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Un ministre content, des crevettiers inquiets

Des employés débarquent le chargement de crevettes d'un bateau sur un petit convoyeur installé sur le quai à Rivière-au-Renard.

Des crevettes fraîchement pêchées débarquées à Rivière-au-Renard (archives)

Photo : Radio-Canada / Myriam Fimbry

Le ministre de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ), André Lamontagne, se réjouit de l’entente survenue entre les pêcheurs de crevette et les transformateurs.

Le drame, pour le ministre Lamontagne, c’était que les bateaux restent à quai.

Les premiers crevettiers sont finalement partis mardi, grâce à l'entente entre l’Office des pêcheurs de crevette de la Ville de Gaspé et les deux usines, Marinard et Crevette du Nord Atlantique.

Cette entente a aussi lancé la saison à Matane puisque l'usine Les Fruits de mer de l'Est-du-Québec base généralement ses prix sur ceux négociés à Gaspé.

Il s’agit d’un départ qui survient 10 semaines après la date d’ouverture officielle du 1er avril. Et puis, le coronavirus est aussi venu jouer les trouble-fêtes. Au printemps, les crevettiers n’osaient pas partir sans la garantie d’avoir une saison et les usines ne voulaient pas ouvrir sans la garantie d’avoir un marché pour cette crevette principalement exportée en Europe.

Les crabiers étaient partis en mer, les homardiers aussi.

Restait donc la pêche à la crevette, un secteur important de l’économie gaspésienne, notamment à Gaspé où l'on compte plusieurs centaines d’emplois directement liés à cette pêche, que ce soit dans les deux usines, sur les quais ou sur les bateaux.

Bateau de pêche des Micmacs de Gespeg

Bateau de pêche des Micmacs de Gespeg

Photo : Radio-Canada

C’est aussi une pêche importante pour les Premières Nations. Cinq nations autochtones du Québec et du Nouveau-Brunswick y sont actives.

Il y aura donc une saison, mais dans l’incertitude quant à la rentabilité des entreprises de pêche.

Des revenus à la baisse

Les négociations ont été ardues entre pêcheurs et transformateurs. Au début du mois, les usines ont refusé de payer le prix fixé par la Régie des marchés agricoles et sont restées fermées.

D’autres négociations ont eu cours pour déterminer le prix payé à partir du 1er juillet, ce qui a permis de dénouer l’impasse.

Les prix subiront toutefois une baisse importante pour la deuxième partie de la saison.

Crevettes nordiques

Crevettes nordiques

Photo : Radio-Canada / Crvettes

La flottille de la nation Wolastoqiyik Wahsipekuk (les Malécites de Viger) envisage une baisse de 60 % des revenus et une baisse anticipée des bénéfices de plus de 80 %.

On sort, mais ce n’est vraiment pas de gaieté de cœur. On va commencer à travailler dans des conditions épouvantables au point de vue des prix et ça va s’empirer dans trois semaines, observe Pierre Jenniss, chef conseil, responsable des pêches commerciales à la nation Wolastoqiyik Wahsipekuk et porte-parole de la Coalition des crevettiers du golfe, qui rassemble cinq nations autochtones et les associations de pêcheurs du Québec, du Nouveau-Brunswick et de Terre-Neuve.

De l'argent en moins pour les communautés

Pierre Jenniss estime que les pertes encourues par la seule nation des Malécites varieront entre 1,3  et 1,5 million de dollars. C’est de l’argent de moins pour nos membres , relève M. Jenniss.

Cet argent est utilisé par les communautés autochtones pour financer des activités dans les écoles, de l’aide alimentaire, de l'aide en santé ou simplement pour payer des salaires au conseil de bande. Si on n’a pas ces revenus, on fait quoi? demande Pierre Jenniss.

Les crevettiers n’ont pour le moment reçu aucune garantie, aucune assurance qu’ils seront admissibles aux programmes d’aide mis en place par le gouvernement fédéral. Ils ne savent pas non plus si cette aide sera bonifiée pour leurs flottilles et pour toute la durée de leur saison de pêche.

Rencontre avec la ministre

Ils ont fait part de leurs doléances à la ministre des Pêches, Bernadette Jordan, jeudi dernier. Elle a dit qu’elle allait commencer à travailler là-dessus. Après 10 semaines d’attente! commente Pierre Jenniss.

Le porte-parole de la Coalition des pêcheurs de crevette du golfe ajoute que le Ministère a clairement fait savoir aux flottilles qu’il n’y aurait pas d’aide s’il n’y avait pas de saison.

Le départ des crevettiers du Québec est donc une nouvelle étape dans cette saison de pêche qui multiplie les hauts et les bas. Traditionnellement, le Québec donne le pas dans la crevette, raconte Pierre Jenniss. Terre-Neuve attendait de voir ce qu’on va faire, mais ils sont extrêmement inquiets. On va voir ce qui va se négocier de leur côté. Je vois très mal comment les autres provinces vont bonifier ce qui se donne ici au Québec et ils vont probablement vivre le même scénario que l’on vit présentement.

Chalut de pêche à la crevette

Chalut de pêche à la crevette

Photo : Radio-Canada / Joane Bérubé

Les pêcheurs de crevette rappellent que leur pêcherie est l’une des plus coûteuses du golfe.

Ils demandaient entre autres que les prêts aux entreprises soient majorés et qu’un des deux gouvernements fédéral ou provincial assume les coûts de permis. Ça coûte 62,50 $ la tonne pour avoir un permis. Pour commencer la pêche, il faut que je fasse un chèque de 34 000 $ pour opérer, calcule Pierre Jenniss. L’aide qui viendra du nouveau fonds des pêches paiera moins du tiers de cette somme.

De plus, disent-ils, leur saison sera amputée des 10 meilleures semaines et même si la saison se termine en théorie en décembre, bien des équipages resteront à quai à partir de la mi-novembre en raison des conditions météorologiques.

Pierre Jenniss estime que des entreprises de pêche qui possèdent d’importants quotas ne parviendront pas à pêcher toute la ressource qui leur a été allouée.

Québec à l'écoute

Le ministre Lamontagne indique que la question des permis a fait l’objet de discussions avec la ministre Jordan, et que Québec a relayé la demande des pêcheurs.

Toutefois, pour l’instant, il n’y a pas eu de réponse, dit-il. Il souligne par contre que les enjeux sur l’admissibilité de la relève ou des autochtones à certains programmes sont en voie de se régler.

Le ministre de l'Agriculture du Québec, André Lamontagne.

Le ministre de l'Agriculture du Québec, André Lamontagne.

Photo : La Presse canadienne / Jacques Boissinot

La tenue d’une saison de pêche à la crevette permettra, selon le ministre André Lamontagne, d’établir un bilan et d’apporter de l’aide au besoin. Il observe que les pêches au homard et au crabe n’ont pas été les catastrophes annoncées. Ça prend de la pêche, dit-il, pour voir la saison, si ça bien été, moins bien été.

L’aide sera là, assure-t-il. Il va certainement y avoir des manques à gagner, c’est à ce moment-là que ce sera important que les programmes soient bien là.

Il rappelle qu’au Québec, les entreprises de pêche sont aussi admissibles aux différents programmes d’aide annoncés par le ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon.

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