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Vague de vandalisme contre des monuments jugés racistes aux États-Unis et en Europe

Un monument en l'honneur de Winston Churchill sur lequel on peut lire : « Churchill était un raciste ».

La statue de l'ex-premier ministre britannique Winston Churchill n'a pas échappé à la colère des manifestants antiracisme à Londres.

Photo : afp via getty images / ISABEL INFANTES

Radio-Canada

Alors que des statues de Christophe Colomb sont vandalisées aux États-Unis, la lutte contre la symbolique coloniale et esclavagiste s’étend en Europe, où plusieurs monuments à la mémoire de personnages historiques au passé controversé sont la cible de militants ou retirés des lieux publics à titre préventif.

Les monuments à la mémoire de l’explorateur italien Christophe Colomb, à qui on attribue la découverte de l’Amérique en 1492, n’ont pas la cote ces jours-ci aux États-Unis où au moins trois statues qui lui sont dédiées ont été vandalisées.

L’une d’entre elles a été décapitée dans un parc de Boston, une a été jetée dans un lac en Virginie tandis qu’une autre a été vandalisée à la peinture à Miami dans la foulée du mouvement antiraciste qui déferle sur les États-Unis depuis la mort de George Floyd, 46 ans, lors de son arrestation par des policiers le 25 mai dernier à Minneapolis.

Une statue décapitée et un drapeau américain en arrière-plan

Une statue de Christophe Colomb décapitée à Boston. Le navigateur génois, longtemps présenté comme le « découvreur de l'Amérique » , est désormais considéré comme une des figures du génocide des Premières Nations.

Photo : Reuters / BRIAN SNYDER

À Boston, où la statue de l’explorateur génois était érigée sur une stèle dans un parc portant son nom, la police a ouvert une enquête sur cet acte de vandalisme, mais n’avait arrêté aucun suspect jeudi matin.

Le maire de Boston, Martin Walsh, a indiqué que la statue serait enlevée en attendant une décision définitive sur sa restauration ou son retrait de ce lieu public.

À Miami, en Floride, une statue de Christophe Colomb qui se trouvait dans un parc a été recouverte d’inscriptions à la peinture rouge sang dont le slogan Black Lives Matter (La vie des Noirs compte) et le nom de George Floyd. Plusieurs personnes ont été arrêtées par la police dans cette affaire, rapporte le Miami Herald.

Une statue vandalisée avec de la peinture rouge.

Une statue vandalisée de Christophe Colomb au Bayside Marketplace après une manifestation contre l'inégalité raciale à Miami en Floride le 10 juin 2020.

Photo : Reuters / MARCO BELLO

À Richmond, en Virginie, un État historiquement reconnu pour son passé esclavagiste, une statue de Colomb a été abattue mardi soir par des manifestants qui ont ensuite traîné le monument jusqu'à un lac, où ils l’ont jeté.

Colomb vu par les Premières Nations

Ce n’est pas la première fois que la symbolique entourant le découvreur de l’Amérique est attaquée par des mouvements qui militent contre le racisme aux États-Unis.

C’est que, pour plusieurs d’entre eux, l’explorateur génois n’a pas que découvert l’Amérique, il est également, selon eux, l’un des principaux acteurs du génocide des Autochtones et des indigènes d’Amérique.

Ce qui fait de Christophe Colomb, dans le discours de ces militants, un personnage qu'il faut dénoncer au même titre que les esclavagistes ou que les généraux confédérés de la guerre de Sécession.

De plus en plus conscientes de la controverse entourant l’héritage historique de Christophe Colomb pour les peuples des Premières Nations notamment, de nombreuses villes américaines ont remplacé la célébration du Columbus Day, en octobre, par une journée d’hommage aux peuples autochtones.

Mais à Boston et à New York, qui abritent d’importantes communautés d’origine italienne, la commémoration de l’héritage de ce personnage historique demeure bien ancrée.

La colère gagne l'Europe

Or, il n’y a pas qu’en Amérique que la mort de George Floyd attise le militantisme contre des symboles historiques controversés.

Une statue est marquée de peinture rouge et blanche.

Cette statue du roi de Belgique Léopold II a été couverte de graffitis à Bruxelles.

Photo : Reuters / YVES HERMAN

En Belgique, plusieurs statues du roi Léopold II, colonisateur du Congo notamment, ont été aspergées de peinture et recouvertes de graffitis, à Bruxelles et dans la ville de Ghent notamment, pour dénoncer le passé raciste et esclavagiste du pays en Afrique.

Au Royaume-Uni, plusieurs statues ont aussi subi les foudres des mouvements antiracisme, notamment à Bristol, dans le sud-ouest du pays, où les autorités ont repêché jeudi la statue de bronze d’Edward Colston, un parlementaire et mécène anglais du 18e siècle qui faisait aussi dans la traite d’esclaves.

