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Archives

Les grandes entrevues du Sel de la semaine

Dans un studio de télévision, l'écrivain américain Jack Kerouac et l'animateur Fernand Seguin, riant, sont assis sur une causeuse.

Fernard Seguin a animé avec rigueur et chaleur l'émission « Le sel de la semaine », de 1965 à 1970.

Photo : Radio-Canada / André Le Coz

Radio-Canada

L’émission Le sel de la semaine a été diffusée de 1965 à 1970. Cinq années au cours desquelles l’animateur Fernand Seguin a reçu des personnalités d’ici et d’ailleurs dans le cadre de longues entrevues. Nos archives nous rappellent quelques grands moments de cette émission phare de Radio-Canada.

Le 12 octobre 1965, Le sel de la semaine prend la case horaire du magazine d’actualité Champ libre.

La nouvelle émission pilotée par Fernand Seguin entend traiter de l’actualité différemment.

Plutôt que de s’intéresser à la nouvelle, Le sel de la semaine se penche sur la grande actualité, celle qui est dans l’air, celle qui anime les conversations.

Le sel de la semaine présente d’abord des entrevues avec des personnalités de premier plan, mais aussi des reportages, enquêtes et chroniques.

Parmi les sujets abordés au cours de la première saison : l’anglicisme à l’Université de Sherbrooke, les taudis de Montréal, la situation du théâtre canadien ou la jeunesse agissante du Canada français.

Dès la saison 1966, cette formule magazine est abandonnée pour donner plus de place aux entrevues.

Bien connu pour ses émissions de vulgarisation scientifique, Fernand Seguin se révèle un intervieweur hors pair, et il rejoint avec le Sel de la semaine un large auditoire.

Le lundi, à 22 h, l’animateur accueille désormais en direct et devant public des invités prestigieux qui viennent de tous les horizons.

Ils sont reçus à l’émission pour donner un témoignage, raconter leurs souvenirs, parler de leur métier, de leur vocation, ou encore pour expliquer leur pensée.

L’aventure du direct

La diffusion en direct et devant un public permet d’ajouter une intensité aux échanges, en plus de laisser libre cours aux imprévus.

Cette entrevue du 20 juin 1967 avec le comédien Michel Simon en est un bon exemple.

Le monstre sacré du cinéma français s’amuse ferme avec le public du Sel de la semaine tout en se révélant d’une grande tendresse.

Revenant sur sa carrière, l’immortel Clo-Clo du film Jean de la lune n’hésite pas à aborder des moments plus sombres, comme l’œdème au cerveau qui l’a terrassé durant trois années.

Il dévoile aussi au passage quelques aspects moins connus de son parcours.

Je suis aussi photograveur. Je trimbale mon matériel depuis une quarantaine d'années en me disant que le jour où j'aurai assez emmerdé au théâtre et au cinéma, je reprendrai mon métier de photographe qui a été excellent pour moi, car il m'a donné beaucoup d'autorité. Je suis un homme libre comme Québec!

Michel Simon

L’artiste d’origine suisse confiera par la suite avoir été surpris d’être aussi connu et apprécié de l’autre côté de l’Atlantique.

Des témoins et des acteurs de leur temps

Fernand Seguin reçoit également à son émission des personnalités canadiennes qui participent à une société québécoise en pleine mouvance.

Jean-Paul Desbiens, mieux connu sous le pseudonyme du frère Untel, est notamment invité à l’émission du 4 juin 1970 afin d’expliquer son opinion du joual et de l’enseignement au Québec.

L’émission du 7 mai 1970 fait place à l’urbaniste de renom Jean-Claude La Haye qui réfléchit sur l’aménagement du territoire et un problème issu de la révolution industrielle : l’urbanisation.

Le politicologue Léon Dion, l'un des plus brillants analystes politiques du Canada de l’époque, vient pour sa part traiter de bilinguisme et de biculturalisme à l’émission du 5 mars 1970.

Fernand Seguin a pour ligne directrice d’inviter au Sel de la semaine des personnages qui font leur temps et qui ont des choses à dire.

C’est ainsi que le jeune Pierre Bourgault, président du Rassemblement pour l'indépendance nationale (RIN), est reçu à l’émission du 20 décembre 1966.

