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Le Dr Ngola réclame des excuses publiques de Blaine Higgs

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Le médecin a été décrit comme étant « irresponsable ».

Photo : Radio-Canada / Guy Leblanc

Depuis le 27 mai, le médecin accusé d'être à l'origine d'une éclosion de COVID-19 dans le nord du Nouveau-Brunswick est sous protection policière et sa vie a totalement basculé. Par ailleurs, selon une enquête privée, il est impossible de prouver que le Dr Jean-Robert Ngola est le patient zéro de cette éclosion. L'avocat du médecin suspendu demande au gouvernement de se rétracter et d’offrir des excuses publiques.

L'avocat Joël Etienne accuse le premier ministre d’avoir nourri une frénésie publique qui peut être perçue comme un stratagème politique pour enflammer les partisans.

Dans une lettre envoyée au gouvernement mercredi, il précise que le Dr Ngola a subi plusieurs insultes raciales, attaques et discours de haine depuis le 27 mai 2020.

Au cours de la semaine du 10 mai, le Dr Ngola a fait un aller-retour au Québec.

La COVID-19 en Atlantique

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Une représentation du coronavirus.

Il a reçu un résultat positif à un test de dépistage de la COVID-19 le 26 mai.

Selon la lettre de l’avocat, les autorités de santé publique provinciales ont avancé la notion erronée que le Dr Ngola était le patient zéro qui avait imprudemment propagé la COVID-19, aggravant ainsi le statut de la pandémie au Nouveau-Brunswick.

Il y a en ce moment 29 cas de COVID au Nouveau-Brunswick, presque tous dans la région du Restigouche où travaillait le médecin.

Aucune mesure légale n’a encore été prise.

La conférence de presse du 27 mai comme élément déclencheur

Dans la mise à jour provinciale au sujet de la COVID-19 du 27 mai, le premier ministre du Nouveau-Brunswick, Blaine Higgs, avait annoncé un nouveau cas de COVID-19 et avait indiqué qu’un professionnel de la santé n’a pas été honnête quant aux raisons de son déplacement.

Blaine Higgs, premier ministre du Nouveau-Brunswick, le 20 mai 2020.

Le premier ministre Blaine Higgs, le 27 mai 2020

Photo : Radio-Canada

Il a alors décrit l’individu comme étant irresponsable.

Je veux être clair. Il y a encore des règles à suivre. Si on ne les respecte pas, on met tout le monde en danger. Le cas d’aujourd’hui en est la preuve, avait-il ajouté.

Le premier ministre Blaine Higgs n’a pas nommé le nom du travailleur de la santé ni mentionné le fait qu'il soit un médecin en conférence de presse, mais c’est à la suite de cette annonce que les médias sociaux se sont enflammés, et plusieurs individus ont partagé la photo du Dr Ngola en l'accompagnant de propos haineux.

La lettre de l’avocat Joël Étienne compare les commentaires du premier ministre du 27 mai au style trumpien, les qualifiant de destructeurs, prématurés, imprudents et montrant un mépris flagrant.

Le 28 mai, une courte lettre de l’employeur du Dr Ngola le suspend de ses fonctions sans motifs élaborés, selon le cabinet EME Professional Corporation, où travaille Joël Étienne.

Selon l'avocat, ce commentaire laisse entendre que le Dr Ngola ne prenait pas la pandémie au sérieux, ce qui est injuste envers le médecin de famille embauché dans le Restigouche depuis 2013, qui a soigné plus de 2000 patients.

En conférence de presse mercredi après-midi, Radio-Canada a demandé au premier ministre Higgs s’il ciblait encore le Dr Ngola et son voyage dans la province voisine comme les sources de la contagion dans le Restigouche.

Le premier ministre n’a pas répondu à la question, mentionnant simplement que chaque fois qu’il y a une situation où l’on pourrait s’exposer soi-même ou un autre, on a tous une part de responsabilité.

Au moment de cette réponse, le gouvernement provincial n’avait pas encore pris connaissance de la lettre du Dr Ngola.

Un cas de racisme systémique?

Accusé d’avoir enfreint les directives provinciales concernant les voyages des travailleurs de la santé pendant la pandémie, le Dr Ngola affirme que ses actions étaient conformes aux directives de ses supérieurs.

Il indique d’ailleurs que plus de 20 collègues dans la même unité ont eu à faire le même genre d’aller-retour aux frontières sans qu'une quarantaine soit nécessaire.

En entrevue avec le journaliste Nicolas Steinbach mercredi, l’avocat Joël Etienne a indiqué que ce cas – celui d'un travailleur médical montré du doigt avec des accusations aussi fortes – était unique en Amérique du Nord.

Une kyrielle de médecins et de [membres du] personnel de premier ordre passe la frontière de façon quotidienne [...] La personne qui a été pointée du doigt dans cette affaire, est une personne racialisée d’origine immigrante.

Une citation de Joël Etienne, avocat du Dr Ngola, de la firme EME Professional Corporation

La lettre du cabinet d’avocat stipule que la seule différence entre le Dr Ngola et ses collègues c’est qu’il est noir, et qu’en tant que minorité, il a été injustement ciblé d’une manière que ses homologues non racialisés n’ont pas connue.

D’autres personnes de couleur dans la région, confondues avec le Dr Ngola, ont été suivies ou photographiées et signalées aux forces de l’ordre, indique aussi la lettre.

Ces déclarations du cabinet d’avocat coïncident avec la montée d'un mouvement contre le racisme systémique dans la province et ailleurs dans le monde.

Une enquête privée

Le Dr Ngola a communiqué avec le cabinet EME le 1er juin, et le cabinet a alors embauché la firme d’enquête privée Haywood Hunt & Associates pour mener une enquête.

Craig Hannaford, retraité et ancien dirigeant de la GRC à l’unité des enquêtes sur les fraudes sur les marchés publics, est le détective responsable du dossier.

Les conclusions préliminaires de l’enquête indiquent que le Dr Ngola a été harcelé, victime de discrimination de la manière la plus insultante et la plus publique, qu’il n’y a aucune preuve crédible qu'il est le patient zéro, et que le Québec n’est pas la source.

Craig Hannafort croit qu’il y a d'autres options crédibles quant à la source de contagion.

La lettre du cabinet d'avocat EME Professional Corporation précise que les actes du gouvernement Higgs ont créé une représentation négative du caractère du médecin et que cela a eu des conséquences auprès des médias et de la communauté, spécifiquement sur les médias sociaux.

L’avocat du Dr Ngola demande à ce que le premier ministre appelle personnellement et publiquement le discours public sur toutes les questions relatives au Dr Ngola à la civilité et au respect.

Il affirme aussi qu'une violation de la confidentialité de la part du gouvernement provincial et du Réseau de santé Vitalité a eu lieu dans cette affaire.

Avec les informations de Nicolas Steinbach

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