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Chefs de police aux manifestations contre le racisme : une présence contestée

Le reporrtage de Jacaudrey Charbonneau.

Photo : Radio-Canada / Charles Contant

Radio-Canada

Le directeur du Service de police de la Ville de Montréal, Sylvain Caron, n’ira pas à la manifestation contre la brutalité policière et le racisme qui se déroulera à Montréal dimanche. Invité vendredi, le chef de police avait accepté de s’y rendre, mais les organisateurs ont retiré leur invitation samedi matin.

Vendredi, la participation du chef du SPVM avait notamment irrité les organismes Hoodstock et Justice pour les victimes de bavures policières, qui disaient y voir une façon de renforcer l'impunité de la police.

Tant et aussi longtemps qu’il n’y aura pas de justice, ce genre de geste est très prématuré, estime pour sa part la chroniqueuse au journal Le Devoir Émilie Nicolas. Ça peut rouvrir beaucoup de blessures, remettre le fer dans la plaie de personnes qui ont perdu un être cher aux mains de la police et qui n’ont jamais eu de justice.

M. Caron se dit un peu déçu de ce revirement de situation, mais affirme très bien comprendre la décision.

Il faut que la présence du directeur soit constructive et évolutive. Ce que je comprends, c’est qu’on est dans un processus qui prendra un certain nombre de mois, d’années […] Il s’est passé tellement de choses dans les années antérieures. On parle de dizaines et de cinquantaines d’années de racisme et de discrimination. C’est un cheminement.

Le directeur du SPVM, Sylvain Caron, sur ICI RDI

Pour le coordonnateur de la Ligue des Noirs nouvelle génération, Pharaoh Hamid Freeman, il est important que l'attention du public demeure sur les enjeux de la marche et non sur ses participants.

Dès qu’on a annoncé l’invitation à la police, le focus s’est centré sur la police plutôt que sur les raisons de la marche, déplore-t-il.

M. Caron refuse de dire s’il aurait mis le genou au sol – s’il avait participé à la manifestation – pour montrer sa solidarité envers les personnes victimes de racisme, comme l'ont fait le premier ministre Justin Trudeau et le chef de police de Toronto lors de manifestations vendredi.

J’ai répondu hier en disant que lorsque je serai en présence des gens qui sont concernés, je répondrai à cette question. Je n’ai pas pris de position claire. C’est un geste fort, c’est un geste important, et je pense que la réponse doit venir devant les gens qui sont concernés, s’est-il expliqué.

M. Caron répète cependant que son service de police est ouvert à éliminer le racisme qui y existe. Il rappelle qu’il déposera le 8 juillet sa toute première politique encadrant les interpellations que font les agents au quotidien, une politique qui répond, dit-il, au rapport qui avait conclu en octobre dernier que les Noirs, les Autochtones et les jeunes Arabes sont particulièrement victimes de biais systémiques liés à l’appartenance raciale par les agents du SPVM.

Les chercheurs nous demandaient d’élaborer une politique pour être plus clairs, pour que l’ensemble du personnel policier puisse se référer à un document de pratique policière, indique-t-il.

Le chef de police appelle dimanche à une manifestation ordonnée et pacifique, celle de la semaine dernière ayant donné lieu à du saccage après un début pacifique.

Une attitude peu engagée, selon certains

Louis Aucoin, stratège en communication et en gestion de crise, considère pour sa part que les déclarations du SPVM ne sont pas convaincantes. Il juge que sa stratégie de communication vise à un peu se tenir en retrait de la situation.

Ou bien vous voulez faire changer des choses, ou bien vous ne voulez pas trop être atteint par la situation […] Est-ce que le seul geste que peut faire le chef de la police de la Ville de Montréal est d’aller à cette manifestation? Non, il y a d’autres gestes qu’il peut faire par lui-même et il ne les fait pas.

Louis Aucoin, stratège en communication et en gestion de crise

M. Aucoin souligne d’ailleurs que le chef de police ne s’était pas engagé de façon très volontaire à participer à la manifestation qui aura lieu dimanche.

Hier, il a dit : j’invite les organisateurs à m’inviter à la manifestation. Ce n’est pas un très gros engagement. Il remet dans les mains d’autres personnes la responsabilité de prendre une position ou non, remarque-t-il.

Quant à la nouvelle politique sur les interpellations qui sera présentée en juillet, elle se dirige sur une tablette, pense M. Aucoin.

Il y en a eu beaucoup, des politiques contre le profilage. Si je remonte seulement aux années 2000, il y en a eu une en 2004, il y en a eu une en 2006. Il y a eu une stratégie d’action en 2008. Il y a eu le nouveau plan stratégique 2012-2014 contre le profilage. Présentement, on est dans le plan 2018-2021 contre le profilage, et malgré tout, l’étude de l’automne dernier disait que les Noirs ont quatre fois plus de chance d’être arrêtés à Montréal que les Blancs, énumère-t-il.

Même son de cloche du côté d'Ali Nestor, directeur général de l'organisme Ali et les Prince.sse.s de la rue, qui était perplexe quant à la participation de policiers à la manifestation.

J’aurais l’impression qu’on aurait ri de nous, estime-t-il.

Ils seraient venus, ils auraient fait belle figure, pris de belles photos, ils auraient mis un genou à terre, mais par la suite ils n’auraient rien fait.

Ali Nestor

Sylvain Caron assure de son côté que le service de police montréalais améliore ses façons de faire, même s’il croit que, déjà, ses policiers interviennent de façon très efficace.

Il leur demande tout de même de faire des interventions sur des bases fondées dans le respect des gens.

Avec les informations de Jacaudrey Charbonneau

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