•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
Archives

Lise Bissonnette : femme de tête, femme de lettres

Lise Bissonnette, assise parmi un panel d'hommes.

L'éditorialiste Lise Bissonnette sur le plateau de l'émission spéciale « La réponse » pour la soirée référendaire du 20 mai 1980.

Photo : Radio-Canada / Guy Dubois

Radio-Canada

Il y a 30 ans, Lise Bissonnette était nommée à la direction du Devoir, devenant la première femme au pays à prendre la barre d’un quotidien national. Retour en archives sur cette dirigeante dont le nom est autant associé au journal Le Devoir qu’à la réalisation du projet de la Grande Bibliothèque.

Lise Bissonnette fait son entrée au journal Le Devoir en 1974 comme chroniqueuse en éducation, son domaine de formation.

Rapidement, elle devient correspondante politique à Québec, puis à Ottawa.

À l’approche du référendum québécois sur la souveraineté-association, la direction du Devoir lui demande de revenir à Montréal comme éditorialiste.

L’un des éditoriaux de Lise Bissonnette marquera particulièrement la campagne référendaire de 1980, celui sur les « Yvette ».

Le phénomène des « Yvette »

Dans son éditorial du 11 mars 1980, Lise Bissonnette critique une déclaration de la ministre de la Condition féminine Lise Payette.

Au cours d’un rassemblement de femmes pour le « oui » , la ministre lance que les femmes qui voteraient « non » sont soumises comme cette « Yvette » d’un manuel scolaire empreint de stéréotypes sexistes.

Elle écorche au passage la femme du chef libéral Claude Ryan, mentionnant que ce dernier est marié à une « Yvette ».

Lise Bissonnette dénonce cette attaque gratuite dans son éditorial. Elle connaît assez Madeleine Ryan pour savoir qu’elle n’est pas le type de femme subordonnée à son mari que Lise Payette décrit.

Un contenu vidéo est disponible pour cet article

Ce soir, 8 avril 1980

Lise Bissonnette a été la première journaliste à relever l'emploi du prénom fatidique dans un éditorial, souligne le présentateur Gérard-Marie Boivin au bulletin de nouvelles Ce soir du 8 avril 1980.

L’éditorial de Lise Bissonnette a engendré un mouvement de femmes qui galvanise le camp du non.

Le 30 mars, elles organisent un « Brunch des Yvette » au Château Frontenac à Québec. Puis, le 7 avril, elles sont près de 15 000 à se rassembler au Forum de Montréal.

En entrevue avec l’animatrice Aline Desjardins, Lise Bissonnette admet que la publication de son texte a soulevé de vives réactions.

Si je ne l'avais pas relevé, peut-être que ça en serait resté là, souligne l’éditorialiste qui voit dans ce mouvement un phénomène plus social que politique.

Les femmes qui étaient là sont celles probablement qui, au cours des dernières années, se sont souvent senties ignorées par plusieurs mouvements féminins et qui, à tort ou à raison, ont cru qu'on les méprisait un peu dans leur fonction.

La journaliste Lise Bissonnette

La gaffe de la ministre Lise Payette a pris trop d’ampleur, surtout après qu'elle s'est excusée, croit Lise Bissonnette.

Mais le mouvement féministe doit aussi se demander s’il n’a pas trop longtemps ignoré une frange de Québécoises plus conservatrices.

À la direction du journal Le Devoir

Lise Bissonnette a été journaliste, éditorialiste et rédactrice en chef au Devoir. En 1986, elle quitte pourtant son poste en raison d’une mésentente avec le directeur.

Elle y reviendra par la grande porte en 1990 alors que le conseil d’administration du journal lui offre d’en prendre la direction.

Un contenu vidéo est disponible pour cet article

Montréal ce soir, 12 juin 1990

Lise Bissonnette devient ainsi la première femme au Québec et au Canada à diriger un quotidien national.

Invitée sur le plateau du Montréal ce soir du 12 juin 1990, elle réagit à cette nomination faite dans un contexte bien particulier.

Comme elle le décrit en toute transparence à l’animatrice Michèle Viroly, Lise Bissonnette hérite d’un journal menacé de toutes parts.

Il y a encore de la place au Québec pour un quotidien comme Le Devoir, soutient Lise Bissonnette dans cette entrevue.

Elle devra tout de même redresser la situation d’un journal au seuil de la faillite.

À la tête du Devoir de 1990 à 1998, Lise Bissonnette opère une restructuration profonde qui passe par une recherche de financement, un déménagement au centre-ville et une refonte de la maquette et du contenu du journal.

Lise Bissonnette parvient au cours de ces années à relever le quotidien montréalais tout en maintenant son caractère unique et son indépendance éditoriale.

