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Mettre le genou à terre : de la prière à la lutte contre les violences policières

Ils ont un genou à terre.

Les participants ont mis un genou à terre pour rendre hommage à George Floyd.

Photo : Radio-Canada / Jean-Michel Cloutier

La ville de Houston a accueilli mardi les funérailles de George Floyd. Depuis sa mort, un geste a fait le tour du monde : celui de mettre un genou à terre. Comment est-il devenu le symbole de la lutte des Noirs américains contre les violences policières à leur encontre?

Selon Godefroy Desrosiers-Lauzon, chargé de cours au département d'histoire de l'Université du Québec à Montréal (UQAM), le genou à terre était au départ associé à la prière et au recueillement.

On a vu des leaders des mouvements des droits civiques le pratiquer, particulièrement les organisations qui prônent la non-violence, dont celle de Martin Luther King. Il priait pour demander l'appui des puissances spirituelles, le courage de poser les actes qu'il posait et pour réunifier la communauté autour de l'égalité et de la dignité retrouvées, explique-t-il.

Mais comment, d'un geste de recueillement, le genou à terre est-il devenu au fil des ans le symbole d'une lutte contre les violences policières?

Colin Kaepernick et deux autres joueurs de football agenouillés.

L'ancien quart-arrière des 49ers de San Francisco Colin Kaepernick (au centre) s'est agenouillé pour la première fois pendant l'hymne national américain lors d'un match de la NFL en septembre 2016.

Photo : Associated Press / Marcio Jose Sanchez

D'après Godefroy Desrosiers-Lauzon, les sportifs professionnels américains y sont pour beaucoup. Ce sont eux qui l'ont utilisé pour dénoncer la brutalité policière contre les Afro-Américains.

Les sports professionnels sont une plateforme d'expression et de visibilité pour les Afro-Américains, rappelle-t-il. En 2016, l'image du joueur de football Colin Kaepernick, qui met le genou par terre pendant l'hymne national lors d'un match de la NFL, va faire les manchettes un peu partout dans le monde.

Un genou à terre pendant l'hymne national, c'est une façon de marquer le refus de l'unanimité nationale, du sentiment de patriotisme et du nationalisme qui semblent faire des Américains tous des égaux, explique l'historien.

Un homme assis avec des lunettes et les bras croisés.

Godefroy Desrosiers-Lauzon, chargé de cours en histoire à l'UQAM.

Photo : Godefroy Desrosiers-Lauzon

Il vise également à démontrer qu'ils ne peuvent pas rester debout dans ces circonstances là et participer à cette cérémonie de validation de l'unité nationale dans un contexte aussi grave, ajoute-t-il.

Après la mort de George Floyd, le 25 mai, à Minneapolis, l'image du genou du policier blanc sur sa nuque pendant plus de 8 minutes a envahi les médias sociaux.

Lorsque commencent les manifestations en faveur de la victime, le genou à terre est repris par des milliers de manifestants, mais aussi par des personnalités politiques comme le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, ou le candidat démocrate à la Maison-Blanche, Joe Biden.

L'expression « Afro-Américain »

Avec la mort de George Floyd, cette expression qui désigne les membres de la communauté noire a été utilisée par les médias du monde entier. Faut-il la condamner?

Godefroy Desrosiers-Lauzon rappelle que, dans les années 1960, on disait plutôt negro. Selon lui, dans le langage américain, ce terme n'avait pas la même signification que le mot nègre employé par les intellectuels de la diaspora africaine francophone pour exprimer ce qu'ils avaient vécu.

Negro voulait simplement dire "de couleur". On a vu, pendant les années 1950-1960, la transition de colored, mot qui était très associé aux lois ségrégationnistes, à negro, qui semblait un terme neutre parce qu'il était utilisé par des leaders des droits civiques. On dit que le terme Afro-Américain aurait été introduit par Malcolm X, note-t-il.

Godefroy Desrosiers-Lauzon rappelle que Malcolm X a notamment fondé l'organisation pour l'unité afro-américaine (Organization of Afro-American Unity).

Des manifestants le genou à terre.

Des manifestants ont observé 8 minutes de silence en mémoire de George Floyd devant le poste de police de Sherbrooke.

Photo : Radio-Canada / André Vuillemin

Selon lui, cette organisation visait à démontrer l'unité panafricaine et la solidarité entre toutes les personnes d'origine africaine. Il ajoute qu'il y a eu aussi, dans les années 1970, une réécriture de l'histoire américaine qui a accordé une place importante aux communautés.

Notamment, la commémoration de l'expérience des communautés ethniques et culturelles et leur participation à la construction de l'histoire nationale, rappelle M. Desrosiers-Lauzon.

Ainsi, lors du bicentenaire de la déclaration d'indépendance, en 1976, il s'est produit, selon lui, une sorte de révolution des études communautaires et ethniques de l'histoire, par exemple des Italo-Américains ou des Américains d'origine irlandaise.

Puisque le mouvement des droits civiques a obtenu certains succès dans les années 1960 et 1970, alors pourquoi, désormais, ne pas appeler les negros des Afro-Américains ou des Américains d'origine africaine, pour signifier qu'ils sont maintenant, on espère, un groupe ethnique comme les autres, conclut-il.

L'expression Afro-Américain risque-t-elle de se dissoudre dans le mouvement de protestation mondial et multiethnique après la mort de George Floyd?

Godefroy Desrosiers-Lauzon ne le croit pas, car, d'après lui, pour satisfaire aux demandes de justice sociale, il faut justement reconnaître la différence et le caractère distinctif de la voix des autres.

C'est comme si la réussite du mouvement aboutissait à la valorisation des expériences individuelles et communautaires. Donc, je ne le vois pas disparaître, conclut-il.

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