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Réformer la police ou réduire son budget? Le débat est relancé

Des policiers et de la fumée.

Le travail des policiers est vivement critiqué voire même dénoncé sur la place publique depuis quelques jours.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Après le choc et la consternation viennent les questions. Plus d’une semaine après le décès de George Floyd, cet Afro-Américain mort à la suite d'une intervention policière violente à Minneapolis, de plus en plus de voix s’élèvent pour demander plus qu’une réforme des forces policières : elles réclament des coupes dans le budget.

Le débat en soi n’est pas nouveau aux États-Unis, surtout dans les milieux des mouvements antiracistes, mais les images troublantes documentant les derniers instants dans la vie de George Floyd lui donnent un nouvel élan, au-delà même des frontières américaines.

Dans une lettre d’opinion publiée dans le quotidien britannique The Guardian, le professeur et sociologue américain Alex Vitale, auteur de The End of Policing (« La fin de la police »), prône la réduction du financement des corps policiers pour réinvestir les fonds dans des projets venant en aide aux personnes les plus vulnérables.

M. Vitale, qui est également coordonnateur d’un projet sur la police et la justice sociale à New York, rappelle que la Ville de Minneapolis où George Floyd est mort était sous grande pression depuis cinq ans déjà pour mettre en place des réformes contre la violence policière.

Selon lui, la police de Minneapolis a même mis sur pied un programme pour lutter contre le profilage racial, diversifier ses cadres, adopter le port des caméras portatives pour plus de transparence, initier des programmes de dialogue avec les communautés, etc.

Rien de tout cela n’a fonctionné, dit toutefois le chercheur, rappelant que les militants antiracistes veulent couper 45 millions de dollars des quelques 190 millions alloués à la police de Minneapolis.

Les conseillers municipaux de la Ville se sont d’ailleurs prononcés dimanche en faveur du « démantèlement » des forces policières pour les remplacer par un nouveau programme de sécurité publique axé sur la communauté.

Nous devons investir dans les logements, la création d’emplois et les systèmes de santé afin de cibler les problèmes qui sont directement liés aux problèmes de sécurité publique. Nous devons appeler les élus locaux à développer des solutions non policières face aux problèmes auxquels font face les plus pauvres.

Alex Vitale, sociologue

La limite des réformes

Cet appel rejoint celui de Philippe Néméh-Nombré, doctorant en sociologie de l’Université de Montréal, qui affirme lui aussi que les réformes ont montré leurs limites.

Le problème, ce n’est pas telle ou telle pratique policière, mais l’institution en tant que telle, sa fonction dans la société, le budget qu’on lui accorde, a-t-il déclaré en entrevue avec Annie Desrochers à l’émission Le 15-18 diffusée sur ICI Première.

Si on veut réellement mettre fin aux dangers que la police représente pour les communautés marginalisées, l’argent doit être investi ailleurs, a-t-il. expliqué.

Il estime qu’il est incohérent de demander aux policiers d’intervenir auprès de populations en détresse, alors que les organismes dont la mission est de faire de la prévention auprès de ces mêmes populations sont sous-financés.

Toutes les personnes vulnérables, il faut les considérer comme des victimes plutôt que comme une nuisance dangereuse.

Philippe Néméh-Nombré

Il donne l’exemple de la police de Londres, dont la majorité des patrouilleurs ne sont pas armés et qui privilégie les méthodes non violentes pour appréhender les suspects. Il souligne qu’en 2011, un homme en détresse psychologique armé d’une machette a été arrêté par les policiers londoniens. Ceux-ci ont réussi à le maîtriser en sept minutes à l’aide de boucliers antiémeutes seulement.

S’il s’était retrouvé dans une ville nord-américaine, il y a de fortes chances qu’il aurait été tué ou grièvement blessé, pense Philippe Néméh-Nombré.

Comprendre la réalité des autres

Fady Dagher et Marie-Eve Cloutier sont à la table des invités.

Le directeur de police Fady Dagher en compagnie de l'agente Marie-Ève Cloutier.

Photo : Avanti Groupe / Karine Dufour

À Longueuil, le chef de la police Fady Dagher, reconnu pour avoir élaboré la première politique au Canada en matière de lutte contre le profilage racial et social, n’est pas insensible à ce débat.

Premier chef de police québécois issu de l’immigration, il est à l’origine du Projet Immersion, un stage d’intégration en place depuis novembre dernier, au cours duquel les policiers sont invités à mettre leur uniforme et leur arme de service de côté pour plonger dans les réalités des populations les plus vulnérables, afin de saisir ce qui se passe dans ces communautés.

Contacté par téléphone, Fady Dagher dit « comprendre » les appels des militants en faveur d'une baisse du financement, mais il affirme que si on veut vraiment changer la culture policière, c’est justement le contraire qu’il faut faire.

Je n’ai pas nécessairement besoin d’avoir un plus grand nombre de policiers, mais il faut être en mesure de dédier de plus en plus d’agents au service des communautés, explique M. Dagher, qui affirme que 70 % des appels au 911 ne sont pas de nature criminelle.

Les appels vont continuer de rentrer, même si on coupe dans les budgets, mais j’aurais moins de policiers formés et dédiés à faire une différence dans les communautés, ajoute l’ancien assistant au directeur du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM).

En 2020, le budget du Service de police de l'agglomération de Longueuil (SPAL) s’est élevé à 112,8 millions de dollars, soit 1,2 million de plus que l’année dernière, notamment pour le maintien de l'équipe intégrée d'intervention et de soutien aux victimes d'exploitation sexuelle. M. Dagher précise toutefois que la grande majorité du budget, « près de 95% », est consacrée aux salaires du personnel policier et civil.

Mon but avec la police de concertation, c’est justement de dégager les policiers qui sont sur les appels pour les envoyer dans les communautés où ils travailleront avec les partenaires des groupes communautaires.

Fady Dagher, chef du SPAL

Quand un policier prépare un repas avec sa communauté – et non pas qu’il se fasse servir un repas – des discussions s’entament et c’est hyper intéressant parce qu’il y a beaucoup de barrières qui tombent de part et d’autre, fait-il remarquer.

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