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Irruption dans les bureaux de Vice : Raphaël Lévesque est blanchi des accusations

Un homme et une femme au palais de justice de Montréal.

Raphaël Lévesque était accusé d'introduction par effraction, de méfaits et de harcèlement criminel à l'égard du journaliste Simon Coutu et d'autres employés de « Vice Québec ».

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Radio-Canada

Raphaël Lévesque, leader du groupe identitaire Atalante, était accusé d'introduction par effraction, de méfait public, de harcèlement criminel et d'intimidation lors d'un événement survenu dans la salle de rédaction de Vice, à Montréal. Le jugement qui le blanchit inquiète la Fédération professionnelle des journalistes du Québec.

Maintenant âgé de 36 ans, Raphaël Lévesque avait été arrêté en juin 2018 à Québec.

Le 23 mai 2018, il avait fait irruption dans la salle de rédaction de Vice accompagné de six hommes arborant des masques qui reprenaient le motif du drapeau fleurdelisé. M. Lévesque n'était pas masqué et il avait dans les mains un bouquet de fleurs.

Entourant le journaliste Simon Coutu, aujourd'hui à l'emploi de Radio-Canada, le groupe lui a remis un « Prix média poubelles » contenant des mégots de cigarettes. Les sept personnes ont aussi lancé des nez de clown et des tracts en faisant jouer la musique du jeu télévisé américain The Price Is Right.

Par la suite, le groupe Atalante s'était vanté de son action sur sa page Facebook en expliquant avoir voulu réagir à la publication d'un article à son sujet, dans Vice Québec.

En blanchissant Raphaël Lévesque des accusations qui pesaient contre lui, la juge Joëlle Roy, de la Cour du Québec, a estimé que le geste du militant et de son groupe était justifié et légitime.

Selon la juge Roy, il a agi dans les limites de la liberté d'expression. Il exprime son opinion et livre un message et communique des renseignements, a-t-elle expliqué.

Aucun geste criminel n'a été posé, a affirmé la juge. Le tribunal croit qu'il n'avait pas l'intention de menacer ou intimider [...] Son témoignage est crédible.

Une mince ligne

Toutefois, la juge Roy a conclu son jugement en écrivant que l'acquittement n'est pas une licence pour reproduire les gestes de l'accusé.

« La ligne est ténue entre acte criminel et incivilité. »

— Une citation de  La juge Joëlle Roy de la Cour du Québec

Dans son témoignage au palais de justice de Montréal, Raphaël Lévesque a fait valoir que lors de sa visite dans les bureaux de Vice, il n'entendait pas effrayer qui que ce soit et qu'il ne souhaitait pas avoir l'air intimidant.

Durant cette irruption qui avait duré un peu plus d'une minute, la juge Roy a relevé qu'aucun dommage n'avait été causé, que les allées et venues des gens présents n'avaient pas été entravées et qu'aucune vulgarité ni menace n'avait été proférée.

Raphaël Lévesque et son avocat, Mathieu Corbo, ont quitté le palais de justice sans faire de commentaire.

La procureure aux poursuites criminelles et pénales (DPCP), Camille Rochon-Lamy, a indiqué vouloir prendre le temps d'étudier le jugement avant de déterminer s'il sera porté en appel.

Le DPCP dispose de 30 jours pour prendre sa décision.

Un reproche à Simon Coutu

Par ailleurs, le jugement rappelle que Simon Coutu a tenté, durant les procédures, de joindre Raphaël Lévesque par l’entremise de Facebook, sous un faux nom, malgré qu’il savait que ce dernier a des conditions de ne pas communiquer avec lui.

M. Coutu a reconnu avoir fait cette démarche devant le tribunal, mais l’a nié à l’enquête préliminaire. Il a donc menti lors d’une autre procédure, alors qu’il était sous serment […] Il va sans dire que la crédibilité à accorder à son témoignage en est entachée, affirme la juge Roy.

Mise au point

La version originale de ce texte a été modifiée pour faire mention d'un reproche adressé par la juge au journaliste Simon Coutu. Par souci de transparence, nous précisons aussi qu'il est maintenant à l'emploi de Radio-Canada.

Atteinte à la liberté de presse, selon la FPJQ

C'est un jugement qui nous inquiète, carrément, a déclaré Jean-Thomas Léveillé, vice-président de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ), mercredi. On craint que ce soit un laissez-passer pour quiconque voudrait agir de la sorte et intimider des journalistes.

M. Léveillé dénonce ce qu'il qualifie d'atteinte à la liberté de presse.

Il affirme : Sortons du contexte journalistique. Dans n'importe quel bureau, s'il fallait que les gens qui ne sont pas d'accord puissent entrer dans un bureau sous un faux prétexte et "garrocher" des papiers partout... Six fiers-à-bras masqués... Je ne suis pas certain que les gens trouveraient ça drôle.

M. Léveillé estime qu'il est légitime de critiquer les médias, mais qu'il ne faut pas tomber dans l'intimidation.

Il existe plusieurs façons de le faire, dit-il en citant le Conseil de presse, les lettres ouvertes, l'ombudsman de certains médias. Quand un journaliste se sent intimidé, c'est le public qui sera moins bien informé.

Avec les informations de Geneviève Garon

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