•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Contrats publics pour un propriétaire de résidences aux problèmes de gestion connus

Depuis 2017, le CISSS de Chaudière-Appalaches a versé près de 15 millions de dollars aux centres privés pour aînés appartenant à Claude Talbot.

Regardez le reportage présenté au Téléjournal Québec, à ce sujet.

Photo : Radio-Canada

Bien avant l'enquête du réseau de la santé au Manoir Liverpool, à Lévis, les problèmes de gestion de l'homme d'affaires Claude Talbot étaient connus. Deux de ses centres d'hébergement pour aînés ont déjà fait l'objet d'enquêtes semblables, dont un qui a même dû fermer en 2006. De nombreux témoignages recueillis par Radio-Canada démontrent que des pratiques qui lui étaient reprochées, à l'époque, ont perduré au fil des années.

Nous sommes en 2005, dans Chaudière-Appalaches et dans le Bas-Saint-Laurent. Les deux CHSLD privés conventionnés de Claude Talbot sont dans la mire des agences régionales de santé. On veut savoir si les résidents des établissements de l’homme d’affaires sont bien traités et s’il respecte la loi.

Deux enquêtes indépendantes sont déclenchées. L’une concerne le Foyer Sainte-Bernadette, à Rimouski; l’autre cible le Pavillon Bellevue, à Lévis. Bien que dans des régions différentes, les enquêteurs détectent plusieurs problèmes de gestion semblables.

Le taux d’absentéisme du personnel est anormalement élevé. Les employés n’ont pas tout le matériel requis. L’entretien ménager laisse à désirer. La gestion financière soulève d’importantes questions. Des fournisseurs sont payés en retard, etc. Autant de problèmes identifiés dans les deux rapports d’enquête, dont Radio-Canada a obtenu copie.

Deux documents superposés.

Radio-Canada a mis la main sur les rapports d'enquête de 2005 grâce à la Loi sur l’accès aux documents des organismes publics et sur la protection des renseignements personnels.

Photo : Radio-Canada / Marie-Pier Bouchard

Les rapports notent une différence : l’état des bâtiments. Celui abritant le Foyer Sainte-Bernadette, à Rimouski, ne répond pas aux dernières normes des CHSLD , tandis que le bâtiment du Pavillon Bellevue, à Lévis, vient d’être construit par le gouvernement provincial pour 7,5 millions de dollars.

Par contre, la philosophie de gestion du propriétaire marque les enquêteurs des deux régions. Ceux de Rimouski parlent d’une logique du moindre coût, quelles qu’en soit [sic] les conséquences .

On avait cette attitude-là, qui était toujours de sauver de l’argent, tout le temps sur des peccadilles , se souvient aussi Pierre Thibodeau, ex-directeur général du CLSC et des CHSLD de la MRC de Montmagny, qui avait le mandat d’enquêter sur le Pavillon Bellevue, à Lévis.

Un homme avec des lunettes, en habit, accorde une entrevue.

Pierre Thibodeau était responsable de l'enquête au Pavillon Bellevue en 2005.

Photo : Radio-Canada

M. Thibodeau avait constaté, par exemple, que le personnel du Pavillon Bellevue n’avait pas accès à tout le matériel nécessaire pour les soins et l’entretien ménager. Il craignait que les résidents en subissent les conséquences.

Un moment donné, ça peut être dangereux. Il n’y a pas de crime, mais il y a une situation qui n’est pas acceptable.

Pierre Thibodeau, responsable de l'enquête au Pavillon Bellevue en 2005

Deux issues opposées

À Rimouski, le verdict est sans appel : les problèmes de gestion de Claude Talbot mènent à la fermeture du Foyer Sainte-Bernadette en 2006.

Avec le rapport qu'on avait, c'est une décision qui s'imposait, commente René Dumont, l’ex-directeur de l’organisation des services à l’Agence de santé et de services sociaux du Bas-Saint-Laurent. 

Une voiture beige stationnée devant un édifice beige.

De 1996 à 2006, le Foyer Sainte-Bernadette était situé à l'intérieur du Manoir de Caroline, à Rimouski, une résidence privée pour aînés qui appartenait à Claude Talbot.

Photo : Radio-Canada

À Lévis, on prend le chemin opposé, notamment parce que l’embauche d’un nouveau directeur des soins semble de bon augure pour le Pavillon Bellevue. L’établissement reste donc ouvert et l’agence régionale de santé impose un plan de suivi pour redresser la situation.

