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Un trottoir sur lequel se trouve un sac à dos ouvert et un ballon de basketball avec deux obstacles.

« Nos enfants noirs peuvent tout avoir... sauf les objets classiques », s'offusque Sandra Sasa.

Photo : Radio-Canada / Camile Gauthier

Il y a le racisme que tout le monde perçoit, car il est d’une évidence presque obscène. Puis, il y a le racisme plus intangible, car plus ancré dans le quotidien. Toronto, ville la plus multiculturelle du Canada, est-elle exempte de tels comportements?

Cette question, nous l’avons posée à des personnes issues des minorités culturelles. Voici leurs réponses.

Un ballon de basketball salvateur

Sandra Sasa a peur pour la sécurité de ses quatre garçons.

Un de ses fils s’est fait interpeller par les policiers alors qu’il marchait vers la bibliothèque d'Oshawa avec des amis. Un groupe de jeunes noirs? Sandra Sasa affirme que, dans la tête de certains policiers, les jeunes cachent possiblement de la drogue ou des armes. D’où l'interpellation.

Parce que quand on a un sac à dos, on peut tout avoir. Nos enfants noirs peuvent tout avoir... sauf les objets classiques, dit-elle en éclatant de rire, consciente de l’ironie de sa remarque. 

Le fils de Sandra Sasa estime que c’est parce que le groupe transportait un ballon de basketball que les jeunes ont pu échapper au harcèlement policier.

C’est le profilage racial exercé par les policiers que dénonce Mme Sasa. Un système vicieux dans lequel les jeunes noirs et autochtones sont surreprésentés dans les statistiques d’interpellation.

[Les policiers vous] interpellent pour une chose, mais ils gardent vos coordonnés quelque part. Lorsqu’ils ont écrit dans votre dossier, la prochaine fois, ça ouvre la porte à ce qu’un autre policier vous interpelle.

Sandra Sasa, mère de famille et activiste sociale

Et cet autre policier, à son tour, ajoutera une note au dossier, même dans les cas où aucune infraction n’est commise, explique Mme Sasa.

Et c’est là que nous entendons : “Il était connu de la police.” Il était connu de la police sur quoi? C’est vous [les policiers] qui êtes allés vers eux pour leur poser certaines questions. Peut-être qu’ils n’ont rien fait? Votre système de profilage crée un dossier qui n’a pas de fondements [...] mais ça apparaît quand même qu’ils ont un dossier.

Chez Sandra Sasa, il y a de la colère envers cette façon très documentée dont les policiers traitent les jeunes torontois issus des minorités culturelles. Mais il y a surtout la crainte qu’une de ces interactions tourne au cauchemar.

Voilà pourquoi lorsque son fils de 16 ans a obtenu son permis de conduire, elle a estimé important de le mettre en garde :

C’était le temps que l’on s’asseye pour parler de vérités sur le racisme : être derrière le volant lui donne encore une très bonne occasion de se faire interpeller par la police, raconte-t-elle.

Je sais que mon fils est très expressif… et s’il essayait de s’exprimer? Déjà, si la couleur de sa peau est interprétée comme un “danger”, ajouter sa parole… Qu’est-ce que ça peut donner donc?

Sandra Sasa, mère de famille et activiste sociale

En tant que mère, ça craint, ça fait très peur. Ce n’est pas toujours plausible de passer son temps avec son enfant, de lui parler de la couleur de sa peau, et d’essayer de lui faire comprendre que ce n’est pas toi le problème, c’est tout un système qui est bâti contre toi, conclut-elle.

Le racisme à l'école

Un bureau d'enseignant séparé de la classe par une clôture.

« C’est notre rôle comme enseignant de soutenir et d'aider les élèves à s’élever », affirme Marie-Jeanne Karake.

Photo : Radio-Canada / Camile Gauthier

Le racisme est apparu comme une barrière très tôt dans la carrière de Marie-Jeanne Karake.

Lorsqu’elle a été engagée pour la première fois comme enseignante à l’élémentaire, elle dit avoir dû se battre pour faire reconnaître sa formation afin d’être rémunérée à sa juste valeur.

Mme Karake, qui est originaire du Rwanda, se souvient aussi d’une interaction avec une autre personne de couleur qui lui a permis de se rendre compte que le racisme n’est pas seulement une affaire de couleur de peau, mais une affaire culturelle.

