•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Après la manifestation, place au changement, croient des militantes afro-canadiennes

Des manifestants brandissent des pancartes devant la tour de la paix.

Une foule s'est réunie contre le racisme devant le parlement à Ottawa le 5 juin dernier (archives)

Photo : Radio-Canada / Patrick Louiseize

La vaste mobilisation dans le cadre de la manifestation contre le racisme et la brutalité policière de vendredi à Ottawa ne sera pas qu’un phénomène ponctuel, croient certaines militantes issues de communautés noires de la région de la capitale. Elles ont bon espoir que l'élan n'est pas près d'être freiné.

Cet espoir, Sahala Alolo l’a ressenti en constatant qui s’était déplacé pour venir manifester au centre-ville d’Ottawa.

Il y avait une grande diversité de gens : jeunes, vieux, différentes races… [...] Il y avait une diversité de gens sur place qui n’avaient pas besoin d’être là, des alliés qui sont venus pour soutenir Black Lives Matter, témoigne celle qui copréside le Comité sur l’équité du Service de police d’Ottawa (SPO), une entité dédiée à sensibiliser les policiers et améliorer leurs relations avec les communautés.

Cette diversité est la leçon la plus importante de la manifestation. Ça montre que nous sommes tous unis là-dedans. On veut du changement et on veut du changement maintenant.

Sahala Alolo, coprésidente du Comité sur l’équité du service de police d’Ottawa

La directrice générale de Nord-Sud Développement Racines et Cultures Canada, Ketcia Peters, était elle aussi présente lors de la manifestation de vendredi. Elle partage l’espoir de Mme Alolo, car la relève de sa génération de militants antiracistes est bien assurée, remarque-t-elle.

Le travail qu’on a fait, que la génération avant moi a fait, n'est vraiment pas en vain, parce qu’on a été capable de bâtir une base que la jeune génération pourra prendre et prendre la relève, estime-t-elle.

Ketcia Peters en entrevue à l'extérieur.

Ketcia Peters estime que la suite de la lutte contre le racisme systémique passe entre autres par un meilleur soutien aux organismes qui oeuvrent dans les communautés noires d'Ottawa (archives).

Photo : Radio-Canada

Pour l’instant, [les organisateurs] ont un momentum et à partir de là, ils veulent continuer de faire les demandes qu’ils ont à faire et continuer de faire un suivi à ça. Ça va être un processus plus officiel après la marche, ajoute Mme Peters.

Ils ont déjà commencé à entamer les prochaines étapes. Ça ne va pas juste être un mot-clic.

Ketcia Peters, directrice générale de Nord-Sud Développement Racines et Cultures Canada

Un vent de renouveau sur fond de déjà vu

La mort de tragique de George Floyd, un Afro-Américain non armé, lors d’une intervention policière à la fin du mois de mai n’est pas un incident isolé. D’autres épisodes du genre, comme ceux impliquant Michael Brown ou Eric Garner, ont eux aussi suscité l’indignation, sans toutefois avoir la même portée.

Des citoyens manifestent à la suite de la mort de George Floyd aux mains d'un policier, le samedi 30 mai dans les rues de Minneapolis, au Minnesota.

Des citoyens manifestent à la suite de la mort de George Floyd aux mains d'un policier, le samedi 30 mai dans les rues de Minneapolis, au Minnesota (archives).

Photo : Getty Images / Scott Olson

On a un président blanc [Donald Trump] dont les propos incitent à enflammer des gestes radicaux et discriminatoires. On a une économie aussi maintenant qui est plus fragile, alors les gens ont plus de temps pour réfléchir et regarder ce qui se passe à travers le monde, note Mme Peters.

Ce sont des choses qui arrivent depuis longtemps, mais qui n’étaient pas sues de tout le monde. Maintenant, c’est fait au vu et au su de tout le monde. Il n'y a plus de moyens de le cacher ou de trouver des excuses ou trouver des prétextes, observe quant à elle Aïchatou Touré, présidente du Conseil de la communauté noire de Gatineau.

Mme Touré en entrevue à l'extérieur.

Aïchatou Touré, présidente du Conseil de la communauté noire de Gatineau

Photo : Radio-Canada

Il n’est donc plus possible d’ignorer de tels événements tragiques. De surcroît, la mort de M. Floyd et toute la mobilisation qui a suivi font la une des journaux depuis plus de deux semaines.

Tout le monde se rend compte que : “Si je ne fais pas partie de la conversation, je fais partie du problème”.

Ketcia Peters, directrice générale de Nord-Sud Développement Racines et Cultures Canada

Certaines personnes de race blanche qui n’étaient pas confortables d'avoir ces conversations-là ont été capables de se forcer à regarder, à aller s’éduquer, à faire des recherches et à avoir des discussions, fait valoir Mme Peters.

Du quotidien jusqu’aux hautes sphères

Ces discussions toutes simples au quotidien sont par ailleurs l’un des principaux outils pour s’attaquer aux racines de l’enjeu complexe du racisme systémique. Il s’agit d’une façon simple pour quiconque de faire sa part dans cette lutte, selon Mme Touré.

Les blagues à connotations racistes, c’est quelque chose qu’on ne devrait plus accepter [...] Il y a un mot à dire et, déjà, ça amène cette réflexion et cette discussion.

Aïchatou Touré, présidente du Conseil de la communauté noire de Gatineau.

La solution, pense pour sa part Ketcia Peters, implique également des actions directes au sein des communautés elles-mêmes, notamment en matière d’éducation et de services.

Il y a de petits organismes sans but lucratif qui font du travail avec les gens, avec les différents membres de la communauté, mais qui n’ont pas les ressources pour étendre leurs programmes, souligne-t-elle en précisant que ces organisations pourraient bénéficier d’une réaffectation des fonds normalement dédiés au service de police municipal. Ce débat mérite toutefois d’être approfondi davantage, nuance Mme Peters.

S’il y a matière à critiquer les institutions sur certains enjeux, Mme Touré est également d’avis qu’il faut collaborer avec elles pour continuer de faire avancer la cause. La proximité avec les institutions permet vraiment de pouvoir en discuter, de trouver des solutions et d’avoir beaucoup d’acteurs autour de la table.

C’est là une réalité dont est témoin Sahala Alolo depuis qu’elle a pris la tête du Comité sur l’équité de la police d’Ottawa il y a environ un an. Le travail qui se fait en dehors des manifestations, en coulisse, comme ce que je fais avec le Service de police d’Ottawa, me donne aussi espoir, indique-t-elle.

Il suffit qu’on maintienne le cap, ajoute Mme Alolo en citant par exemple le retour de l'unité sur les crimes haineux du SPO ou le retour d’initiatives de police communautaire dans certains quartiers de la capitale fédérale.

C’est une course sur le long terme, prévient cependant Aïchatou Touré, qui se dit optimiste face au mouvement mondial qui ne semble pas vouloir s'essouffler.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !

Ottawa-Gatineau

Minorités culturelles