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La baleine de Montréal est morte

Une baleine flotte sur les eaux, immobile. Près d'elle, deux hommes dans une embarcation.

Une baleine dérive lentement devant l’île Beauregard, à proximité de Verchères.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Radio-Canada

Le rorqual à bosse, dont les cabrioles avaient charmé les spectateurs près du pont Jacques-Cartier à Montréal, a péri. Sa carcasse a été délicatement remorquée, mardi, par un bateau de Pêches et Océans Canada et elle sera soigneusement étudiée par les experts.

C'est Simon Lebrun, un pilote membre de la Corporation des pilotes du Saint-Laurent, qui a signalé avoir vu la carcasse de baleine mardi matin, dans le secteur de l'île Beauregard, près de Varennes, à l'est de Montréal.

Voir ci-dessous des images captées par le drone de Radio-Canada :

Pour le président et directeur scientifique du Groupe de recherche et d'éducation sur les mammifères marins (GREMM), Robert Michaud, il ne faisait guère de doute qu'il s'agissait bel et bien de la baleine à bosse vue à Montréal.

Quand on voit un animal comme ça, sur le dos, c’est bien une carcasse, a commenté moins d'une heure plus tard Marie-Ève Muller, la porte-parole du Réseau québécois d’urgence pour les mammifères marins.

Arrivée à Montréal dans les derniers jours du mois de mai, la baleine à bosse avait été aperçue pour la dernière fois dans le secteur de Pointe-aux-Trembles, très tôt dimanche matin.

En après-midi, mardi, la carcasse du mammifère, retenue par des câbles au bateau de Pêches et Océans Canada, a été remorquée jusqu'au quai de Sorel-Tracy. Elle sera soumise, dès mercredi, à l'examen d'une équipe de la faculté de médecine vétérinaire de l’Université de Montréal.

Conduire la baleine morte jusqu'à ce quai de manière sécuritaire représentait un défi logistique de taille. C'est que le mammifère mesure 9,5 mètres et pèse quelques dizaines de tonnes. Et il est maintenant en putréfaction... C’est toujours un bon défi de récupérer une carcasse de baleine en mer, a résumé Marie-Ève Muller en entrevue au 15-18.

Le rorqual à bosse a beau avoir rendu l'âme, les attentions à son égard ne cesseront pas pour autant. Beaucoup d’efforts ont été mis tandis que la baleine était en vie à partir de Québec jusqu’à Montréal au cours des dernières semaines et les efforts continuent pour nous, au Réseau québécois d’urgence pour les mammifères marins, dit Mme Muller.

Un petit bateau tire la carcasse de la baleine sur l'eau.

La carcasse du rorqual à bosse a été remorquée vers le quai de Sorel-Tracy.

Photo : Radio-Canada / Daniel Thomas

Une carcasse et ses secrets

Ainsi, dès mercredi, les vétérinaires pratiqueront une nécropsie – une autopsie – dans le but d’avoir le plus d’information possible sur ce qui a pu arriver à la baleine.

Par un examen macroscopique, les vétérinaires pourront voir, s'il y a lieu, des signes de traumatismes contondants, dit Marie-Ève Muller. Autrement dit : le rorqual a-t-il pu entrer en collision avec un navire?

On pourrait voir si c’est arrivé avant que la baleine meure ou après, explique-t-elle. Car il n’est pas impossible qu’une carcasse flottante se fasse frapper par un bateau.

Les experts pourront voir aussi s’il y a de la nourriture dans son système digestif. Cela nous permettra de savoir si la baleine arrive à se nourrir même si elle est en eau douce et n’a pas les proies auxquelles elle est habituée, poursuit Marie-Ève Muller.

Les rorquals à bosse se nourrissent habituellement de krill ou de petits poissons qui vivent en banc, comme des capelans, des harengs ou des lançons.

Dans le secteur de Montréal, on n’a pas ce type de proies, explique Marie-Ève Muller. Par contre, il y a d’autres petits poissons qui vivent en banc. On peut penser à l'alose savoureuse qui est en pleine montaison.

D'autres informations pourraient être révélées par la nécropsie : avait-elle une maladie sous-jacente, une tumeur, des parasites? Enfin, une analyse des tissus et des liquides sera faite en laboratoire.

Dès mercredi, cet examen aura permis de livrer quelques-uns des secrets de ce mammifère marin, espère Mme Muller.

Ce rorqual à bosse fournit aux experts une précieuse occasion d'observation et de cueillette de données. Car lorsqu'ils évoluent dans la nature, seulement 10 % de la surface de leur dos n'est visible dans l'eau pour les scientifiques. Par conséquent, ce spécimen de jeune rorqual à bosse fournira de rares données sur toute l'espèce.

C’est très précieux comme données, assure Mme Muller.

Une stratégie qui n'est pas remise en cause

Une dizaine de personnes sont installées sur la rive pour observer la baleine.

Il était permis d'observer le rorqual à bosses depuis la rive. La loi exige de rester à une distance de 100 mètres de l'animal.

Photo : Radio-Canada / Daniel Thomas

Selon Karina Laberge de Pêches et Océans Canada, cette éventuelle analyse de la carcasse par la faculté de médecine vétérinaire de l’Université de Montréal permettra d’identifier les causes de la mort ou, à tout le moins, d’exclure certaines hypothèses.

Le triste sort qu'a connu le rorqual à bosse n'incite pas Robert Michaud du GREM à remettre en cause la stratégie des autorités de laisser la nature suivre son cours.

Tenter de rediriger la baleine vers le golfe du Saint-Laurent n'était tout simplement pas une option.

De dire M. Michaud : on est très à l’aise avec cette position, parce que les expériences qui ont été tentées avant nous montrent qu’il y a très très peu de possibilités de dévier un animal de ce type-là de sa course, soit de l’attirer, de le repousser avec des sons.

Marie-Ève Muller, elle, se prend à espérer que le rorqual aura laissé un immense héritage aux Montréalais. Car, pour plusieurs d'entre eux, il s'agissait d'une première rencontre avec le milieu marin.

Plusieurs personnes nous ont écrit pour dire : ''je n’avais pas réalisé que les baleines qui vivent dans le Saint-Laurent n’ont pas d’obstacle physique pour venir jusqu’à nous ici à Montréal''.

Et c’est vrai, explique Mme Muller. C’est un écosystème très changeant d’une région à l’autre, mais tout interconnecté. Même à Montréal, on a des impacts sur les baleines.

Cette baleine-là aura peut-être joué un rôle immense pour toutes les baleines du Saint-Laurent, conclut-elle.

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