Pendant une rencontre avec un parent qui s’exprimait en anglais, elle m’a traitée de "noix de coco"! J’ai dû me renseigner auprès de mes collègues pour comprendre ce que ça voulait dire.

Cette insulte, qui signifie qu’une personne est noire à l’extérieur, mais blanche à l’intérieur, a fait réaliser à Marie-Jeanne que « le racisme peut aussi provenir de ses pairs ».

Un problème qui percole jusqu’aux élèves

Dans le cadre de son travail, Mme Karake est souvent témoin du racisme qui touche des jeunes des minorités culturelles, même dans une ville aussi multiculturelle que Toronto.

Elle se souvient d’un jumelage organisé avec une école de l’Est de Toronto, qui impliquait des visites entre les écoles.

Lors d’une de ces visites, elle se rappelle avoir entendu avec horreur une de ses élèves dire à un élève qui lui était jumelé : « Je ne te prends pas la main parce que tu es Noir ».

Elle s’est alors interposée, a pris la main des deux enfants et s’est tournée vers l’élève qui avait prononcé ces paroles : « Je lui ai montré ma main et je lui ai dit que nos mains sont pareilles, que cet élève et moi sommes pareils, que nous sommes humains et que l’important, c’est qu’on puisse communiquer », explique-t-elle.

Stéréotypes et ignorance

C’est la méconnaissance qui horripile Khadija Lamouri.

Où as-tu stationné ton chameau? Vivez-vous encore dans des tentes?

La femme d’origine marocaine est arrivée au Canada en 2018 et dénonce l’ignorance qu’ont certains Canadiens à l’endroit de son pays natal.

Les gens, quand ils ne savent pas, ils ne connaissent pas, ils ne t'acceptent pas, dénonce-t-elle.

En plus de ressentir une vive colère, Khadija Lamouri se sent sous-estimée en tant que femme, africaine et musulmane.

Et l’humour douteux de certains collègues de travail, qui estiment qu’elle doit probablement fréquenter un autre employé… simplement parce qu’il est lui aussi musulman, la sidère.

Le métissage n’est pas une barrière contre le racisme

Une cuisine avec des flammes.

« Il avait cette idée que les Noirs aimaient la pastèque et le poulet frit », dit Stacey O'Neil.

Photo : Radio-Canada / Camile Gauthier

Sa mère est Irlandaise et Française et son père est Barbadien. Mais ce métissage n’a pas protégé Stacey O’Neill du racisme. Son teint, qu’elle qualifie de plus pâle, fait en sorte que beaucoup ne la considèrent pas comme une femme de couleur

Elle se rappelle un événement qui s’est déroulé quand elle était plus jeune.

J’étais allée au centre commercial avec mon petit ami et quelqu’un a volé mon sac pendant que j’étais en train d’essayer des chaussures.

Mais ce n'est pas le vol anodin qui a le plus choqué Stacey O’Neill.

De retour à la maison, lorsque j’ai raconté cette histoire, le frère de mon copain s’est écrié avec un grand sourire : “Ces personnes noires, je n’arrive pas à y croire."

Elle se rappelle à ce moment l’avoir trouvé « si ignorant » de tirer des conclusions, sans aucune preuve, qu'elle en a été déstabilisée.

Je lui ai demandé s’il trouvait ça drôle, il m’a répondu : “Oui!” Je lui ai dit que j’avais envie de le frapper à la gorge.

Une autre fois, alors qu’elle préparait le repas, le frère de son petit ami surgit dans la cuisine et dit :

- Qu'est-ce que tu fais, du poulet frit?

- Quoi? Non, je fais des ailes de poulet!

Il a ri s’éloignant et Stacey O'Neill a alors réalisé qu'il avait cette idée que les Noirs aimaient la pastèque et le poulet frit.

Le soutien « ne doit pas être qu’une tendance »

Mme O’Neill voit le mouvement de soutien contre le racisme sur les réseaux sociaux, qui se sont enflammés à la suite de la mort de George Floyd, comme une opportunité pour l’éducation, mais elle craint que cette tendance soit passagère. 

Ne dites pas que vous êtes aux côtés des gens en raison de l’injustice et des inégalités dont ils sont les victimes pour ensuite vous taire lorsque la vague se terminera, prévient-elle. 

Devant l’injustice, elle demande de ne pas rester impassible, de réaliser que nous devons agir si on veut que des changements s’opèrent.

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