En entrevue, l’actuel président-directeur général du Centre intégré de santé et de services sociaux de Chaudière-Appalaches (CISSS), Daniel Paré, présume que les correctifs demandés au Pavillon Bellevue ont été faits.

Or, à peine deux ans après l’enquête de M. Thibodeau, l’organisme indépendant Agrément Canada est de passage au Pavillon Bellevue pour évaluer la qualité des soins et des pratiques administratives. De nouveaux manquements sont constatés.

Une affiche bleue devant un bâtiment de briques.

Claude Talbot est l'unique propriétaire du Pavillon Bellevue, un CHSLD privé conventionné de Lévis.

Photo : Radio-Canada / Marie-Pier Bouchard

Ça allume une lumière ça! croit l’enquêteur Thibodeau. Ça dit que les promesses ne sont pas tenues. Selon lui, le réseau de la santé de Chaudière-Appalaches aurait dû assurer un suivi plus rigoureux de ses recommandations. Le PDG du CISSS affirme que les mesures nécessaires ont été prises.

Tous nos rapports d’inspection, nos rapports annuels, nos vérifications nous ont dit qu’il y avait une culture de qualité qui se développait [au Pavillon Bellevue], qu’il y avait des manquements, mais qu’ils y travaillaient.

Daniel Paré, président-directeur général du CISSS de Chaudière-Appalaches

Une enquête de Radio-Canada démontre néanmoins que plusieurs problèmes de gestion reprochés à Claude Talbot dès 2005 persistent. Pendant ce temps, le réseau de la santé lui octroie toujours des contrats lucratifs.

Des contrats de plusieurs millions

Claude Talbot, 76 ans, est un homme d’affaires bien connu dans le milieu de l’hébergement pour aînés. Il roule sa bosse depuis presque 50 ans. À l’heure actuelle, il possède quatre établissements, tous situés dans Chaudière-Appalaches.

Il y a d’abord le Pavillon Bellevue, son CHSLD privé conventionné de 50 lits, à Lévis. L’établissement doit appliquer les mêmes normes de soins et de services que les CHSLD publics. Le ministère de la Santé du Québec lui verse plus de 3 millions de dollars chaque année.

À cela s’ajoutent sept lits temporaires pour accueillir des patients qui attendent une place dans un autre CHSLD. Depuis 2014, le réseau de la santé de Chaudière-Appalaches a versé plus de 1,5 million de dollars au Pavillon Bellevue pour soigner ces patients.

L'homme d'affaires Claude Talbot lors d'une entrevue.

L'homme d'affaires Claude Talbot dirige des résidences pour aînés depuis près de 50 ans.

Photo : Radio-Canada

Claude Talbot possède aussi trois résidences privées pour aînés autonomes ou semi-autonomes, conjointement avec Manon Belleau : le Manoir Liverpool et la Villa Bellevue, à Lévis, ainsi que la Villa des Etchemins, à Lac-Etchemin.

En avril dernier, le CISSS a d’ailleurs déclenché une enquête dans ces résidences, se disant troublé par les révélations de Radio-Canada concernant la qualité des soins et des services au Manoir Liverpool.

L’enjeu est double pour le CISSS. D’une part, c’est lui qui octroie et renouvelle la certification aux résidences privées sur son territoire, jugeant si elles répondent ou pas aux exigences provinciales.

D’autre part, en vertu de plusieurs contrats, le CISSS confie des patients du réseau public aux résidences privées de M. Talbot et Mme Belleau. Uniquement depuis 2017, le Manoir Liverpool et la Villa Bellevue ont reçu près de 15 millions de dollars pour prendre ces patients en charge.

Affiche de couleur blanche devant un immeuble.

Le Manoir Liverpool est une résidence pour aînés du secteur de Saint-Romuald, à Lévis.

Photo : Radio-Canada / Marie-Pier Bouchard

Même s’il reconnaît que le réseau de la santé a besoin de lits pour héberger un grand nombre d’aînés, Pierre Thibodeau s’interroge sur la continuité de ce lien d’affaires.

J’espère que le CISSS va mettre les deux pieds à terre et va dire : "C’est assez, les niaiseries. On arrête là".

