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« Le jour et la nuit » : les inégalités de Washington exposées en un trajet d’autobus

Au centre du mouvement contre les injustices raciales, la capitale américaine est elle-même le théâtre d’importantes inégalités.

Reggie est assis à l'arrêt de bus.

Tous les jours, Reggie Jackson prend l'autobus 90 qui l'emmène des quartiers plus riches de Washington à son quartier, l'un des plus pauvres de la ville.

Photo : Radio-Canada / Raphaël Bouvier-Auclair

« Plus vous allez vers le sud-est, pire c’est ». Ce constat, Reggie Jackson le fait quotidiennement.

Préposé à l’entretien dans un poste de police, il est un passager régulier de l’autobus 90 qui traverse une partie de la ville, du nord-ouest, où Reggie travaille, au sud-est, où il vit. C’est le jour et la nuit, dit-il.

Entre le point de départ et le point d’arrivée, un trajet d’une quarantaine de minutes sur une dizaine de kilomètres.

Des gens attendent l'autobus dans un abribus.

Le quartier Anacostia, à Washington.

Photo : Radio-Canada / Raphaël Bouvier-Auclair

On passe d’un arrondissement à majorité blanche, où le revenu médian des ménages dépasse les 100 000 $ par année, à un secteur à majorité noire, où ce même revenu n’est que de 36 000 $.

C’est une ville qui est riche dans le nord-ouest, alors que dans le sud-ouest, c’est le tiers-monde.

Une citation de :Jon Wisman, professeur d’économie à l'American University

Le revenu n’est qu’un des indicateurs qui illustrent les inégalités dans la capitale. Entre un des secteurs les plus riches et l’un des secteurs les plus défavorisés de la ville, l’espérance de vie diminue de 27 ans.

Les inégalités économiques et sociales, qui sont souvent raciales à Washington, ont été mises en lumière par la crise de la COVID-19.

Dans chacun des deux arrondissements les plus riches de Washington, dans le nord-ouest, le bilan des victimes de la COVID-19 est d’une trentaine de morts. Au terminus de l’autobus 90 dans le sud-est de la capitale, on se trouve dans le quartier le plus touché, avec une centaine de décès.

Le conseiller municipal Trayvon White, qui participe régulièrement à des livraisons de nourriture et de masques, explique que le virus ne fait que s’ajouter à une série de problèmes qui nuisent au développement de son quartier depuis des décennies.

L’élu donne un exemple : dans son arrondissement, il n’y a qu’une seule épicerie pour 80 000 résidents.

Trayvon White.

Trayvon White, conseiller municipal du quartier Anacostia, à Washington.

Photo : Radio-Canada / Raphaël Bouvier-Auclair

Ça fait 30 ans que nous sommes en crise. Nous sommes encore en train de nous remettre de l’épidémie de crack des années 1980 et 1990 [...] le virus ne fait que s’ajouter à tout cela.

Une citation de :Trayvon White, conseiller municipal

Trayvon White craint par ailleurs les conséquences économiques de la crise dans un quartier où le taux de chômage était déjà trois fois plus élevé que dans des secteurs plus riches de la ville.

Quand la population est déjà au bas de l’échelle économique de la ville, la possibilité de perdre un emploi ou des heures de travail, ça nous inquiète, lance-t-il.

La crise, une occasion de lutter contre les inégalités?

La crise que traversent les États-Unis pourrait-elle être l’occasion pour les autorités politiques de s’attaquer aux problèmes d'inégalités?

Jon Wisman, professeur d’économie à l’American University, qui étudie le sujet depuis des années, croit que plusieurs scénarios sont possibles.

Une jeune femme manipule des sacs en papier remplis de nourriture.

Une distribution de denrées alimentaires et de masques dans le quartier Anacostia, à Washington.

Photo : Radio-Canada / Raphaël Bouvier-Auclair

Il explique ainsi qu’après la crise de 1929, le New Deal de Franklin D. Roosevelt a contribué à une réduction de l’écart de richesses aux États-Unis pendant plusieurs décennies. Par contre, il a constaté que la réponse de l’administration Obama à la crise financière des années 2000 a contribué à les creuser davantage.

Plutôt que de sauver ceux qui étaient en danger de perdre leurs maisons, il a sauvé Wall Street, déplore Jon Wisman.

Cette fois-ci aussi, la réponse du gouvernement américain à la crise du coronavirus suscite des inquiétudes.

Des rapports, y compris celui d’un chien de garde du gouvernement, ont évoqué la difficulté qu’ont initialement éprouvée des entreprises appartenant à des membres de minorités pour avoir accès à un programme de prêts. Leur faible nombre d’employés ou leur manque de lien avec les grandes banques américaines font partie des raisons évoquées.

Le commerçant, dans son local.

La boutique de Ronald Molten est fermée depuis le mois de mars.

Photo : Radio-Canada / Raphaël Bouvier-Auclair

Ronald Molten, qui a mis sur pied une boutique de vêtements avec d’anciens membres de gangs dans le sud-est de Washington, assure par exemple ne pas avoir pu soumettre une demande de prêt, puisque l’un des cofondateurs de l’entreprise a un dossier criminel récent.

On aurait d’abord dû aider les petits joueurs, déplore Ronald.

L’entrepreneur et activiste dit espérer que la crise, de même que les manifestations qui se sont multipliées au pays depuis la mort de George Floyd, à Minneapolis, « ouvriront les yeux » des Américains à propos des inégalités dans le pays.

À l’autre bout de la ville, en attendant l’autobus 90 qui le ramènera chez lui, Reggie Jackson se montre optimiste, mais il sait qu’il faudra du temps.

Ça a été comme ça toute ma vie, lance-t-il, avant de monter dans le bus.

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