En 1995, Le Devoir est d’ailleurs le seul journal à appuyer en éditorial le projet de souveraineté du Québec.

Vers la Grande Bibliothèque

La démocratisation de la culture a toujours été une préoccupation pour Lise Bissonnette qui a amorcé sa carrière en éducation.

Au cours des années 90, elle signe ainsi une série d’éditoriaux qui appellent à la création d’une grande bibliothèque qui serait accessible à l’ensemble des Québécois.

Le premier ministre Lucien Bouchard la prend au mot et lui demande en 1998 de mettre sur pied ce projet d’envergure.

Un contenu vidéo est disponible pour cet article

Le Point, 6 août 1998

Le 6 août 1998, au moment de son départ du Devoir pour la Grande Bibliothèque, Lise Bissonnette est l’invitée du Point, animé par Achille Michaud.

Vous avez marqué le journalisme comme peu l'ont fait dans votre génération. Vous ne pouviez pas ne pas faire ce métier-là avec une grande passion. Et vous abandonnez ça?, lui demande l’animateur.

Le projet de la Grande Bibliothèque du Québec, pour lequel Lise Bissonnette vient d’être nommée présidente-directrice générale, n’existe que sur papier.

C’est aussi un projet controversé que nombreux voient comme un éléphant blanc.

Mais Lise Bissonnette défend dans cette entrevue le fait qu’on puisse encore créer des institutions culturelles et qu’il ne faille pas avoir peur du béton.

Moi j'aurai toujours la passion du livre, explique Lise Bissonnette. Je pense que ça va continuer, et ça, c'est la mémoire, et c'est la consommation, et c'est la diffusion. Les gens vont partir avec un livre sous la main. C'est une bibliothèque de prêt et non pas seulement une bibliothèque de consultation.

Au cours de son mandat, Lise Bissonnette façonne le projet de la Grande Bibliothèque avec sa vision d’un lieu culturel rassembleur et convivial. Elle s’inspire des bibliothèques nationales qui existent à travers de monde. Elle prend compte des grands courants qui émergent pour les insérer dans ce projet de société.

Elle en supervise aussi l’imposant chantier de construction qui se dresse au cœur du centre-ville de Montréal.

Un contenu vidéo est disponible pour cet article

Le Téléjournal/Midi, 29 avril 2010

Dès son inauguration, le 3 mai 2005, plus personne ne remet en question le coût et la pertinence de la Grande Bibliothèque.

Pourtant, comme le confie Lise Bissonnette au journaliste Christian Latreille dans cette entrevue au Téléjournal/Midi du 29 avril 2010, « presque personne n’y croyait ».

Chaque jour, les Québécois affluent aux portes de la Grande Bibliothèque qu’ils ont adoptée comme lieu de vie.

Avec 14 millions de visiteurs après cinq années d’existence, la Grande Bibliothèque bat des records et crée l’envie partout dans le monde.

Au cours de son mandat, Lise Bissonnette en a aussi fait la plus grande institution culturelle du Québec en fusionnant la bibliothèque nationale, les archives nationales et la Grande Bibliothèque.

Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) forme désormais un réseau qui offre des services à distance et un grand éventail de ressources électroniques pour l’ensemble des Québécois.

L’après-carrière de Lise Bissonnette

Après avoir quitté Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) en 2009, Lise Bissonnette est retournée aux lettres.

Sa thèse sur Maurice Sand, publiée en 2016, fait d’elle une docteure en lettres de l'Université de Montréal.

Lise Bissonnette a aussi reçu huit doctorats honorifiques de différentes universités canadiennes et américaines, soulignant son investissement dans le journalisme, la culture et l’éducation.

L’ex-directrice du Devoir a renoué avec le milieu journalistique en 2017 en livrant une conférence à l’ouverture de la commission Chamberland sur la protection de la confidentialité des sources.

Plus récemment, Lise Bissonnette a quitté avec éclat la présidence du conseil d'administration de l’UQAM en dénonçant l’iniquité qui favorise les universités à charte aux dépens de celles du réseau de l'Université du Québec.

On ne l'atteindra jamais, l'égalité des chances, affirmait Lise Bissonnette en entrevue avec Achille Michaud en 1998.

Mais la première chose à laquelle on doit penser quand on monte un système scolaire, un système d'éducation, c'est d'essayer de l'atteindre. Il faut le vouloir. Et il faut continuer de le vouloir dans l'adversité.

Encore plus de nos archives

Commentaires fermés

L’espace commentaires est fermé. Considérant la nature sensible ou légale de certains contenus, nous nous réservons le droit de désactiver les commentaires. Vous pouvez consulter nos conditions d’utilisation.