoir deux semaines de travail, d’activité et de dépenses avant de pouvoir appliquer pour recevoir la subvention salariale. Mais sans liquidités, c’est impossible. Alors, il ne va tout simplement pas ouvrir.

C’est comme vouloir obtenir de la chaleur d’un foyer. Tu ne peux pas dire : "Donne-moi de la chaleur, puis si la chaleur est adéquate, on va te donner du bois!"

Stéphane Savard, spécialiste en comptabilité financière

Selon M. Savard, il faudrait fonctionner à l’inverse, c’est-à-dire recevoir la subvention au début, plutôt qu’à la fin, de la période de paie. Dans l’entreprise où je suis, on a ramené 12 individus. Mais on aurait pu en ramener 5 autres en fonctionnant de cette façon.

Et il ne s’agit pas d’un cas isolé, souligne-t-il. Sur une dizaine de cas que j’ai traités, j’en ai huit dans cette situation. Mes collègues qui travaillent avec des jeunes entreprises ont majoritairement ce même problème.

La SSUC subventionne 75 % des salaires versés aux employés d’une entreprise, jusqu’à concurrence de 847 $ par semaine par employé, pour un maximum de 12 semaines.

Pour se qualifier, une entreprise doit avoir subi une baisse de revenus de 30 % causée par la pandémie de COVID-19 (ou 15 % pour la période du 15 mars au 11 avril).

Il y a des entreprises qui auraient besoin de la subvention salariale, même s’ils ont perdu 20 % ou 25 % de leur revenu, croit Stéphane Savard. Il faudrait une mesure pour aider ceux qui sont entre 15 % et 30 % de perte de revenus.

Dans l'ensemble, ajoute Stéphane Savard, la SSUC est bien pensée. C'est les détails qu'il faut ajuster. Des ajustements essentiels afin de bien aider la relance économique.

Les PME ne se bousculent pas au portillon

Au total, près de 355 000 entreprises ont demandé la SSUC (en date du 10 juin). Deux millions de travailleurs ont pu conserver leur emploi grâce au programme.

C’est nettement en deçà des attentes du gouvernement. D’ailleurs, depuis quelques semaines, le premier ministre utilise son point de presse quotidien pour supplier les entreprises canadiennes de se prévaloir de la SSUC. Mais ses appels demeurent sans réponse.

À peine 30 % des propriétaires d’entreprise ont reçu la subvention salariale, selon un sondage effectué par la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante, qui représente les PME. Par ailleurs, 23 % ont fait une demande et sont en attente du versement.

À l’inverse, la SSUC semble mieux fonctionner pour les grandes entreprises. Air Transat compte réembaucher 4000 employés qui avaient été mis à pied, grâce à la subvention salariale. Air Canada prévoit rappeler 16 000 de ses employés en utilisant la SSUC.

Le gouvernement Trudeau évalue une façon de modifier la SSUC afin d’amorcer la transition vers une reprise économique. Je suis convaincu qu’éventuellement, la SSUC va être utile à la relance, confie une source gouvernementale.

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