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Les conseils sur les voyages non essentiels causent des tensions en Colombie-Britannique

Un note où il est écrit en anglais Va te faire foutre! Retourne en Alberta! Tu n'es pas censé faire des voyages non essentiels.

Matt Graham a trouvé cette note sur sa voiture immatriculée en Alberta le mois dernier alors qu'il était à Revelstoke en Colombie-Britannique.

Photo : Fournie par Matt Graham

Radio-Canada

Les communautés de l’intérieur de la Colombie-Britannique, qui dépendent du tourisme, font appel au calme après qu’au moins cinq véhicules immatriculés en Alberta ont prétendument été vandalisés, et que leurs propriétaires ont reçu des notes désagréables et ont parfois été interpellés de façon agressive.

Les incidents surviennent alors que les responsables de la santé publique de la Colombie-Britannique demandent d’éviter les voyages non essentiels dans la province.

Le mois dernier, alors qu’il était à Revelstoke, Matt Graham affirme avoir trouvé une note sur le pare-brise de sa voiture lui disant de retourner en Alberta. Il a aussi trouvé une grosse égratignure sur le côté du véhicule.

« J’ai tout de suite fait le rapprochement avec le fait que ma plaque d’immatriculation était de l’Alberta », dit-il.

Matt Graham est né en Colombie-Britannique. Après plus d’une décennie en Alberta, il est revenu vivre dans sa province natale en mai pour y exercer un nouvel emploi. Il n’avait pas encore eu le temps de changer sa plaque d’immatriculation lorsque l’incident est survenu.

Inquiétudes

D’autres conducteurs dont le véhicule avait une plaque d’immatriculation de l’Alberta et qui se trouvaient en Colombie-Britannique affirment avoir reçu le même genre de note.

C’est le cas de Janean James. Elle affirme avoir retrouvé le mois dernier sa voiture, qui était stationnée à Cranbrook, avec un pneu crevé et une note « troublante ».

La police confirme quant à elle qu’en avril un homme de la vallée Columbia a craché sur un véhicule immatriculé en Alberta.

Le 18 mai, elle a aussi dû intervenir alors qu’un homme de Trail s'attaquait verbalement à une femme pour la même raison.

Jennifer Bowen, elle, a décidé d’être proactive. Elle a déménagé à Nanaimo à la fin mai. Elle a laissé une note visible dans le pare-brise de son véhicule demandant aux gens de ne pas vandaliser sa voiture.

Une note dans la fenêtre d'une voiture qui dit en anglais : « Je viens de déménager à Nanaimo. S'il vous plaît, ne crevez pas mes pneus parce que j'ai une plaque d'immatriculation de l'Alberta ».

Jennifer Bowen, qui a déménagé sur l’île de Vancouver à la fin de mai, a laissé cette note sur son tableau de bord demandant aux gens de ne pas crever ses pneus à cause de sa plaque d'immatriculation de l’Alberta.

Photo : Fournie par Jennifer Bowen

L’accueil hostile que certaines personnes semblent avoir reçu est contradictoire avec le fait que l’économie de nombreuses communautés dépend beaucoup des visiteurs interprovinciaux et des résidents saisonniers.

Selon Destination BC, les Albertains ont dépensé 1,4 milliard de dollars dans l’industrie touristique de la Colombie-Britannique en 2016, soit la dernière année où la société d’État a présenté un profil complet du marché.

À Sicamous, qui se trouve à mi-chemin entre Vancouver et Calgary, la population de 3000 personnes peut monter jusqu’à 15 000 personnes en été.

La moitié des 1 900 propriétés résidentielles de Sicamous appartiennent à des non-résidents, dont de nombreux Albertains.

« Il est vraiment important de prendre en considération la situation avec la COVID-19, mais aussi que nous soyons gentils avec les gens », souligne le maire de Sicamous, Terry Rysz.

