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Repenser le rôle de la police : peut-on s'inspirer de Camden, près de Philadelphie?

Un citoyen et un policier discutent.

Le Service de police du comté de Camden, dans l'État du New Jersey, a décidé, il y a sept ans, de redéfinir le rôle de la police. Le taux de criminalité n'a jamais été aussi bas et les policiers ont tissé des liens étroits avec les membres de la communauté.

Photo : Fournie par le comté de Camden

Que ce soit à Toronto, Windsor, Vancouver, Montréal ou Ottawa, de plus en plus de voix demandent que le rôle de la police soit repensé. La Ville de Camden, aux États-Unis, n’a notamment plus de patrouilleurs et mise, depuis sept ans, sur la proximité avec ses résidents. Le succès de ce modèle communautaire pourrait inspirer des corps policiers de ce côté de la frontière.

Aux États-Unis, les conseillers municipaux de Minneapolis se sont prononcés en faveur du « démantèlement » de leur police municipale pour la remplacer par un modèle de sécurité publique axé sur la communauté, comme à Camden, au New Jersey.

Au pays, les demandes vont des réductions budgétaires de la police au démantèlement complet de corps policiers.

En 2013, la police de Camden, une des villes américaines les plus violentes il y a quelques années, a été démantelée et reconfigurée.

Un an auparavant, la ville enregistrait un nombre record d'homicides.

L'unité de patrouille a été abolie, tous les agents du corps policier ont le mandat de s'intégrer à la communauté qu'ils servent et il y a une meilleure collaboration avec les services sociaux et les organismes de santé mentale.

La réforme du corps policier de Camden, une municipalité qui compte environ 74 000 habitants (Nouvelle fenêtre), est-elle un modèle à suivre pour une ville comme Toronto?

Selon les récentes données, la population de Toronto est d'environ 3 millions (Nouvelle fenêtre) d'habitants.

Deux policiers conversent près de véhicules de police immobilisés devant un immeuble imposant.

Même si la police municipale de Camden a été démantelée il y a environ sept ans, le Service de police du comté de Camden existe et continue de faire des interventions policières quand elles sont nécessaires.

Photo : The Associated Press / Matt Rourke

Depuis la transition, le Service de police du comté de Camden mise sur la désescalade et le respect de ses citoyens.

La criminalité et la violence sont en baisse et le bien-être des résidents est au cœur des interactions.

Les crimes violents ont connu leur plus grande baisse en 50 ans, selon l'ancienne mairesse de la Ville de Camden, Dana Redd.

Elle avance également que la municipalité rapporte une baisse de 81 % du nombre d'homicides, comparativement au record de 2012.

Redéfinir le rôle des policiers

L'idée d'une police plus axée sur la communauté est lancée depuis plusieurs années à Toronto.

Le Service de police de Toronto a un programme communautaire depuis 2013, mais à la lumière des récentes manifestations à Toronto, son existence ne semble pas avoir amélioré les échanges entre les membres de la communauté et les policiers.

Plusieurs opposants demandent que le corps de police soit démantelé, d'autres, que son financement soit redirigé vers des programmes délaissés, comme l'accès au logement.

Une femme parle au podium.

Dana Redd a été la mairesse de Camden de 2010 à 2018.

Photo : Associated Press / Mel Evans

Selon Dana Redd, le démantèlement d'un service de police ne veut pas nécessairement dire d'y mettre fin, mais plutôt de le repenser et de le redéfinir.

Elle a été à la tête de ce changement d'approche vers un service de police communautaire.

Nous avons eu des conversations honnêtes et ultimement notre but commun était que Camden soit une ville sécuritaire.

Dana Redd, ancienne mairesse de Camden

L'ancien chef de police Scott Thompson et moi avons travaillé ensemble et nous avons rapidement inclus la communauté dans la conversation pour changer notre façon d'assurer la sécurité, dit Dana Redd.

Elle raconte que, lors de la première journée du nouveau corps policier, chaque agent est allé se présenter aux membres du quartier où il allait travailler.

Scott Thompson avait une philosophie du service avant soi, raconte-t-elle.

Le but était de déterminer la façon la plus adéquate de venir en aide aux membres de la communauté.

Un policier sourit.

Selon Zsakheim James, l'approche d'un corps de police communautaire permet d'appliquer la loi de la bonne façon.