Pierre Thibodeau, responsable de l'enquête au Pavillon Bellevue en 2005

Le PDG du CISSS assure qu’il ne fermerait jamais les yeux sur des pratiques nuisibles uniquement pour avoir assez de lits. Dans les contrats, il y a tout ce volet de suivi de qualité [...] qui nous permet de dire qu’aujourd’hui [dans les résidences de M. Talbot], les patients sont en sécurité avec les données qu’on a, indique M. Paré.

Daniel Paré, président-directeur général du Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) de Chaudière-Appalaches.

Daniel Paré, président-directeur général du Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) de Chaudière-Appalaches

Photo : Radio-Canada

Collaboration difficile

Trois sources haut placées dans l’ancienne agence de santé de Chaudière-Appalaches, à différents moments jusqu’en 2015, se souviennent néanmoins que la collaboration avec Claude Talbot était difficile.

Elles le décrivent comme un homme qui ne voulait rien savoir, incapable d’accepter l’autorité et qui voulait gérer le Pavillon Bellevue comme un privé, alors qu’il était conventionné.

À répétition, les états financiers du Pavillon Bellevue ont été produits hors délai. Déjà en 2005, le rapport d’enquête de Pierre Thibodeau parlait de retards indus.

À Rimouski, même situation. L’ex-directeur des finances de l’Agence de santé et services sociaux du Bas-Saint-Laurent, Laval Demers, confirme que les relations n’étaient pas faciles avec Claude Talbot et que la production de ses états financiers était un enjeu constant.

Il était toujours en retard. Pas de semaines, pas de jours. De mois. Pour ne pas dire presque des années, affirme-t-il.

Un homme aux cheveux blancs portant un chandail vert.

Laval Demers a travaillé à la direction des finances du réseau régional de la santé du Bas-Saint-Laurent de 1987 à 2004.

Photo : Radio-Canada

Claude Talbot a refusé de nous accorder une entrevue. Dans un long message écrit, il reconnaît que des délais plus importants ont pu avoir lieu, mais il les attribue à la complexité de produire des rapports financiers sans erreurs et avec toutes les précisions nécessaires.

Avec le temps, nos techniques se sont peaufinées et les rapports sont maintenant produits aux dates prescrites.

Claude Talbot, propriétaire du Pavillon Bellevue

Problèmes récurrents avec les fournisseurs

Les agences de santé ne sont pas seules à avoir eu des problèmes liés au respect des délais. Plusieurs sources indiquent que, dans les années 1990, le Pavillon Bellevue a parfois manqué de culottes d’incontinence, car le fournisseur n’avait pas été payé à temps.

Encore aujourd’hui, des sources affirment que des fournisseurs du Pavillon Bellevue ont de la difficulté à être payés dans les délais. En 2005, Pierre Thibodeau avait pourtant sonné l’alarme.

Le retard généralisé à payer les fournisseurs en 2003-2004 a démontré une mauvaise approche de gestion tout en mettant potentiellement en danger la qualité de vie des résidents si un ou des fournisseurs [avaient] décidé de cesser l’approvisionnement, écrivait-il dans son rapport d’enquête.

L’ex-directeur des soins du Pavillon Bellevue de 2004 à 2009, Yvan Lacroix, confirme que la situation ne s’est pas corrigée pendant ses années de service. Souvent, il a craint d’arriver à la limite de l’inventaire de culottes d’incontinence ou d’autres articles.

Un homme, assis sur une chaise, devant un micro.

Yvan Lacroix a été directeur des soins au Pavillon Bellevue de 2004 à 2009.

Photo : Radio-Canada

Plus récemment, des entrepreneurs qui participaient au chantier du Manoir Liverpool, l’une des trois résidences privées de Claude Talbot, ont aussi craint de ne pas être payés. En 2014, une vingtaine d’entreprises ont inscrit des hypothèques légales totalisant plus de 4 millions de dollars

Hydro-Québec a également déjà inscrit une hypothèque légale de 121 000 $, en 2005, pour le bâtiment abritant l’ancien Foyer Sainte-Bernadette, à Rimouski. Le solde impayé totalisait 144 000 $.

Le Dr Michel Y. Pelletier, qui a participé à l’enquête du Bas-Saint-Laurent à l’époque, craignait lui aussi que les retards de paiement de M. Talbot deviennent un danger pour les résidents.