Le maire a lancé une campagne sur les médias sociaux avec le slogan « Nous sommes des gens, pas des plaques d'immatriculation » pour encourager les gens à être respectueux et à y réfléchir à deux fois avant de juger quelqu’un en fonction de l’endroit où son véhicule est immatriculé.

Cela ne veut pas dire que la communauté encourage tout le monde à venir faire une visite, précise Terry Rysz en rappelant que les responsables de la santé publique déconseillent les voyages non essentiels.

Sicamous fait partie du district régional de Columbia-Shuswap qui a publié avant le long week-end de mai un communiqué demandant aux propriétaires qui ne vivent pas dans la région toute l’année de rester à l’écart pour le moment.

Un message qui a rendu Jody Boychuk, propriétaire d’un magasin à Sicamous, nerveuse.

Au cours de l’hiver, elle a rénové sa boutique de vêtements de plage de 4 000 pieds carrés qui est ouverte cinq mois par année.

Jody Boychuk pose dans sa boutique.

Jody Boychuk possède une petite entreprise à Sicamous et s’inquiète du fait que les Albertains ne seront pas là cet été.

Photo : Radio-Canada / Briar Stewart

« Nous sommes très préoccupés par le fait que les Albertains ne viendront pas », avoue-t-elle en précisant qu’ils ont des répercussions économiques énormes sur la collectivité et sur le gagne-pain de tous les petits commerces de la ville.

À Viewpoint RV and Cottages, à Salmon Arm, Carol Beaulieu a vu les annulations grimper en flèche après que le gouvernement de la Colombie-Britannique a annoncé que ceux qui ne sont pas résidents de la province ne pourraient pas réserver d’emplacements dans les terrains de camping provinciaux.

Même si la règle de la province ne touche pas les terrains de camping privés, les gens hésitent à venir, partage Carol Beaulieu qui dit que certaines personnes ont aussi mentionné les récents actes de vandalisme sur des véhicules comme raison pour modifier leurs plans.

Environ un tiers des réservations de son terrain de camping proviennent habituellement de l’Alberta. « Les gens ont peur de venir », constate-t-elle.

Carol Beaulieu pose dans son camping. Derrière elle se trouvent des gens assis à une table de pique-nique près de leur autocaravane.

Carol Beaulieu affirme que certains visiteurs ont commencé à annuler leur séjour dans son camping après avoir entendu des rapports selon lesquels des Albertains auraient été ciblés ou harcelés en Colombie-Britannique.

Photo : Radio-Canada / Briar Stewart

Afin de lutter contre cette peur, certains essaient de faire en sorte que les gens se sentent bienvenus.

Dans le même esprit que la campagne du maire de Sicamous, un groupe de Revelstoke a initié la distribution d’une note accueillante.

Charlene Pors a eu la chance de la recevoir. Lorsqu’elle marchait vers son véhicule le 27 mai et qu’elle a aperçu une note laissée sur son pare-brise, elle a d’abord craint le pire.

« Je pensais que ça serait quelque chose d'horrible », admet-elle.

Au lieu d’une note grossière, la lettre lui souhaitait plutôt la bienvenue et était signée par The Good People of Revelstoke.

Une note qui dit en anglais : Bienvenue à Revelstoke! Que vous soyez ici pour visiter de la famille, pour l'aventure ou tout simplement de passage, respectez notre ville en suivant les règles sanitaires de notre province. Vous êtres bienvenus chez nous malgré ce que vous pouvez avoir vu dans les médias. La majorité de nos résidents comprennent que notre économie dépend des visiteurs et nos entreprises dépendent de gens comme vous. Passez un bon séjour. Nous espérons vous revoir.

Charlene Pors a été surprise de voir cette note amicale placée sur son véhicule après avoir entendu d’autres personnes qui ont reçu des notes négatives.

Photo : Fournie par Charlene Pors

La note a rassuré un peu Charlene Pors. « C’était un changement agréable », dit-elle.

Avec les informations de Briar Stewart

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