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Une marée de manifestants contre le racisme à Montréal

Une femme parle dans un porte-voix, suivie d'une foule compacte, pendant une manifestation au centre-ville.

« No justice, no peace », scande Anastasia Marcelin, une des organisatrices de la marche.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Des milliers de manifestants se sont rassemblés au centre-ville de Montréal pour dénoncer le racisme et honorer la mémoire des victimes de la brutalité policière, pour un deuxième dimanche d’affilée. Une grande marche familiale dans les rues de la ville qui s'est déroulée dans le calme, malgré quelques moments de tension.

Après 400 ans d’exploitation, on n'en peut plus, crie au micro Anastasia Marcelin, l’une des organisatrices. Elle fait référence aux premiers esclaves africains arrivés il y a quatre siècles en Virginie. Aujourd’hui, c’est la dernière marche que nous organisons, ajoute la directrice de la Ligue des Noirs Nouvelle Génération, en pleurs.

C’est le temps de passer à l’action. Vous aurez été avertis. Maintenant, ça passe ou ça casse.

Anastasia Marcelin, une des organisatrices de la manifestation

Dès 10 h, des milliers de personnes sont rassemblées au parc Émilie-Gamelin. L’ambiance est familiale. Presque tout le monde porte des masques; il est impossible de respecter la distanciation sociale.

Dans les fenêtres de l’Hôtel Place Dupuis, qui surplombe le parc, des membres du personnel soignant observent l’événement. Le bâtiment est utilisé pour accueillir des patients atteints de la COVID-19.

Zola, une jeune femme qui vit avec le spectre de l’autisme, prend la parole devant la foule. On est tous les mêmes, lance-t-elle. On a tous les mêmes organes et le sang rouge. Si les États-Unis sont riches aujourd’hui, c’est grâce aux esclaves noirs!

Genoux à terre

Une heure plus tard, la marche se met en branle sur la rue Sainte-Catherine. Un long cortège mené par la militante Anastasia Marcelin qui, infatigable, s’époumone dans son porte-voix : no justice, no peace.

À plusieurs reprises, la foule s’arrête pour poser un genou par terre et lever le poing en l'air, à la mémoire de George Floyd, cet Afro-Américain mort lors d'une intervention policière à Minneapolis, le 25 mai.

Une foule de manifestants, un genou par terre et les bras levés au ciel, sont arrêtés dans une rue du centre-ville pendant leur marche.

La marche pacifique a fait de nombreux arrêts pour inviter les manifestants à mettre un genou au sol à la mémoire de George Floyd.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Nombreux sont ceux qui ne digèrent pas les propos de cette semaine du premier ministre François Legault selon lesquels il n’y aurait pas de racisme systémique au Québec. Nous disons à nos dirigeants politiques que nous ne pouvons pas respirer, lance un manifestant. Comment se fait-il que j’aie plus de chances de me faire arrêter que mes concitoyens blancs lorsque je me balade à Montréal-Nord?

Selon un rapport publié par des chercheurs indépendants en octobre 2019, les personnes autochtones et noires ont entre quatre et cinq fois plus de chances d’être interpellées, par rapport aux personnes blanches.

Face-à-face

La manifestation s’arrête au square Dorchester, sur le boulevard René-Lévesque. La foule s’approprie le parvis de la cathédrale Marie-Reine-du-Monde. Je suis l’enfant du ghetto, la fille de Montréal-Nord qui a rassemblé tout ce monde ici aujourd’hui, clame avec fierté Mme Marcelin dans son porte-voix.

Vers 14 h, l'organisatrice demande à la foule de rentrer tranquillement à la maison. Un groupe de plusieurs centaines de manifestants décide plutôt de se rendre sur la rue Sainte-Catherine, où des dizaines de policiers de la Sûreté du Québec et du Service de police de la Ville Montréal (SPVM) les attendent.

La semaine dernière, de nombreuses vitrines ont été vandalisées suite à la manifestation contre le racisme. Cette fois-ci, plusieurs commerçants ont barricadé leurs devantures.

J’étais là dimanche dernier et je sais que ce sont les policiers qui ont lancé des bombes lacrymogènes en premier, dit Emmanuel Félix. Depuis des années, on essaie de faire ça pacifiquement et rien n’avance. Peut-être que la violence, c’est ce qu’il faut pour se faire entendre.

Believe Saint-Fleur s'est déguisé en super-héros pour participer à la marche contre le racisme.

Believe Saint-Fleur s'est déguisé pour participer à la marche contre le racisme.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Mais tous ne sont pas de cet avis. Believe Saint-Fleur s’est littéralement déguisé en super héros arborant des motifs de colombe, d’arc-en-ciel et de fleurs de lys. Je suis là pour la paix et la non-violence, dit-il à travers son masque.

Les émeutes assombrissent les manifestations. On est en colère, on vit de la frustration et on se défoule. Mais en réalité, on ne fait que donner raison à la police.

Believe Saint-Fleur, manifestant

Quelques minutes plus tard, des membres de l'escouade antiémeute de la Sûreté du Québec mettent eux aussi un genou à terre, en hommage aux victimes du racisme. La foule applaudit. C’est un gros signe de respect, observe Carl. Et c’est tout ce qu’on veut : être traités d’égal à égal.

Mais la tension monte peu à peu entre les policiers et les protestataires. Jusqu’à ce qu'Anastasia Marcelin s’interpose entre les deux groupes. Elle apostrophe certaines personnes qui ne veulent pas bouger. Rentrez chez vous, crie-t-elle. On n’est pas venus ici pour ça!

Anastasia Marcelin, entre des policiers de l'antiémeute et des manifestants, crie.

Anastasia Marcelin apostrophe d'autres manifestants qui ne veulent pas quitter les lieux.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

C’est la police qui bat finalement en retraite, laissant passer la foule qui se disperse à travers le centre-ville. Visiblement épuisée, Mme Marcelin profite du moment pour se reposer quelques minutes, assise sur le trottoir.

Je ne voulais pas de grabuge. Je sentais venir la casse. Je comprends la colère, mais je veux la paix entre les manifestants et les forces de l’ordre.

Anastasia Marcelin, une des organisatrices
Un manifestant masqué fait face à des policiers protégés par leurs casques, visières et boucliers.

Face-à-face entre un manifestant et la police lors d'une manifestation contre le racisme.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Malgré les demandes de l’organisatrice, quelques dizaines de personnes se déplacent vers le quartier général du SPVM pour un dernier face-à-face avec la police. Vers 18 h, la manifestation est déclarée illégale et l'escouade antiémeute disperse les protestataires avec des tirs de gaz lacrymogène, non loin du palais de justice.

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