Photo : Site web du Service de police du comté de Camden

Il y a certaines choses qu'on ne peut pas faire. La police n'est pas la seule réponse aux maux de la société, c'est pourquoi nous faisons appel à des personnes qualifiées pour améliorer la qualité de vie dans les quartiers, avoue le chef de l'unité communautaire du Service de police du comté de Camden, Zsakheim James.

Les agents dirigent souvent les résidents vers des services mieux adaptés à la situation, explique-t-il.

Le professeur de sciences politiques au Collège militaire royal du Canada et à l’Université Queen’s Christian Leuprecht constate qu'il n'y a pas assez de civils au sein des corps policiers au pays.

Selon lui, l'enjeu porte sur la façon dont les services sont livrés au public.

La façon de faire au sein des corps policiers doit changer et évoluer pour améliorer la communauté.

Zsakheim James, chef de l'unité communautaire

La désescalade et la communication contribuent grandement à l'entretien de bonnes relations avec les autres. Il faut avoir un respect commun pour la vie humaine, ajoute-t-il.

La volonté de vouloir changer

D'après l'expérience de l'ancienne mairesse, il faut la volonté de plusieurs acteurs, principalement des politiciens, pour pouvoir changer les choses à l'intérieur de cette institution et cela passe, selon elle, par les réformes et la proximité avec la communauté qui reçoit ces services.

Certains d'entre nous occupent cette position de leadership pour changer le monde et certains d'entre nous l'occupent [pour servir leurs propres intérêts].

Dana Redd, ancienne mairesse de Camden

Elle ne cache pas qu'il y avait beaucoup d'inquiétudes quand l'idée de la reconfiguration du corps policier a été lancée. Certains pensaient, à tort, qu'il serait aboli.

Je n'étais pas une mairesse populaire pendant qu'on traversait cette transition, se souvient Dana Redd.

Il y a certainement une réticence de la part des chefs de police et des syndicats policiers de s’engager dans des réformes qui sont nécessaires parce qu'il y a des intérêts pour protéger le statu quo.

Christian Leuprecht, professeur au Collège militaire royal du Canada et à l’Université Queen’s

Selon le professeur, la démission du chef de la police de Toronto est l'occasion parfaite pour repenser la manière dont nous concevons la sécurité publique dans nos communautés.

Il faudra toutefois avoir un débat honnête et démocratique qui ne sera pas facile, avance-t-il.

Appels à la réduction du financement de la police

Le débat sur la réorientation du financement de la police a pris de l'ampleur, mais n'est pas nouveau.

Pour de nombreux militants contre la brutalité policière, entre autres, la réforme des corps policiers passe par la réduction de leur budget.

L'avocate Saron Gebresellassi croit aussi que le financement grandissant accordé aux services de police pourrait être investi autrement pour aider les communautés qui en ont besoin.

Le but est de financer d'autres services indispensables qui manquent de ressources comme les services pour les enfants et le développement économique, dit-elle.

Il y a un rôle pour la police. Nous avons besoin de sécurité, mais il faut complètement changer la façon dont travaille la police maintenant. C'est vraiment la fin d'une époque.

Saron Gebresellassi, avocate

À Toronto, près du quart de l'impôt foncier va au service de police, qui a un budget de plus d'un milliard.

Cette semaine, le conseiller municipal Josh Matlow a d'ailleurs déposé une motion pour une réduction de 10 % du budget du Service de police de Toronto en 2021 et une plus grande transparence sur la façon dont il l'utilise.

Cette réduction budgétaire représenterait environ 100 millions de dollars, mais le maire de la ville, John Tory, n'appuie pas cette approche.

Dana Redd ne pense pas que la solution passe par des réductions budgétaires.

Je sais qu'il y a beaucoup d'énergie entourant l'arrêt et la réduction du financement de la police, mais je ne suis pas de cet avis. Il faut être équilibré dans la façon dont nous traitons le problème en question, dit-elle.

Selon elle, il faut changer le mandat des corps de police traditionnels, encadrer l'usage de la force et inclure la communauté.

Cette fois, nous sommes à un moment décisif où nous devons adopter des réformes policières à travers le monde pour que le recours à la force soit le dernier recours et non le premier, conclut l'ancienne mairesse.

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