Je ne peux pas vous le présenter chaque semaine, parce qu'on m'accuserait de partisanerie et que la règle d'or des affaires publiques, c'est l'objectivité des animateurs, annonce d’entrée de jeu Fernand Seguin.  Et je m’efforce d’être le plus objectif possible.

Candidat défait dans Duplessis, Pierre Bourgault décrit avec chaleur sa circonscription avant d’aborder son parcours personnel.

C'est quelque chose de très profond, déclare-t-il en faisant référence à la place qu'occupe la politique dans sa vie. Je pense qu'il est essentiel que l'homme puisse s'engager très profondément dans une chose, et c'est à peu près le seul métier qui m'engage complètement.

Des propos substantiels

L’autre clé du succès des entrevues du Sel de la semaine tient dans la préparation de l’animateur.

En plus de se documenter, Fernand Seguin reçoit habituellement son invité chez lui la veille de l’émission afin de le mettre à l’aise et de mieux le connaître.

Pour son entretien à la télévision, l’intervieweur prépare de grands thèmes et non les questions précises. Il évite aussi les questions indiscrètes et s’enquiert au préalable des sujets à ne pas aborder.

Cette approche ajoute de la chaleur à l’émission et donne souvent des entrevues au ton plus intime.

Au Sel de la semaine du 12 octobre 1969, Fernand Seguin reçoit notamment l’écrivain Henry Miller.

L’Américain de réputation sulfureuse lui parle en toute transparence de la censure dont il a été victime et de son exil auto-imposé en Europe.

Ce n’est pas moi qui décide la plupart du temps, confie l’écrivain. Moi, j’attends toujours le moment que quelqu’un frappe et dise : allez-y!

L’année suivante, la romancière Anaïs Nin se dévoile à son tour avec une grande ouverture.

Elle aborde dans cette entrevue du 18 juin 1970 les circonstances qui entourent sa rencontre avec Henry Miller, son goût pour l’anticonformisme, son refus des dogmes et ses relations étroites avec la jeunesse américaine.

Je fais les marches contre la guerre. J'ai été aux funérailles du docteur King. Je suis très active. Mais ça, c'est parce que ce sont des choses très simples, humanistes, qui ne semblent pas encore corrompues par un leader ou manipulées.

Anaïs Nin

L’animateur du Sel de la semaine aime dire que les sujets de son émission sont choisis en fonction de l’intérêt qu’il leur porte et de la sensibilité du public.

Le scientifique de formation s’entretient ainsi avec son maître à penser, le grand savant Jean Rostand, pour l’émission du 20 janvier 1969.

Vu son âge avancé, le biologiste français ne peut se déplacer à Montréal. L'entrevue est donc exceptionnellement enregistrée dans un studio de Paris.

Une complicité s’installe instantanément entre les deux hommes et elle transparaît tout au long de l’entrevue.

Dans un témoignage empreint de sagesse, Jean Rostand présente ses réflexions sur la science et la vie, sur la facette humaniste de la biologie.

Il expose le récit d'un homme qui a vécu toute la science du vingtième siècle.

Au terme de la discussion, Fernand Seguin remercie son invité en ces termes chaleureux : Même parvenu à ce crépuscule dont nous avons beaucoup parlé, vous êtes un être de lumière et j’ai été ébloui de passer cette heure avec vous.

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L'avocat français René Floriot est le dernier invité de Fernand Seguin au Sel de la semaine, le 9 octobre 1970.

Photo : Radio-Canada / Francis J. Menten

L’émission Le sel de la semaine se termine le 3 septembre 1970 par un entretien avec l’un des plus éminents avocats du Barreau de Paris, maître René Floriot.

Durant ses cinq années à l’antenne de Radio-Canada, Fernand Seguin est arrivé à faire connaître des témoins et acteurs de tous les champs de la société.

L’émission Le sel de la semaine, qui attire autant de téléspectateurs que la comédie Moi et l’autre, est celle dont tout le monde parle au lendemain de sa diffusion.

Car Fernand Seguin possède l’art de sortir de la banalité, des sentiers battus. Il parvient à présenter sous un autre jour même les personnalités les plus connues.

Cela explique sans doute la raison pour laquelle les entrevues du Sel de la semaine continuent, cinquante ans plus tard, à nous étonner et à nous faire réfléchir.

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