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Énergie NB défend sa décision de ne pas appuyer Maritime Iron

La cheminée de la centrale dégage un  épais panache de vapeur.

La centrale thermique de la société Énergie NB à Belledune est l'un des principaux émetteurs de gaz à effet de serre dans la province.

Photo : Radio-Canada / François Vigneault

Radio-Canada

Les consommateurs au Nouveau-Brunswick auraient dû payer des centaines de millions de dollars de plus en tarifs d’électricité si Énergie NB ne s’était pas retiré du projet de Maritime Iron, selon le PDG de la société de la Couronne.

Les coûts d'exploitation de la centrale de Belledune pour qu’elle utilise comme combustible un gaz produit par les installations projetées de Maritime Iron auraient été inacceptables, selon le président-directeur général d’Énergie NB, Keith Cronkhite.

Énergie NB ne voulait pas refiler ces coûts à ses abonnés, souligne-t-il.

La société de la Couronne a annoncé à l’entreprise Maritime Iron, la semaine dernière, qu’elle ne ferait pas partie de son projet d’usine de fer de 1,5 milliard de dollars à Belledune.

Keith Cronkhite, assis, s'adresse aux membres d'une commission.

Énergie NB ne voulait pas refiler à ses abonnés les coûts supplémentaires entraînés par le projet de Maritime Iron, selon Keith Cronkhite.

Photo : CBC/Robert Jones

Un gaz produit par la future usine aurait permis à Énergie NB de réduire de moitié sa consommation de charbon, selon Maritime Iron. Mais cette dernière compte elle-même utiliser du charbon dans son usine.

Quant à savoir si le gaz qui aurait servi de combustible dans la centrale d’Énergie NB aurait été soumis ou non aux règles du gouvernement fédéral sur le charbon, c’est une question d’interprétation, ajoute Keith Cronkhite. Si le gaz est considéré à même titre que le charbon, ce serait un défi, souligne-t-il.

Un problème d’émissions polluantes

Énergie NB devait aussi tenir compte de la possibilité qu’elle soit tenue responsable de ces émissions plutôt que Maritime Iron. Cela risquait de changer la donne en matière de la taxe carbone du gouvernement fédéral, explique Louise Comeau, du Conseil de conservation du Nouveau-Brunswick. Elle juge que le risque était énorme pour Énergie NB.

De plus, le gouvernement fédéral n’a pas encore pris une décision au sujet du plan de tarification du carbone proposé par le Nouveau-Brunswick en ce qui concerne l'industrie lourde. Selon ce plan, Énergie NB paierait une taxe carbone sur une partie beaucoup plus faible de ses émissions.

Le Canada vise une élimination progressive du charbon d’ici 2030. Le Nouveau-Brunswick espère conclure une entente d’équivalence avec Ottawa prévoyant que sa dernière centrale au charbon, celle de Belledune, réduise ses émissions d’ici 2030 et puisse continuer d’en produire après cette date. Il s’agit en fait d’étaler les émissions jusqu’à la fin de la durée d'utilisation de la centrale, prévue pour 2040.

C’est ainsi que d’autres provinces, dont la Nouvelle-Écosse, ont réussi à conclure des ententes d’équivalence avec le fédéral.

Mais si Ottawa avait décidé de considérer les émissions de la combustion du gaz provenant de l’usine de Martime Iron au même titre que du charbon, Énergie NB n’aurait pu espérer réduire ses émissions avant 2030, ce qui aurait remis en question son espoir d’obtenir une exemption, explique Louis Comeau.

C’est une bonne décision de la part d’Énergie NB, affirme Louise Comeau.

Keith Cronkhite dit espérer que le Nouveau-Brunswick et le fédéral concluent une entente d’équivalence d’ici 12 à 18 mois. La province a toutes les raisons de croire qu’elle peut y parvenir, selon lui, car la Saskatchewan et la Nouvelle-Écosse ont réussi à obtenir une entente du genre même si elles dépendent plus du charbon que le Nouveau-Brunswick.

