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Pas facile de se retirer de la base de données de Clearview AI

La firme de reconnaissance faciale reste floue sur le sujet.

Un groupe de personnes visées par un logiciel de reconnaissance faciale.

La technologie de reconnaissance faciale de Clearview a été utilisée par plus de 600 services policiers.

Photo : getty images/istockphoto / AndreyPopov

CBC News

La controversée entreprise de reconnaissance faciale Clearview AI peut fournir à toute personne une liste d’images de son propre visage qui apparaît dans sa base de données, mais elle ne permet pas aux Canadiens et Canadiennes de s’en retirer, comme peuvent le faire des gens dans plusieurs autres pays.

Clearview AI a fait les manchettes en début d’année quand le New York Times a révélé qu’elle avait développé, dans le plus grand des secrets, une application de reconnaissance faciale qui peut identifier les gens à partir d’une seule photo de leur visage. Sa base de données renferme plus de 3 milliards de photos puisées de Facebook, YouTube et de millions d’autres sites web.

L’entreprise a longtemps affirmé que son outil était uniquement accessible aux forces de l'ordre, mais une liste de clients obtenue par le site BuzzFeed News a révélé que des entreprises privées comme Macy’s et Walmart se servaient aussi de cette technologie de reconnaissance faciale. La GRC et 34 services policiers canadiens faisaient également partie de cette liste.

Le commissaire à la protection de la vie privée du Canada et trois de ses homologues provinciaux enquêtent conjointement sur l'utilisation de la technologie de reconnaissance faciale par Clearview AI, dans le but de savoir si elle contrevient à des lois canadiennes de protection de la vie privée.

Vos photos dans la base de données

Clearview AI explique sur son site web qu’il est possible d’envoyer une photo de son visage à privacy-requests@clearview.ai (Nouvelle fenêtre) afin de recevoir des copies des images qui y sont associées dans la base de données de l’entreprise.

C’est ce qu’a fait le journaliste Thomas Daigle, de CBC News, la semaine dernière. Clearview lui a envoyé trois jours plus tard un fichier PDF avec 12 photos de son visage, dont plusieurs identiques.

Huit photos du visage du journaliste Thomas Daigle.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Voici quelques-unes des photos du journaliste de CBC News Thomas Daigle qui se trouvent dans la base de données de Clearview AI.

Photo : @thomasdaigle / Twitter

Toutes les sources des images ont été fournies. Des pages de CBC, Twitter et des services qui semblent extraire des données de profils de réseaux sociaux, dont un site nommé Insta Stalker , figurent parmi elles. Rappelons que Twitter et Facebook, qui est également propriétaire d’Instagram, ont mis en demeure Clearview AI pour qu’elle arrête de puiser des photos de leurs sites.

Mais s’il est possible de savoir lesquelles de nos photos sont utilisées par Clearview AI, les faire supprimer de la base de données est loin d’être aussi simple.

La politique de confidentialité de l’entreprise indique qu’il est possible de demander que ses données personnelles soient supprimées, mais seulement sous certaines conditions, selon les lois locales. Le site offre des documents pour que les résidents et résidentes de certaines juridictions avec des lois sur la protection de la vie privée – comme la Californie, le Royaume-Uni et l’Union européenne – puissent en faire la demande.

Questionné par CBC News à savoir si elle honore de telles requêtes de personnes résidant au Canada, le PDG de Clearview AI a fourni une déclaration d’une ligne.

Nous traitons les demandes de désengagement (opt-out) et d’accès aux données que nous recevons de citoyens canadiens.

Hoan Ton-That assis sur des marches dans une photo studio.

Hoan Ton-That est le fondateur et PDG de Clearview.

Photo : hoantonthat.com/

Ce désengagement semble se rapporter à la vente de données de Clearview AI à d’autres entreprises, bien que la firme elle-même dit qu’elle ne vendra ou ne partagera jamais les données d’utilisateurs sur son site web. L’entreprise n’a pas fait suite aux demandes de clarification de CBC News de sa politique de désengagement.

Selon la définition du droit au désengagement de la Californie, toute personne a le droit, en tout temps, de demander à une entreprise qui vend des informations personnelles à des tiers de ne pas vendre ces informations personnelles.

L’option devrait être offerte, dit le commissaire d’Ontario

Le commissaire à la vie privée de l’Ontario, Brian Beamis, estime que Clearview AI devrait permettre aux Canadiens et Canadiennes de faire supprimer leurs données.

C’est particulièrement [nécessaire dans ce cas], étant donné que Clearview a obtenu des images de gens sans leur consentement, a-t-il déclaré par courriel.

Clearview dit collecter uniquement des images publiquement accessibles sur le web. Elle a d’ailleurs promis de ne plus vendre sa technologie à des entreprises privées, d’après des documents de cour déposés en lien avec une demande de recours collectif consultée par BuzzFeed News.

Les commissaires à la vie privée du Canada, du Québec et de la Colombie-Britannique ont refusé tout commentaire en raison de leur enquête en cours.

Cinq photos du journaliste Thomas Daigle, ainsi que les sources de celles-ci.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Toutes les sources des images sont fournies par Clearview AI.

Photo : @thomasdaigle / Twitter

Nous avons le droit d’être oubliés

Pour Michael Geist, professeur de droit à l’Université d’Ottawa, le cas de Clearview est un exemple de comment les lois canadiennes de la protection de la vie privée n’ont pas été en mesure de faire face [aux nouvelles réalités]

Un porte-parole du commissaire à la vie privée de l’Alberta fait valoir que, selon la loi provinciale, les Albertains et Albertaines n’ont pas un droit explicite à l’effacement , comme c’est le cas dans l’Union européenne, par exemple.

On n’a tout simplement pas les mêmes protections ici quand il est question d’utilisation de notre information par des entreprises , dit la professeure auxiliaire en droit, robotique et société de l’Université de Windsor, Kristen Thomasen.

Pour elle, le cas de Clearview expose une faille importante dans le droit technologique qui permet à la firme de se défendre en disant qu’elle ne fait que collecter des données publiques. Et même si les gens ont publié des images sur les réseaux sociaux, ils n’ont probablement pas consenti à ce qu’elles soient utilisées pour un outil de reconnaissance faciale dont se sert la police. 

[Mettre une photo sur Facebook] ne veut pas dire que je consens à ce que mon visage soit utilisé pour entraîner un algorithme , dit-elle.

Selon les informations de Thomas Daigle.

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