Évidemment, en plein hiver, c’était une préoccupation pour l’Agence qu’un centre de personnes âgées se fasse couper l’électricité.

Le Dr Michel Y. Pelletier, membre de l'équipe d'enquête au Foyer Sainte-Bernadette en 2005
Un homme assis sur un banc de parc.

Le Dr Michel Y. Pelletier a participé à l'enquête de 2005 sur le Foyer Sainte-Bernadette en tant que médecin-conseil pour l'Agence de la santé et de services sociaux du Bas-Saint-Laurent.

Photo : Radio-Canada / Marie-Pier Bouchard

Toilettes basses en pleine nuit

Malgré leurs craintes, les enquêteurs du Bas-Saint-Laurent et de Chaudière-Appalaches, en 2005, n’ont jamais observé de maltraitance.

Encore aujourd’hui, la majorité des dizaines de personnes contactées par Radio-Canada assurent que les soins offerts au Pavillon Bellevue sont bons. Louise [nom fictif], une employée actuelle qui a demandé à ce qu’on protège son identité par crainte de perdre son emploi, est de cet avis.

Si vous me posiez la question si j’enverrais mon père ou ma mère au Pavillon Bellevue? Oui monsieur, je l’enverrais parce que les gens sont dévoués et ils travaillent bien avec ce qu’on a.

Louise [nom fictif], employée actuelle du Pavillon Bellevue
Le journaliste Alexandre Duval écoute une employée d'un CHSLD témoigner anonymement.

Le journaliste Alexandre Duval écoute une employée d'un CHSLD témoigner anonymement.

Photo : Radio-Canada

Louise et d’autres sources remettent néanmoins certaines pratiques en question. Par exemple, des patients du Pavillon Bellevue sont parfois réveillés dès 4 h 30 afin de recevoir leur toilette basse pour que tout le monde soit prêt pour le déjeuner à 7 h 30, explique Louise.

Or, dès 2005, les enquêteurs avaient déploré une pratique semblable au Foyer Sainte-Bernadette. En résumé, c’est tout sauf un milieu de vie, écrivaient-ils dans leur rapport, ajoutant que la routine de la journée est établie en fonction du personnel plutôt que des préférences des résidents.

Gestion des ressources humaines décriée

La gestion des employés a aussi causé de nombreux conflits dans les établissements de Claude Talbot. En 2005, les enquêteurs du Foyer Sainte-Bernadette notaient dans leur rapport que les ponts étaient rompus entre le syndicat et le propriétaire.

Dans un grief de l’époque, des infirmières se plaignaient d’une surcharge de travail. Elles devaient offrir des soins au Manoir de Caroline, une résidence privée pour aînés qui appartenait aussi à Claude Talbot et qui était située dans le même bâtiment que le Foyer Sainte-Bernadette.

Encore aujourd’hui, au Pavillon Bellevue, des sources ayant requis l'anonymat confirment que des employés — payés par de l’argent octroyé par le MSSS — effectuent diverses tâches pour les résidences privées de M. Talbot, dont le Manoir Liverpool. D'autres déplorent aussi un surplus de travail pour le personnel de soins au Pavillon Bellevue.

En effet, en plus des 50 lits privés conventionnés, les infirmières et les préposés doivent s’occuper de 7 lits temporaires pour des patients en attente d’une place dans un autre CHSLD. Or, la majorité de ces patients sont au Pavillon Bellevue à temps plein depuis quelques années déjà.

Lorsque Yvan Lacroix était directeur des soins, de 2004 à 2009, ces lits supplémentaires étaient déjà source de mécontentement. À l’époque, leur vocation était différente : ils accueillaient des patients qui faisaient de courts séjours de convalescence après une intervention chirurgicale à l’hôpital, par exemple.

M. Talbot disait : "C’est notre coussin [financier]", se souvient-il. Mais pour les employés, ces lits entraînaient une surcharge de travail, selon M. Lacroix.

Les lits de répit, il n’y avait aucun ajout de personnel de plus. Il disait : "Vous êtes capables de les absorber".

Yvan Lacroix, directeur des soins au Pavillon Bellevue de 2004 à 2009

Claude Talbot réfute les allégations concernant les relations difficiles avec son personnel. Dans mes 47 années de gestion de résidences, très peu d’employés ont été congédiés et très peu de divergences d’opinions majeures ont engendré des relations difficiles, écrit-il.