Surprise et déception de Martime Iron

Maritime Iron a déclaré, vendredi, dans un communiqué, qu’elle était surprise et déçue d’apprendre la décision d’Énergie NB de se retirer des négociations sur son projet malgré les progrès positifs continus qui ont déjà résolu la plupart des défis jusqu’à présent.

L’entreprise espérait commencer à construire son usine de transformation du fer cette année. Elle prévoyait créer 1300 emplois directs pour les travaux de construction et 200 emplois permanents par la suite pour les activités de l’usine.

Schéma des bâtiments de l'usine

Le plan de Maritime Iron prévoit aussi d'utiliser un convoyeur de la société Énergie NB pour transporter le minerai de fer du port de Belledune jusqu’à l’usine projetée.

Photo : Maritime Iron

Dans sa propre étude d’impact environnementale, soumise au gouvernement provincial en janvier, Maritime Iron explique que sa proposition est plus solide avec la participation d’Énergie NB.

Selon elle, cette collaboration aurait mené à une baisse de l’ensemble des émissions de gaz à effet de serre et à d’importantes réductions de dépenses en capital.

Malgré tout, Maritime Iron demeure convaincue qu’il existe de multiples façons de réaliser ce projet dans la province, selon sa vice-présidente aux communications et aux affaires publiques, Elena Mantagaris.

Il s’agissait du deuxième projet majeur étudié par Énergie NB en tant que possible moyen de réduire son recours au charbon.

Le premier projet est celui de l’entreprise floridienne Joi Scientific qui cherche à produire de l’électricité avec de l’hydrogène et qui n’a pas encore démontré sa viabilité.

Joi Scientific continue d’effectuer des tests, mais au ralenti à cause de la pandémie, explique Keith Cronkhite. Énergie NB attend d’en savoir plus sur les résultats de ces tests, dit-il.

Un coup dur pour la communauté

Le maire de Beresford a été surpris d’apprendre qu’Énergie NB se retirait du projet pour des considérations financières. L’économie de la région n’a vraiment pas besoin de ça parce qu’on a perdu le smelter comme tout le monde sait, et on a perdu la mine Caribou, souligne Jean-Guy Granté.

La décision de la société de la Couronne suscite des réactions dans la région Chaleur qui comptait sur le projet pour aider à relancer l’économie du nord-est de la province.

La directrice de la Chambre de commerce Chaleur compte aussi sur ce projet pour la relance de l’économie. C’est un mélange entre une déception et une tristesse, une incompréhension aussi.

Le président de l’Assemblée législative, Daniel Guitard, a indiqué mardi ne pas avoir sauté de joie lorsqu’il a pris connaissance de la décision de Énergie NB.

L’usine serait construite dans la circonscription du député libéral Daniel Guitard qui souhaite un appui du gouvernement progressiste-conservateur.

Un homme dans une mêlée de presse

Le président de l'Assemblée législative du Nouveau-Brunswick, Daniel Guitard.

Photo : Radio-Canada / Élisa Serret

Je vais vous dire qu’est-ce qui me chagrinerait le plus, c’est de voir qu’une autre province prendrait le dossier de Maritime Iron pis le porterait à bonne fin, dit Daniel Guitard.

Même son de cloche pour le maire de Beresford, Premièrement, les jambes m’ont coupé, je ne m’attendais pas à ça du tout, dit M. Granté.

Dans une lettre datée du mardi 9 juin, le PDG de Maritime Iron, Greg McKenzie, demande une rencontre avec le premier ministre Blaine Higgs pour voir ce que la province peut faire pour aider à la mise en œuvre du projet.

Je suis encore positif que notre région peut passer à travers, mais il va falloir travailler dur pis il va falloir le support des gouvernements provincial et fédéral aussi, conclut Jean-Guy Grant.

Avec les renseignements de Jacques Poitras, de CBC et de François Vigneault et Michel Corriveau de Radio-Canada.

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