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Arsenic : la Fonderie Horne remet en doute la validité de l’étude de biosurveillance

Vue de la fonderie.

La Fonderie Horne située dans le quartier Notre-Dame, à Rouyn-Noranda. (archives)

Photo : Radio-Canada

Thomas Deshaies

Des documents obtenus par Radio-Canada en vertu de la loi sur l’accès aux documents démontrent que la Fonderie Horne s’interroge sur la validité de l’étude de biosurveillance menée en 2018 par la direction de la santé publique de l’Abitibi-Témiscamingue.

Dans une lettre signée par le directeur général de la Fonderie Horne, Yves Brouillette, à l’intention du comité interministériel, on peut constater que l’entreprise a fait appel à ses propres experts pour analyser l’étude de biosurveillance de 2018.

Deux « mémos techniques » ont été produits à la demande de l’entreprise. Le premier par la firme Intrinsik, une entreprise privée offrant des services de consultants concernant des enjeux environnementaux et de santé, et le second par Michael J. Kosnett, professeur associé de l’Université Colorado aux États-Unis.

Rappelons que ces deux mémos remettaient en doute la validité de l’usage unique des ongles pour démontrer l’imprégnation à l’arsenic des citoyens du quartier Notre-Dame de Rouyn-Noranda, écrit le directeur de la Fonderie Horne dans sa lettre datée du 20 février 2020.

Nous considérons que la discussion entourant le choix et l’utilisation d’un seul biomarqueur pour lequel il est impossible de déterminer un niveau de risque pour la santé doit avoir lieu.

Yves Brouillette, directeur général de la Fonderie Horne

Celui-ci se demande d’ailleurs pourquoi aucun suivi n’a été effectué sur le sujet par le comité gouvernemental, alors que son entreprise demeure toujours sans réponse. Force est d’admettre qu’aucun suivi n’a été fait à ce sujet, écrit-il. Le règlement de ces questions nous permettrait d’avoir les meilleurs outils possible pour prendre des décisions significatives en lien avec la santé des citoyens et la pérennité des opérations de la Fonderie Horne.

Ce n’est pas la première fois que la Fonderie Horne se montre réticente quant aux études ou recommandations de la santé publique. L’entreprise a notamment refusé de se plier aux recommandations de l’organisme gouvernemental concernant la restauration des sols contaminés.

Étant donné l’impact des constats de la Direction régionale de santé publique sur les opérations et la pérennité de la Fonderie Horne, il est normal et même fondamental que l’entreprise s’entoure des meilleurs experts dans le domaine pour s’assurer que les actions posées sont pertinentes et que les investissements proposés soient justifiés, nous a écrit l’équipe des communications de la Fonderie, tout en rappelant que les investissements requis pour le plan d’action déposé en décembre impliquaient des investissements d’environ 200 millions de dollars.

À la demande du comité interministériel, la Fonderie Horne avait toutefois accepté de retirer les mémos techniques du plan d’action qui avait été déposé le 15 décembre 2019.

De son côté, la co-porte-parole du Comité Arrêt des rejets et émissions toxiques (ARET) de Rouyn-Noranda, Mireille Vincelette, doute quant à elle de la neutralité des experts.

C’est sûr que les firmes qu’ils ont embauchées sont des experts, mais par contre, quand tu es payé par une compagnie, c’est très dur d’être objectif dans tes conclusions, dit-elle.

Encore loin de la norme d’arsenic

Dans un autre document transmis au comité interministériel, la Fonderie Horne fait état d’une estimation de concentration d’arsenic qui sera enregistrée à Rouyn-Noranda après avoir complété l’ensemble des actions proposées dans son plan d’action. Jusqu’à présent, la Fonderie Horne n’avait pas souhaité faire état d’une telle estimation aux médias.

L’entreprise estime qu’en 2024, dans le meilleur des cas, la concentration d’arsenic serait d’un peu moins de 20 nanogrammes par mètre cube (ng/m3) et dans le pire des cas, d’un peu plus de 60 ng/m3. Rappelons que la norme provinciale qui s’applique à toutes les autres entreprises du Québec est de 3 ng/m3.

Un graphique à ligne brisée démontrant deux scénarios de diminution de la concentration d'arsenic dans l'air de 2020 à 2024.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

L'étude estime qu’en 2024, dans le meilleur des cas, la concentration d’arsenic serait d’un peu moins de 20 ng/m3 et dans le pire des cas, d’un peu plus de 60 ng/m3

Photo : Données recueillies à la station du quartier Notre-Dame

L’entreprise précise toutefois que ces estimations, effectuées à partir d’une modélisation développée en 2011, présentent des limitations importantes puisque la précision estimée est de +- 50 %.

La Fonderie Horne veut éloigner la station de mesure de l’arsenic de ses installations

La Fonderie Horne explique dans un autre document transmis au comité interministériel que l’instauration de la zone de transition, qui permettra notamment l’agrandissement de son stationnement, justifie le déplacement de la station de mesure légale de l’arsenic dans l’air. C’est à partir de cette station que le respect de la limite d’arsenic dans l’air, qui a été établie par le gouvernement, est mesurée.

L’ajout de la zone de transition déplacerait la limite de la propriété de la Fonderie Horne. La réglementation (article 202 du Règlement sur l’assainissement de l’atmosphère) prévoit que les concentrations d’émissions doivent être calculées à partir d’un point qui se situe à l’extérieur des limites de propriété, peut-on lire dans le document.

L’éloignement de la station de mesure des installations de la fonderie contribuerait donc à améliorer son bilan environnemental significativement. Parmi les 10 actions proposées, il s’agirait de la troisième en ordre d’importance pour sa contribution à la réduction de l’arsenic mesuré dans l’air.

Cette idée ne sied pas au comité ARET, puisque selon lui, un déplacement de la station de mesure empêcherait de voir la progression ou la régression en matière d’émissions de métaux lourds.

Une étude des retombées économiques

Parmi tous les documents envoyés au comité interministériel et accessibles via la Loi d’accès aux documents, l’étude d’impacts économiques est celui qui est le plus volumineux. Ce document de 76 pages dresse le portrait de la contribution de la Fonderie Horne à l’économie ainsi que son interdépendance avec l’Affinerie CCR située à Montréal. L’entreprise estime générer 500 millions de dollars de PIB au Québec. 3800 emplois sont supportés par les activités de la Fonderie Horne et de l’Affinerie CCR. Selon l’entreprise, ses concurrents ont un certain avantage sur elle puisqu’ils s’approvisionnent davantage en concentrés de cuivre provenant de leurs propres mines. Par contre, la capacité de production de la Fonderie Horne serait plus grande que celle de ses compétiteurs.

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Abitibi–Témiscamingue

Santé publique