Matériel inadéquat

Des employés de Claude Talbot déplorent toutefois depuis longtemps qu’ils soient mal équipés pour accomplir leur travail. En 2005, le rapport d’enquête concernant le Foyer Sainte-Bernadette évoquait l’absence de matériel adéquat pour donner des soins.

Le rapport d’enquête au Pavillon Bellevue notait aussi que le fait de ne pas fournir l’équipement requis peut occasionner l’épuisement du personnel, le risque d’accident et la détérioration des locaux.

On citait notamment le nombre insuffisant de lève-personnes dans l’établissement. Mais 15 ans plus tard, des sources déplorent encore le manque de lève-personnes au Pavillon Bellevue, tout comme le manque d’outils de communication pour les infirmières entre les étages.

C'est une situation qui perdure depuis des années, commente Michèle Dupont, responsable des ressources humaines et des services à la clientèle de 2008 à 2018. C'était souvent ou presque tout le temps au niveau de l'argent. Jamais d'argent pour l'équipement, jamais d'argent pour ci, même pour de l'aide au niveau administratif.

Un femme regarde vers l'horizon aux abords du fleuve Saint-Laurent.

Michèle Dupont a travaillé pendant 16 ans pour Claude Talbot.

Photo : Radio-Canada

De plus, ce n’est que récemment que le Pavillon Bellevue s’est doté d’appareils électriques pour écraser les comprimés des patients qui n’ont pas la capacité de les avaler. Pendant des années, cette tâche répétitive était accomplie avec un mortier et un pilon, confirme Mme Dupont.

Si je disais [à M. Talbot] que le personnel s’est fait une tendinite à cause du mortier, il n’y avait aucune réaction. C’était très difficile.

Michèle Dupont, responsable des ressources humaines et des services à la clientèle au Pavillon Bellevue (2008-2018) et du Manoir de Caroline (2002-2008)

Les résidents du Pavillon, eux non plus, n’ont pas toujours eu accès au matériel de base. Jusqu’en 2017, ils devaient payer leurs produits d’hygiène personnelle, comme le savon ou le shampoing, même si l’établissement devait les offrir gratuitement, comme les CHSLD publics.

Ce dossier s’est réglé à l'amiable, mais cela n’a pas toujours été le cas pour Claude Talbot. En 2007, au terme d’une action collective, le Pavillon Bellevue et une centaine d’autres CHSLD ont dû rembourser des résidents pour leur avoir facturé indûment des frais de buanderie.

Quelques années plus tôt, l’Association des établissements privés conventionnés (AEPC) a évincé Claude Talbot de ses rangs et l’a poursuivi parce qu’il ne payait pas ses cotisations.

À l’heure actuelle, le Pavillon Bellevue est l’un des deux seuls établissements privés conventionnés du Québec qui ne font pas partie de l’AEPC. Là-dessus, Claude Talbot se limite à dire qu’il a été membre jusqu’en 2003 et qu’aucun compte à payer ne subsiste.

Ça nous questionne

Après avoir été informé des allégations contenues dans ce reportage, le PDG du CISSS de Chaudière-Appalaches reconnaît qu’il s’interroge, sans s’avancer davantage.

C’est certain que ça nous fait poser des questions, reconnaît Daniel Paré. Quand on est PDG d’un CISSS, d’entendre des choses négatives en lien avec nos usagers, c’est certain que ça nous questionne.

Avec toute la panoplie de filets de sécurité, les allégations ne sont pas venues à nos oreilles avant. La question que j’ai, c’est : "Est-ce qu’on serait capables d’aller encore plus loin?" Je suis plus en mode questionnement qu’en mode réponse.

Daniel Paré, président-directeur général du CISSS de Chaudière-Appalaches

Le Dr Michel Y. Pelletier, qui a participé à l’enquête au Foyer Sainte-Bernadette, est convaincu qu’il existe un défaut de surveillance, d'encadrement de la part du réseau public vis-à-vis ces centres-là .

M. Talbot s’entoure de collaborateurs proactifs, indique pour sa part Michèle Dupont, qui a travaillé pour lui pendant 16 ans. Le travail est quand même fait. Je pense que c’est dû à ça, qu’il a continué, qu’il a perduré à avoir son permis.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !

Québec

Établissement de santé