Le monument, érigé en 1895, avait été abattu et jeté dans la mer dimanche dernier par des manifestants qui protestaient contre la mort de George Floyd .

Tôt ce matin, nous avons récupéré la statue de Colston dans le port de Bristol. Elle a été transportée dans un endroit sûr avant de faire plus tard partie de nos collections dans nos musées, a tweeté jeudi matin le conseil municipal de Bristol.

La Ville compte exposer la statue dans un musée aux côtés d'affiches du mouvement Black Lives Matter.

De Winston Churchill à Baden-Powell

Des travailleurs manipulent une statue suspendue par une grue.

Des travailleurs retirent la statue d'Edward Colston jetée dans la mer par des manifestants au port de Bristol, au Royaume-Uni.

Photo : bristol city council via reuters / BRISTOL CITY COUNCIL

Même la statue de l’ex-premier ministre Winston Churchill a été marquée du mot raciste lors d’une manifestation à Londres.

Ces coups d’éclat des mouvements antiracisme ont suscité une certaine prise de conscience chez les Britanniques sur les symboles historiques publiquement valorisés dans ce pays qui a dirigé l’un des plus grands empires coloniaux de l’histoire.

C’est le cas notamment de la statue de Cecil Rhodes, érigée dans la ville universitaire d'Oxford, contre laquelle ont manifesté des milliers de personnes mardi.

Aux commandes de la colonie du Cap, en Afrique du Sud, au 19e siècle, Cecil Rhodes était aussi un magnat de l’industrie minière. Fondateur, entre autres, de la compagnie diamantaire De Beers, il a érigé sa fortune et son pouvoir sur l’exploitation des Noirs d’Afrique du Sud.

Dans le port de la ville de Poole, dans le sud du Royaume-Uni, les autorités locales ont quant à elles décidé d’agir préventivement en retirant la statue du fondateur du scoutisme, Robert Baden-Powell, érigée en 2008 en soulignant que Baden-Powell avait rencontré Hartmann Lauterbacher, chef d'état-major des Jeunesses hitlériennes, en novembre 1937, selon des documents des services britanniques de renseignement déclassifiés il y a 10 ans.

Nous reconnaissons les opinions divergentes sur les activités de la vie de Baden-Powell et voulons avoir le temps pour que toutes les opinions s'expriment, et minimiser le risque de désordre public [...] qui pourrait survenir si la statue restait sur place, a expliqué le conseil local dans un communiqué.

Un scout salue la statue de Baden-Powell.

La statue de Robert Baden-Powell, fondateur du scoutisme, a été retirée par la ville de Poole à titre préventif.

Photo : Reuters / PETER NICHOLLS

À Londres, la statue du marchand d'esclaves Robert Milligan, dont une pétition demandait le retrait, a aussi été enlevée en hâte cette semaine dans le quartier des Docklands.

Le maire travailliste de Londres Sadiq Khan a d’ailleurs annoncé la création d'une commission pour que les statues et noms des rues reflètent davantage la diversité de la ville.

Il n’y a pas qu’au Royaume-Uni qu’on prend ses précautions face aux symboles historiques.

À Bordeaux, en France, qui fut l’un des principaux ports de traite d'esclaves, les autorités municipales ont, elles aussi, décidé d’agir en amont en ajoutant dans les rues, depuis quelques années, des plaques explicatives rappelant le passé esclavagiste de la ville. Ces plaques sont notamment apposées dans les rues et les lieux publics portant le nom de vendeurs d’esclaves.

Sur la rue David Gradis (1665-1751) par exemple, une plaque explique qu'il a armé dix navires pour la traite des Noirs et qu'il a aussi acheté un terrain devenu le premier cimetière juif de la ville. Un code QR renvoie à un site Internet détaillé.

C'est à ce titre et parce que ses descendants furent aussi des notables bordelais que son nom a été donné à cette rue, a expliqué à l’Agence France-Presse l’adjoint au maire de la ville, Marik Fetouh.

Effacer l'histoire

Mais le mouvement de lutte contre le racisme et son héritage historique ne fait pas que des adeptes.

Si certains voient dans ces monuments une glorification de crimes du passé, d'autres voient dans leur retrait une manière d'effacer l'histoire sans s'attaquer aux causes du racisme.

D’autres groupes profitent aussi du mouvement actuel pour lancer des contre-mesures. Ce fut le cas notamment à Pau, dans le sud-ouest de la France, où une statue d'esclave noir a été aspergée de peinture blanche.

Un pot de peinture portant l'inscription White lives Matter a été retrouvé à une dizaine de mètres du monument vandalisé.

À Londres, des militants d'extrême droite prévoient aussi de manifester samedi autour de la statue de Winston Churchill vandalisée le week-end dernier en marge de manifestations antiracistes.

Avec les informations de Agence France-Presse

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