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Des médecins réclament l'abandon de la distanciation chez les enfants

Une petite fille, de dos, portant un sac d'école.

Des médecins demandent au premier ministre Legault « d’assouplir rapidement les mesures sanitaires dans les garderies, les écoles et, prochainement, les camps de jour ».

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

L’heure est venue d’assouplir les mesures sanitaires qui touchent les enfants de 12 ans et moins, selon un groupe de pédiatres et de spécialistes de la santé signataires d’une pétition qui a récolté l’appui de plus de 1000 médecins.

Si les règles de santé publique mises en place dans les écoles et garderies afin de lutter contre la COVID-19 étaient au départ « tout à fait adéquates », elles constituent désormais un risque pour le développement des enfants, avance Véronique Groleau, gastroentérologue pédiatre au CHU Sainte-Justine, en entrevue à RDI.

Fortes de la littérature scientifique et des données épidémiologiques liées à la COVID-19, les autorités de santé publique du monde entier ont pu tirer quelques constats : très peu de jeunes enfants sont infectés par le nouveau coronavirus, le taux de mortalité chez ceux-ci est très faible et la transmission vers les adultes, peu fréquente.

Avec le recul qu’on a, quand on regarde les avantages versus les risques, pour moi, il est clair que pour les enfants de moins de 12 ans, il y a actuellement beaucoup plus de conséquences que de bénéfices, assure la Dre Groleau.

Instigatrice d’une lettre envoyée vendredi dernier au premier ministre François Legault et publiée par La Presse, Véronique Groleau s’est entourée de 12 autres psychiatres, pédopsychiatres et experts de santé publique pour rédiger la missive. En 24 heures, cette pétition a reçu l’appui de 2565 personnes, dont 1066 médecins, dit-elle.

Les 13 signataires demandent au premier ministre d’assouplir rapidement les mesures sanitaires dans les garderies, les écoles et, prochainement, les camps de jour. Ils suggèrent notamment que la règle de distanciation de deux mètres et le port du masque obligatoire ne s’appliquent pas aux enfants de 12 ans et moins.

Les médecins plaident aussi pour la reprise des activités sportives individuelles ou en groupe et recommandent que soit réévaluée l’interdiction visant certains jouets et autre matériel éducatif, évacués de plusieurs garderies sous prétexte qu’ils sont difficiles à désinfecter.

Il faut oublier l’histoire de distanciation chez les moins de 12 ans. Les enfants ont besoin de jouer ensemble, de communiquer, d’échanger, de partager. Ils ont besoin du contact de leurs pairs, pas de grandir avec une peur de l’autre, une peur du virus.

Véronique Groleau, gastroentérologue pédiatre au CHU Sainte-Justine

Évoquant l’anxiété que peut générer ce genre d’environnement chez de jeunes enfants, la Dre Groleau estime qu’il faut agir de façon urgente. Pour de jeunes enfants, deux ou trois mois de mesures aussi strictes peuvent avoir un fort impact dans leur vie, explique-t-elle.

Les enfants ont récemment pu ravoir accès aux modules de jeux dans les parcs, qui avait été interdits en raison de la pandémie. Si elle y voit une « belle victoire », la Dre Groleau doute que ce sera suffisant.

Les enfants et la COVID-19

  • Infections : 1 à 5 % des cas
  • Graves complications : moins de 1 % des cas
  • Mortalité : Très rare
  • Risque de transmission enfant/adulte : Faible
     

Source : « DFTB COVID-19 evidence review », 3 juin 2020

Les signataires de la lettre proposent aussi des solutions de rechange au personnel qui travaille auprès des jeunes, comme le recours aux lunettes plutôt qu’à la visière, qui ne permet pas à l’enfant de bien voir le visage des éducatrices et des moniteurs, ou encore le port d’un masque conçu avec du plastique devant la bouche.

Confinement : assouplir les mesures pour les enfants, demandent des médecins

Aux ministères de changer les directives

Selon les 13 médecins signataires, le ministère de la Famille et le ministère de l’Éducation envoient des instructions au terrain qui semblent surréelles aux yeux de plusieurs experts, mais également auprès de nombreux parents, éducatrices, enseignants et gestionnaires.

Quand on applique à la lettre ces directives […] on se ramasse avec des choses extrêmes, note la Dre Groleau.

Au nombre des histoires qui ont fait sourciller les spécialistes de la santé, on évoque le cas d'enfants qui vont au parc en pleine canicule sans pouvoir apporter de gobelet d'eau. Ou encore le fait qu'une direction d'école ait dessiné au sol des carrés où les enfants sont contraints de passer toute la récréation, sans pouvoir interagir avec leurs amis.

Selon la Dre Groleau, il n'incombe toutefois pas aux garderies de décider si oui ou non les règles de la santé publique doivent être appliquées. Certaines suivent simplement à la lettre les consignes qui leur sont envoyées. Ce ne sont pas des garderies mal intentionnées, nuance-t-elle.

Il revient plutôt au ministère de « changer ses règles », résume la spécialiste, qui dit toujours attendre une réponse du premier ministre Legault.

Disant partager l'inquiétude des pédiatres, la directrice générale de l'Association québécoise des CPE, Geneviève Bélisle, s'est pour sa part dite ouverte aux assouplissements.

Il faudrait toutefois qu'un mécanisme soit mis en place pour permettre la discussion entre les différents intervenants, et que celui-ci puisse permettre de réévaluer en continu, considérant que la situation est sans précédent, a-t-elle ajouté.

Un possible assouplissement des mesures... à l'automne

Sur le fond, le directeur national de santé publique, Horacio Arruda, a semblé se ranger du côté des médecins signataires, lundi. Si on suit la littérature [scientifique], les nouvelles sont bonnes du côté du coronavirus pour les enfants, a-t-il déclaré, lors du point de presse des autorités publiques.

Le retour des enfants dans les écoles primaires et les garderies du Québec, qui s'est fait graduellement depuis le 11 mai, s'est bien déroulé, tant et si bien que les règles sanitaires pourraient probablement être modifiées en vue de la rentrée scolaire de l'automne prochain.

Ça va nous aider [...] à être moins stricts envers les enfants, a-t-il poursuivi. Il n'a toutefois pas laissé entendre que ces ajustements pourraient se faire plus tôt, comme le demandent les médecins dans leur lettre.

Avec des informations de Normand Grondin

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