•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Un comité du Sénat demande au Pentagone de rompre avec l'héritage sudiste

L'une des entrées du Fort Hood, où il est écrit «Bienvenue au 3ᵉ corps des États-Unis et à Fort Hood» et devant laquelle on voit un micro et des automobiles qui circulent dans la rue.

Située au Texas, la base militaire de Fort Hood a été nommée en l'honneur du général sudiste John Bell Hood.

Photo : Getty Images / Drew Anthony Smith

Défiant la volonté du président Trump, un comité sénatorial à majorité républicaine a voté mercredi en faveur d'un amendement qui demande au Pentagone de rebaptiser les bases militaires qui tirent leur nom de généraux sécessionnistes et retirer les monuments et symboles à leur effigie.

Déposée par la sénatrice démocrate Elizabeth Warren, la mesure adoptée par le Comité des forces armées vise ainsi dix bases militaires, comme Fort Benning, Fort Bragg ou Fort Lee, toutes situées dans le sud du pays, et donne au Pentagone un horizon de trois ans pour se plier à sa requête.

Elle s'étend à toutes les installations militaires, aux rues et édifices situés sur les bases militaires, aux équipements, comme les navires et les avions, ou à toute autre propriété du département de la Défense.

Les drapeaux et les collants confédérés seraient eux aussi interdits, précise le site d'actualité politique Roll Call.

L'amendement vient se greffer au vaste projet de loi annuel bipartisan lié à la défense nationale évalué cette année à 730 milliards de dollars américains, qui prévoit par exemple une augmentation salariale de 3 % pour les soldats ou encore le financement de nouveaux avions et de nouveaux navires.

Dans une lettre adressée au président Trump et publiée en soirée sur son compte Twitter, la sénatrice Warren et 11 de ses collègues ont appelé le président à se tenir du bon côté de l'histoire en soutenant la proposition visant à retirer le symbole persistant de la suprématie blanche.

Il est grand temps que l'armée américaine cesse d'honorer, de commémorer ou de célébrer de toute autre manière que ce soit ceux qui ont pris les armes contre les États-Unis pendant la guerre civile, sacrifiant des centaines de milliers de vies américaines afin de préserver l'institution de l'esclavage.

Extrait de la lettre signée par 12 sénateurs démocrates

Se disant profondément troublés par l'attitude de Donald Trump, qui a opposé une fin de non-recevoir à cette idée, les 12 sénateurs démocrates y invoquent la vague de manifestations qui a déferlé sur les États-Unis depuis la mort de George Floyd, tué par un policier blanc il y a trois semaines.

Le rejet de cette proposition reflète une profonde incompréhension de ce moment de l'histoire de notre nation, alors que les Américains exigent que nous tenions compte d'un héritage séculaire de racisme systémique et alors que nos chefs militaires reconnaissent que le fait de tolérer les symboles confédérés compromet leur mission et la cohésion de leur unité, ont écrit les sénateurs démocrates, qui sont en majorité membres du Comité.

Les sondages montrent une augmentation marquée des appuis au mouvement Black Lives Matter, survenue en quelques jours à peine. La proposition de Mme Warren, qui a rallié des voix républicaines, n'a cependant pas fait l'unanimité au sein de l'aile majoritaire du Comité.

Selon Roll Call, le président du Comité des forces armées, James Inhofe, a lui-même exprimé son opposition, indiquant qu'il tenterait d'édulcorer la disposition une fois rendue devant l'ensemble du Sénat, en la rendant optionnelle plutôt qu'obligatoire et en confiant la décision aux communautés locales.

Dans ce qui semble une autre rebuffade au président Trump, le comité a par ailleurs inclus une mesure qui interdirait le recours à l'armée contre des militants pacifiques.

Après plusieurs jours de manifestations, généralement plus paisibles le jour et virant parfois à l'émeute dans certaines villes le soir, le président Trump a menacé, il y a deux semaines, les villes et les États de faire appel à l'armée pour ramener le calme dans le pays.

Cela avait amené certains responsables militaires à la retraite à exprimer leur malaise, le général à la retraite James Mattis, ancien secrétaire à la Défense dans l'administration Trump, condamnant même son ancien patron de façon impitoyable.

