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Un premier foyer d'éclosion parmi les travailleurs étrangers temporaires au Québec

Le tiers des travailleurs d’une ferme de la Montérégie ont été placés en quarantaine. La santé publique tarde à prendre les mesures nécessaires pour contenir l’éclosion.

Un ouvrier travaille dans un champ.

Le tiers des ouvriers qui travaillent dans les champs chez Vegpro International, une entreprise de Sherrington, en Montérégie, sont présentement en quarantaine.

Photo : Radio-Canada

Au moment où plusieurs entreprises agricoles doivent composer avec un manque criant de travailleurs étrangers dans les champs cette année en raison de la pandémie, celles qui ont pu en faire venir doivent redoubler de vigilance.

Un premier foyer d’éclosion de COVID-19 a été confirmé parmi les travailleurs étrangers temporaires au Québec. Le tiers des ouvriers, principalement guatémaltèques et mexicains, travaillant dans les champs de Vegpro International, à Sherrington, en Montérégie, sont présentement en quarantaine. Parmi ces 49 travailleurs, 18 ont été déclarés positifs, selon les informations obtenues par l’émission Enquête.

Le premier cas est survenu le 28 mai dernier chez Vegpro International, l’un des plus importants producteurs maraîchers du pays, qui vend notamment des produits prêts à manger et prélavés de marque Attitude Fraîche.

L’entreprise, qui distribue ses produits à travers le Canada ainsi que dans le nord-est des États-Unis, affirme avoir déclenché une enquête immédiatement après avoir découvert le cas d’un travailleur guatémaltèque qui habitait sur place depuis un an et qui présentait des symptômes. On ne savait toujours pas mercredi de quelle manière le travailleur avait pu être infecté.

L'entrée de la ferme avec une pancarte sur laquelle on peut lire le nom de l'entreprise : Vegpro International.

L'entreprise, fondée en 1998, vend ses produits au Québec, mais aussi en Ontario, dans les Maritimes, dans l'ouest du pays et dans le nord-est des États-Unis.

Photo : Radio-Canada

Comme les travailleurs vivent dans des logements dont plusieurs aires sont communes, la propagation a été rapide, poussant l’entreprise à contacter la Direction de la santé publique pour qu’elle intervienne. Elle s'est toutefois heurtée à un refus de la part de cette dernière.

Selon les informations recueillies par Enquête, la santé publique a refusé de tester les travailleurs le jour même et n’a pas voulu envoyer sur place une unité mobile ni même une infirmière.

Pourtant, à la fin mai, le gouvernement Legault avait donné une directive recommandant la multiplication des tests aléatoires au sein de la population, y compris sur des personnes qui ne présentaient aucun symptôme.

Gérer la crise comme dans un CHSLD

La santé publique a plutôt demandé aux travailleurs de se faire tester de manière individuelle dans un hôpital, ce qui a déclenché plus de 24 enquêtes de dépistage auprès de l’entreprise, alors qu’il s’agissait d’un groupe touché par un même foyer d’éclosion.

Le manque de collaboration de la santé publique a poussé Gerry Van Winden, président-directeur général de Vegpro International, à embaucher sa propre infirmière au privé et à complètement réorganiser sa ferme en Montérégie; il s'est s’inspiré de la gestion de crise dans les CHSLD pour y créer des zones chaude, neutre et froide.

Un homme parlant à l'extérieur.

Gerry Van Winden, PDG de Vegpro International

Photo : Radio-Canada

Quand on voit ce qui arrive dans les CHSLD, on fait un peu le parallèle, dit M. Van Winden.

Il faut qu’on porte une attention spéciale à ce type de logements là, où habitent des travailleurs, pour éviter des gros cas de contamination, parce que c’est sûr que ce sont des endroits à risque.

Gerry Van Winden, PDG de Vegpro International

Le patron de l’entreprise explique par ailleurs que le fait que de nombreux travailleurs ne parlent pas français complique la situation.

L’infirmière embauchée par Vegpro, Geneviève Frenette, qui affirme se débrouiller en espagnol, visite les personnes en quarantaine tous les jours pour faire le suivi médical. Sa présence au quotidien est rassurante pour eux, selon elle.

Le fait que ce soit toujours la même personne, c’est plus facile aussi, ajoute-t-elle.

Une femme vue de dos portant un tablier de protection et marchant vers des logements.

L'infirmière Geneviève Frenette lors de sa tournée.

Photo : Radio-Canada

À la suite de la diffusion de cette nouvelle à ICI RDI, la santé publique semble être revenue sur sa décision; elle a affirmé à l’équipe d’Enquête qu’une unité mobile sera envoyée sur place jeudi pour tester 15 autres travailleurs étrangers potentiellement infectés.

L’éclosion de COVID-19 a ralenti les opérations de production chez Vegpro International, qui attend encore de nouveaux travailleurs originaires du Mexique qui seront, eux aussi, placés en quarantaine dès leur arrivée.

Ce sont entre 50 000 et 60 000 ouvriers étrangers qui viennent travailler au Canada dans le secteur agricole et de l'alimentation chaque année, selon les chiffres fournis par le ministère de l'Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté. Jusqu'ici, seulement 30 000 – soit la moitié du nombre prévu – sont arrivés au pays.

Cette tendance inquiétante est reflétée au Québec, qui a reçu environ la moitié des travailleurs étrangers escomptés, selon l'Union des producteurs agricoles (UPA).

À titre d'exemple, près 5090 travailleurs étrangers temporaires du Guatemala et du Mexique sont arrivés, sur les 12 660 attendus d'ici la fin juin. À ce moment-ci, ils devraient être 9737, ce qui équivaut à 52 % de la main-d'oeuvre espérée.

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