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Les inondations se sont aggravées en Beauce, conclut un comité

Le déplacement des riverains et des infrastructures est selon lui le meilleur moyen de se prémunir contre la rivière Chaudière.

Le centre-ville de Sainte-Marie apparaît sous un ciel menaçant, alors que la rivière Chaudière atteint un niveau inquiétant près de l'église situé au coeur de la municipalité.

Le système d'écoulement de la rivière Chaudière semble à la hausse, ce qui aggrave les inondations.

Photo : Radio-Canada / Guillaume Croteau-Langevin

Plusieurs s'en doutaient, mais il était impossible de l'affirmer hors de tout doute. Un comité d'experts vient maintenant de l'attester : la récurrence des inondations majeures en Beauce « n'est pas le fruit de notre imagination ».

Les Beaucerons y ont goûté plus souvent qu'à leur tour ces dernières années, une infortune culminant avec les inondations historiques de 2019.

En réaction à la catastrophe, le gouvernement a mandaté un comité indépendant d'établir un inventaire des solutions les plus porteuses pour protéger les communautés des humeurs de la rivière Chaudière.

Dans leur rapport final, rendu public cette semaine, les experts le mentionnent d'emblée : la Chaudière est notoirement reconnue pour ses inondations en eau libre et par embâcle de glace.

Des archives provenant d'aussi loin que le 18e siècle rapportent des événements majeurs, rappelle la géomorphologue Pascale Biron, l'une des auteurs du rapport.

C'est unique au Québec d'avoir un bassin aussi problématique.

Pascale Biron, géomorphologue et professeure à l'Université Concordia

En plus de cette connaissance lointaine, il y avait une impression depuis quelque temps que les choses s'étaient aggravées.

Le comité en est maintenant convaincu. Ce n'est pas le fruit de notre imagination. [...] Il semble y avoir plus d'événements majeurs, extrêmes qu'il y en avait dans le passé, affirme Mme Biron en entrevue à Radio-Canada.

Sur les projections à plus long terme, l'experte prévient qu'il faudra davantage de travaux afin d'établir les modèles. Reste que si le passé récent est garant de l'avenir, mieux vaut prévenir encore davantage. S'il y a une augmentation des événements extrêmes, il faut être encore plus prêt qu'on ne l'était il y a 30 ans.

D'eau et de glace

Pour les cas d'inondation en eau libre, comme celle qui a englouti 900 bâtiments de Sainte-Marie en 2019, des analyses de données ont permis d'établir que la sévérité des épisodes s'était accrue.

Photo aérienne au moment des inondations d'avril 2019 à Sainte-Marie

Photo aérienne au moment des inondations d'avril 2019 à Sainte-Marie

Photo : Crédits: / Pierre Lahoud

L'analyse hydrologique a mis en évidence une légère augmentation des débits maximums annuels et une augmentation plus significative des volumes d'eau dans les dernières décennies, peut-on lire dans le rapport. Ce qui se traduit par une aggravation des épisodes d’inondation.

Autrement dit, l'écoulement naturel de la rivière est en croissance, et ce depuis le milieu des années 80. Il n'y a aucun doute, ce sont des données, souligne Pascale Biron.

Les secteurs situés entre les municipalités de Scott et de Sainte-Marie sont particulièrement sujets aux inondations en eau libre, fait-on aussi remarquer.

Pour ce qui est des inondations par embâcle de glace, des redoux hivernaux ont causé des épisodes d’embâcles en début d’hiver ou au coeur de l’hiver dans les 15 dernières années, constatent les experts.

La municipalité de Beauceville, plus en amont, a été touchée à répétition au cours de la dernière décennie. Ce qui est dangereux, c'est le caractère très soudain. Ça se passe très rapidement, relève Pascale Biron.

Des glaces sur la rivière Chaudière à Beauceville

La municipalité de Beauceville est plus susceptible de voir des inondations par embâcle de glace.

Photo : Radio-Canada / Marc-Antoine Lavoie

« Redonner » de l'espace à la rivière

Bien que les risques étaient connus depuis des lustres avec la Chaudière, des municipalités se sont développées aux abords du cours d'eau.

Le comité propose en quelque sorte de faire marche arrière et de redonner un espace de liberté à la rivière.

Parmi les solutions, il identifie en tête de liste le déplacement des riverains et des infrastructures municipales vulnérables aux inondations majeures. Ce risque doit être réévalué avec les données les plus à jour, insiste le comité.

Des travaux ont déjà été amorcés en ce sens par le gouvernement, qui a établi une zone d'intervention spéciale où la reconstruction en zone inondable est interdite.

La recommandation va également dans le même sens que le Plan de protection du territoire face aux inondations présenté par Québec en décembre dernier.

Il s’agit d’une solution bénéfique sur le plan environnemental, et qui permet de redonner à la rivière un espace qui lui "appartient".

Extrait du rapport du comité indépendant

L'État a consenti une enveloppe de 75 millions $ pour le déplacement de bâtiments se trouvant dans une zone à risque élevé d'inondation. Une avenue qu'a choisie Sainte-Marie depuis la dure épreuve de 2019.

Concernant les embâcles de glace, le comité soutient qu'il n'y a pas de solution unique. La stratégie sera de diminuer le volume de glaces aux endroits plus sensibles.

La pose d'estacades, comme ce fût le cas cet hiver à Beauceville, figure parmi les moyens à conserver.

Le centre-ville de Beauceville inondé

Le boulevard Renault inondé.

Photo : Radio-Canada / Guillaume Croteau-Langevin

Une modification de l'aménagement serait aussi à préconiser, ajoute le rapport, la rue principale de Beauceville étant en plein coeur de la zone inondable.

Le maire François Veilleux a présenté un plan de revitalisation à ses citoyens en décembre dernier. La vaste majorité des nouveaux bâtiments seront construits sur la 9e Avenue. Selon ce plan, le boulevard Renault conserverait malgré tout une vocation commerciale.

Et le dragage?

Souvent évoqué par les municipalités aux prises avec des inondations récurrentes, le dragage du lit de la rivière est longuement abordé dans le rapport.

Le comité reprend les constats d'une étude de la firme Tecsult réalisée en 1993. On y parle d'un dragage majeur de la rivière sur 15  kilomètres, entre Scott et Sainte-Marie. L'opération est comparée en proportion au canal Lachine, à Montréal.

Le comité ne peut exclure que, si réalisés correctement, les travaux aient un effet bénéfique, diminuant les niveaux d'eau de près d'un mètre lors d'une crue majeure.

Le comité pose plusieurs bémols à cette solution. Elle invite à considérer l'évaluation des coûts économiques et environnementaux immédiats, rappelant que des travaux d'entretien seraient nécessaires pour maintenir l'efficacité du chenal.

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