Bataille en vue

L'éventuelle adoption du projet de loi amendé laisse présager un bras de fer entre le Congrès et la Maison-Blanche.

Au cours d'une conférence de presse mercredi, la porte-parole de la Maison-Blanche, Kayleigh McEnany, a indiqué que le président apposerait son veto à l'ensemble de la loi si celle-ci incluait une disposition visant à renommer les bases militaires.

Avant la tenue du vote, le président Trump avait exhorté les républicains à l'unité sur Twitter.

La candidate à la présidence sérieusement ratée, la sénatrice Elizabeth "Pocahontas" Warren, vient de présenter un amendement sur le changement de nom de plusieurs de nos légendaires bases militaires à partir desquelles nous nous sommes entraînés pour GAGNER deux guerres mondiales, a-t-il tonné.

Espérons que nos grands sénateurs républicains ne tomberont pas dans le panneau!

Donald Trump

La veille, dans une série de tweets, il avait fermé catégoriquement la porte à tout changement de nom des bases militaires, invoquant le respect du patrimoine et des militaires.

Au cours des derniers jours, le secrétaire à la Défense, Mark Esper, s'était pour sa part dit, par la voix d'une porte-parole, ouvert à une discussion sur le sujet.

Ce n'est pas la première fois que Donald Trump s'insurge contre le retrait des symboles sudistes. En 2017, il avait déclaré que l'histoire américaine était « mise en pièces » par le retrait de statues de personnages des États confédérés.

Sans se prononcer sur cet enjeu, le chef d’état-major des armées, Mark Milley, a livré jeudi un plaidoyer en faveur des droits des Afro-Américains, dénonçant les siècles d'injustice dont ils ont été victimes.

Le racisme et la discrimination, les préférences structurelles, les schémas de mauvais traitements, les préjugés non exprimés et inconscients n'ont pas leur place en Amérique. Et ils n'ont pas leur place dans nos forces armées, a-t-il martelé dans une vidéo préenregistrée présentée devant des étudiants de l'Université de la Défense nationale.

Au cours de cette allocution, le plus haut gradé des États-Unis a en outre reconnu qu'il n'aurait pas dû accompagner le président Trump lorsque ce dernier, parti du terrain de la Maison-Blanche, est allé se faire photographier devant l'église St. John's de Washington, une bible à la main.

Un dossier aussi à l'étude à la Chambre

À la Chambre des représentants, le républicain Don Bacon et le démocrate Anthony Brown, deux vétérans, se sont unis pour présenter une mesure similaire, visant à renommer les bases et installations militaires honorant des leaders sudistes d'ici un an.

Il est juste que nos installations portent les noms de héros militaires qui représentent les meilleurs idéaux de notre République, a déclaré M. Bacon dans un communiqué.

Les symboles et les individus que notre armée honore importent, a pour sa part soutenu M. Brown, prônant l'inclusion et l'unité.

Le leader de la minorité républicaine à la Chambre des représentants, Kevin McCarthy, a dit ne pas [être] opposé à l'idée.

La présidente de la Chambre, Nancy Pelosi, a en outre réitéré sa demande pour faire retirer du Capitole les 11 statues honorant des leaders des États confédérés.

Le peuple américain sait que ces noms doivent disparaître. Le président semble être la seule personne à ne pas comprendre.

Nancy Pelosi, présidente de la Chambre des représentants
La statue de Jefferson Davis, qu'on voit aux trois quarts, en plan rapproché.

Une statue de Jefferson Davis, président des États confédérés pendant la guerre de Sécession, trône dans la salle des statues du Capitole à Washington.

Photo : Getty Images / AFP/MANDEL NGAN

Sans se prononcer, le leader de la majorité républicaine au Sénat, Mitch McConnell, a dit que la décision incombait aux États.

Elle nécessiterait une action d'un comité mixte des deux Chambres du Congrès ainsi que, en vertu de la loi, l'approbation des États qui ont donné ces statues au Capitole.

Selon le sénateur républicain Roy Blunt, qui préside le comité mixte, sept États ont accepté de les retirer.

Avec les informations de Washington Post, New York Times, et Roll Call

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !