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La baleine à bosse pourrait avoir été frappée par un navire

Plusieurs personnes s'affairent autour de la carcasse de la baleine.

L'équipe dirigée par Stéphane Lair entreprend la nécropsie de la baleine, qui pèse plusieurs tonnes.

Photo : Radio-Canada / Karine Bastien

Radio-Canada

La baleine à bosse qui a remonté le fleuve Saint-Laurent jusqu'à Montréal, avant d'être retrouvée morte et remorquée jusqu'à Sainte-Anne-de-Sorel, pourrait avoir été frappée par un navire, affirment les spécialistes chargés de la nécropsie du mammifère. Des analyses plus poussées seront toutefois nécessaires avant de parvenir à une conclusion définitive.

Après avoir effectué un examen de la carcasse de la baleine, le vétérinaire Stéphane Lair, de la Faculté de médecine de l'Université de Montréal, a indiqué qu'il n'était pas possible de poser un diagnostic définitif, mais que l'animal comportait des signes de traumatisme possible, il y avait la présence d'hématomes, d'hémorragies, qui suggère fortement que l'animal a été frappé par un bateau.

Un rapport sera produit d'ici un ou deux mois avec un diagnostic plus précis.

Toujours selon M. Lair, la nécropsie consiste en un examen de la vie de l'animal, de tous ses systèmes et ses organes. Ce n'est pas nécessairement facile, car c'est comme si vous me demandiez de vous conter un film à partir d'une seule image.

D'après le vétérinaire, il est intéressant de disposer de la date de la mort de l'animal, qui est souvent difficile à déterminer en raison de la vitesse à laquelle les organes internes commencent à se décomposer. La carcasse s'est échouée à la surface, et a été grandement exposée au soleil, ce qui fait que les organes étaient en état de décomposition assez avancée, a-t-il dit.

Les prochaines analyses permettront notamment de déterminer si les hématomes aperçus sur le corps du mammifère sont apparus avant ou après sa mort, a ajouté M. Lair.

Par ailleurs, a poursuivi ce dernier, la « bonne condition » de la baleine porte à croire que sa présence dans le fleuve n'était pas associée à une maladie.

On peut penser que, dans le cas qui nous concerne, [il s'agissait] d'un jeune animal qui explorait.

Les informations obtenues par les spécialistes indiquent en effet qu'il s'agissait d'une jeune femelle de 2 à 3 ans.

Impossible, cependant, de déterminer la raison exacte de la présence du mammifère dans les eaux entourant la métropole.

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Une « aide » risquée

Des rorquals ont été observés dans des conditions similaires, ailleurs dans le monde, et avaient réussi à retourner à la mer. [...] Nous lui avions donné le plus de protection possible; les gens de Pêches et Océans Canada avaient été avec l'animal pendant plusieurs jours [...]. On a perdu sa trace dimanche matin, et on a retrouvé sa carcasse [mardi], a de son côté déclaré Robert Michaud, coordonnateur du Réseau québécois d'urgences pour les mammifères marins, lors d'une conférence de presse donnée mercredi midi.

Il y a deux jours où on ignore ce qui s'est passé, a-t-il ajouté.

Les autorités publiques auraient-elles pu intervenir pour tenter de sauver la bête? La première question, c'est "pourquoi intervenir?", a répondu M. Michaud.

Le choix que nous avons fait, pour ce rorqual à bosse, est le même choix que nous faisons, habituellement, depuis une vingtaine d'années. Notre préférence, c'est de laisser la nature suivre son cours. Cet animal a fait une série de décisions – ou d'erreurs – de navigation qui l'ont amené à Montréal. C'est un phénomène naturel... Pas très fréquent, mais régulier.

Toujours selon M. Michaud, s'il s'était agi d'une espèce en voie de disparition, et que le sauvetage d'un individu pouvait permettre de changer la trajectoire d'une population, des solutions auraient pu être envisagées, mais ce n'était pas le cas ici.

Les moyens auraient également été limités pour tenter d'influencer la baleine de 17 tonnes si les autorités avaient décidé d'intervenir, a précisé le spécialiste.

Les options qui existent, et qui ont été tentées à d'autres endroits dans le monde, sont d'attirer l'animal avec des sons [...], ou même des sons d'épaulard pour l'effrayer, a précisé M. Michaud, avant d'indiquer que ces méthodes avaient obtenu un succès « très, très mitigé » lorsqu'elles avaient été mises à l'essai.

Les animaux ainsi visés par ces techniques auraient pu être déplacés « sur de petites distances », alors que le rorqual mort cette semaine aurait dû nager sur plus de 450 kilomètres pour retrouver ses eaux habituelles.

Il y a aussi des risques : si on effraie un animal avec des sons, la réaction peut être inattendue, et cela a été observé que des animaux s'échouent après avoir été exposés à des bruits soudains.

Robert Michaud, coordonnateur du Réseau québécois d'urgences pour les mammifères marins

Les autorités ont donc fait le choix d'offrir un « séjour sécuritaire » au cétacé. Robert Michaud s'est par ailleurs dit « très à l'aise » avec la décision de laisser agir la baleine comme bon lui semblait. Espérons que l'héritage de tout cela soit heureux, et que les gens prennent conscience qu'à seulement 450 kilomètres en aval du pont Jacques-Cartier vivent des animaux magnifiques, a-t-il souhaité.

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Une baleine « normale » et « vigoureuse »

Selon M. Lair, la baleine à bosse avait un comportement très normal et semblait très vigoureuse lorsqu'elle faisait les délices des Montréalais et des Longueuillois, la semaine dernière.

Une baleine pend au bout du treuil d'une grue. Plusieurs personnes observent l'opération sur la rive.

La carcasse de la baleine à bosse a été hissée sur un quai par une grue mercredi matin, sous le regard attentif de nombreux curieux.

Photo : Radio-Canada / Karine Bastien

Arrivée à Montréal dans les derniers jours du mois de mai, la baleine à bosse avait été aperçue pour la dernière fois dimanche, dans le secteur de Pointe-aux-Trembles.

Sa présence dans la grande région de Montréal était exceptionnelle, puisque son habitat naturel se trouve à des centaines de kilomètres en aval.

Ce n’est pas la première fois qu’on voit de jeunes baleines qui vont avoir un comportement un peu exploratoire, qui vont se déplacer, qui vont aller dans de nouveaux environnements. Pour elle, ce n’était pas la meilleure décision, mais c’est des choses qui peuvent arriver.

Stéphane Lair, professeur à la Faculté de médecine de l'Université de Montréal

Une opération qui attire les curieux

Avant même que la nécropsie ne se mette en branle, des curieux se pressaient sur place pour voir le défunt mammifère, malgré la forte odeur de putréfaction qui s’en dégageait.

Un résident venu assister aux opérations n’en revenait pas de l’achalandage engendré par la présence du baleineau à Sainte-Anne-de-Sorel.

C’est une première pour nous autres. C’est tranquille ici. On est 2000 habitants, et tout d’un coup, pouf. Hier, c’était full, a-t-il témoigné.

D’autres avancent leur propre hypothèse pour expliquer la triste fin du mammifère.

Il aurait fallu qu’elle soit dans l’eau salée. Ça ne peut pas vivre ici dans l’eau douce, soutient un autre homme qui s’attriste que l’animal n’ait pas réussi à retrouver son chemin vers l’estuaire.

Une fois la nécropsie terminée, la baleine sera dépecée et ses restes prendront le chemin d’un site d’enfouissement.

Avec les informations de Karine Bastien

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