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Le milieu des arts vivants invité à se mobiliser le 15 juin à Montréal et à Québec

Une scène vide avec des rideaux rouges.

Les arts vivants sont à l'arrêt depuis trois mois.

Photo : getty images/istockphoto / Brankospejs

Cecile Gladel

Le 15 juin prochain, les artisanes et artisans des arts vivants sont invités à se retrouver à la place des Festivals à Montréal et devant le parlement à Québec pour se tenir debout ensemble. L'appel a été lancé par le metteur en scène Martin Faucher et repris par d'autres artistes.

Ce n’est pas une manifestation ni un rassemblement. J’appelle à rencontrer une autre personne, explique Martin Faucher, qui est également codirecteur général et directeur artistique du Festival TransAmériques.

Ce dernier précise que l’idée de cette rencontre lui est venue en participant à une réunion du Regroupement québécois de la danse avec le Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ), qui présentait les programmes d’urgence.

« Angle mort », une chorégraphie théâtrale présentée au théâtre Premier Acte. On y voit cinq danseurs.

Le théâtre et la danse font partie des arts vivants.

Photo : Vincent Daigle

Lors des questions, j’ai vu une immense solitude et un grand désarroi chez les pigistes et j’ai eu envie de dire que si tu te sens seul, viens sur la place des Festivals. Si tu as peur que la PCU [Prestation canadienne d’urgence] se termine à Ottawa et que ta voix ne soit pas entendue, témoigne que tu es là, si tu ne te retrouves pas dans les différents programmes du CALQ, car ce n’est pas dans ta nature d’être entrepreneur, viens. On va juste être là pour être là , dit-il.

L’objectif de Martin Faucher est de donner de la visibilité à des artisans et artisanes des arts vivants, trop souvent invisibles, et de montrer que le côté humain est important.

Cette crise terrible redonne des lettres de noblesse à l’humain qui travaille dans les CHSLD, dans les hôpitaux, dans les épiceries. On a vu des gens. Pour les arts vivants, il y a trop de gens qu’on ne voit pas. Si on savait à quel point notre système repose sur une multitude de gens qui sont dans une extrême précarité, on poserait un regard différent [sur eux] avant de les traiter de tous les noms. [...] Pour faire rayonner cinq ou six acteurs sur une scène, il y en a 25 autour. S’ils ne sont pas là, dans un an, les acteurs ne seront pas sur la scène non plus.

Martin Faucher

Il ne veut pas utiliser le mot « manifestation », car pour lui, la crise actuelle appelle à la douceur. Il y a une insensibilité qui s’est développée au Québec depuis une cinquantaine d’années sous prétexte qu’on génère de la prospérité. L’objectif du déficit zéro a engendré un déficit humain hallucinant, qui m’attriste profondément. Ça me désespère que tout ce qu’on a bâti soit aussi friable et invisible. [...] En 30 ans, on n’a pas pourvu nos institutions théâtrales ou chorégraphiques de moyens pour en faire des centres qui peuvent tenir compte de plein de gens. On a plutôt déplacé ça vers un modèle d’entreprise privée. Actuellement, pour survivre, chaque artiste doit développer sa propre initiative ou son projet, se désole-t-il.

Martin Faucher

Martin Faucher

Photo : Robert Etcheverry

Lors de cet événement du 15 juin, il veut montrer l’ensemble des gens qui travaillent à la production des arts vivants, de l’assistante à la mise en scène à la personne qui fait la coupe de costumes dans les théâtres. C’est hallucinant comment on ne connaît pas notre réalité entre le moment où une pièce, une chorégraphie, s’élabore et où elle est diffusée sur une scène. C’est cette méconnaissance qui fait en sorte qu’on n’arrive pas à mettre le doigt sur le bobo en ce moment, s’insurge Martin Faucher.

Honorer les contrats annulés

Il ne comprend pas que le gouvernement ne puisse pas réserver une partie du montant de 400 millions lié au plan de relance culturel annoncé pour honorer les contrats annulés du printemps et ceux qui le seront à l’automne. C’est le gros éléphant dans la pièce. Personne ne se sent responsable des contrats qui n’ont pas été honorés et je ne comprends pas. Pourquoi est-on sensible aux artistes du Cirque [du Soleil] qui ne sont pas payés depuis six mois et qu’on est incapable d’honorer une dette contractée envers tous les gens qui devaient faire des spectacles ce printemps? se demande Martin Faucher.

Il ne comprend pas plus qu’on finance le Cirque du Soleil pour sauver 4500 emplois quand environ 10 000 emplois en lien avec les arts vivants, selon son estimation, sont en danger.

Je connais plein de gens qui font leur coupe de costumes chez eux. Ils n’ont pas d’ateliers spectaculaires pour dire qu’on met à pied 200 coupeuses et 200 couturiers. Il y a une méconnaissance de notre milieu. Ça me heurte quand on dit que le Cirque est le creuset de la créativité. Je ne me sens pas respecté. Je sais que plein de gens en sont aussi le creuset, mais plus modestement et de manière invisible. Lundi prochain, je souhaite qu’on soit visible, les autrices, les techniciennes de plateau, les directeurs de production qui ne travailleront pas dans les six prochains mois. Tous les pigistes sont dans une immense craque de plancher.

Martin Faucher

Se réinventer

Au moment où l'on demande aux artistes de se réinventer, Martin Faucher demande à l’appareil gouvernemental de se réinventer à son tour dans sa manière de consulter et de prendre des décisions. Réinventez-vous. Pensez vous-même en dehors de la boîte, suggère-t-il.

Martin Faucher pense aussi que le milieu culturel aurait mieux résisté à la crise engendrée par la pandémie si un financement régulier et permanent avait été assuré avant et si un filet social avait été développé pour les artistes. On a fermé les yeux, comme on l’a fait pour l’éducation, les écoles pleines de champignons, les CHSLD [centres d'hébergement et de soins de longue durée]. Le Québec s’est fermé les yeux en se disant qu’il est prospère , conclut-il.

Cette initiative a inspiré l’événement Les angles morts de la culture : se tenir debout ensemble, prévu le lundi 15 juin à 12 h. Les personnes participantes sont invitées à maintenir une distance sécuritaire entre elles. Debout ou assis. Y’a du gazon aussi. À deux mètres, précise-t-on dans l’invitation Facebook lancée par Tau S. Bui et Ariane Voineau.

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