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Des parents exaspérés par les retards dans la construction d'écoles françaises à Hamilton

Des élèves lèvent la main dans une classe.

Archives.

Photo : iStock

Des parents s’impatientent alors que la communauté francophone de la région de Hamilton attend de nouveaux locaux promis pour deux écoles secondaires de langue française depuis des années.

Alors que certains déplorent le manque de communication des partenaires dans le dossier, d’autres dénoncent des retards pouvant causer l’assimilation d’une partie de la minorité francophone locale.

Pour moi c’est complètement injuste. Je ne comprends pas pourquoi ça prend autant de temps pour construire une nouvelle école secondaire. Ça me dépasse, lance Joanne Bouchard, la représentante d’un groupe de parents qui militent pour qu’une nouvelle Académie catholique Mère-Teresa soit construite depuis plusieurs années.

La mère de trois enfants qui ont maintenant terminé leur parcours secondaire est visiblement indignée.

On est rendu à six ans de retard [avec le nouvel échéancier potentiel] et ça ne comprend même pas tout le temps que ça nous a pris pour avoir notre financement.

Joanne Bouchard, mère

On s’est battu pour l’argent qu’on a obtenu, ajoute Mme Bouchard.

Même son de cloche de part d'Ève Gilroy, la mère de deux filles qui sont toujours à l’école élémentaire qui, espère-t-elle, pourront fréquenter la future école publique Georges-P.-Vanier.

Je trouve que ça prend du temps. Je comprends que c’est un processus de longue haleine, mais là. […] Je pense que mes filles vont avoir gradué quand ça va ouvrir, indique-t-elle.

Rappelons que l’Ontario avait annoncé en 2016 qu'elle investirait 25 millions de dollars pour qu’un nouveau bâtiment soit construit et accueille deux écoles secondaires francophones (publique et catholique), sous le même toit. Les écoles devaient ouvrir en 2018.

De nouveaux bâtiments pour les deux écoles désuètes étaient demandés depuis maintes années par la communauté francophone. Le Conseil scolaire catholique MonAvenir (alors nommé Conseil scolaire de district catholique Centre-Sud) avait même intenté une poursuite contre la province pour obtenir le financement.

Une salle de classe avec des étudiants.

Plusieurs salles de classe de l'Académie catholique Mère-Teresa de Hamilton n'ont pas de fenêtre.(archives).

Photo : Radio-Canada / Katherine Brulotte

Encore plusieurs années d’attente à prévoir

Selon les dernières informations provenant de la Ville de Hamilton, des pourparlers sont en cours pour que les conseils scolaires achètent un nouveau terrain dans le secteur de Mount Hope, près de l’aéroport local, pour le futur bâtiment. Les écoles ne seront donc pas construites avant environ trois ans encore.

On parle de six mois pour changer le zonage, un an pour faire approuver les plans de construction et entre 18 et 24 mois pour la construction de l’école, selon la complexité du projet.

Steve Robichaud, urbaniste en chef de Hamilton

Le Conseil scolaire catholique MonAvenir avait pourtant acquis il y a quelques années un terrain vague sur l’avenue Broughton pour accueillir le futur bâtiment.

On voit un grand terrain vague rempli d'herbe, avec des maisons au loin.

Le 16 avenue Broughton, site qui devait accueillir les nouvelles écoles.

Photo : Radio-Canada / Colin Côté-Paulette

Des plans de constructions avaient aussi été soumis à la Ville. Ces derniers n’avaient pas encore été approuvés. En février, un fonctionnaire municipal indiquait que les urbanistes n’avaient pas eu de nouvelles des conseils scolaires à propos du dossier depuis novembre 2018.

Le Conseil scolaire Viamonde et le Conseil scolaire catholique MonAvenir n’ont pas voulu commenter le dossier, indiquant qu’il était encore prématuré de parler du projet.

Une feuille de papier photographiée en hauteur.

Pétition des parents d'écoles nourricières de l'Académie catholique Mère-Téresa remise au conseil municipal de Hamilton dans les premiers mois de 2020. Plus de 350 personnes l'ont signé.

Photo : Joanne Bouchard

Mme Gilroy déplore le manque de communication de la part des deux conseils scolaires.

Ce qui est frustrant aussi, c’est qu’on n’a pas eu de nouvelle et quand on a demandé, ça vient au compte-gouttes, si ça vient

Ève Gilroy, mère de deux enfants

Mme Bouchard, elle, a essayé de mettre de la pression sur la Municipalité. Elle a transmis au début de l'année une pétition de plus de 350 signatures de parents qui exigeaient que la Ville priorise le projet.

Un parc avec un enseigne qui indique le nom du parc et les consignes à respecter dans celui-ci.

Le parc Broughton, adjacent au terrain où aurait été construit le futur bâtiment abritant les écoles.

Photo : Radio-Canada / Colin Côté-Paulette

Problèmes avec l’emplacement initial

En consultant le dossier de la Ville à propos du projet, on voit que plusieurs problèmes étaient liés au terrain de l’avenue Broughton acheté par le Conseil MonAvenir.

Le terrain de 3,6 hectares était trop petit pour la taille du bâtiment selon les urbanistes de la Ville. Il y avait un risque environnemental en raison de rivières souterraines et TransCanada avait des installations près du site.

Nombre de résidents du quartier s'opposent également à la construction d’une école qui leur aurait fait perdre leur seul espace vert.

Lors de la séance du conseil municipal du 20 mai, le conseiller municipal du quartier, Tom Jackson, affirme qu’il a reçu une pétition avec 400 signatures de résidents qui souhaitent transformer le terrain en parc.

M. Jackson a refusé nos demandes d’entrevues, tout comme sa collègue Brenda Johnson.

La conseillère municipale a toutefois indiqué dans un courriel qu’elle soutenait maintenant la construction de l’école dans son quartier, au sud de la route Twenty.

Le drapeau franco-ontarien

Le drapeau franco-ontarien

Photo : Radio-Canada / Vedran Lesic

Des délais néfastes pour la vitalité de la communauté francophone

Pour l’avocat spécialisé dans les causes francophones Ronald Caza, les retards dans la construction d’écoles françaises contribuent directement à l’assimilation des Franco-Ontariens.

Tous les délais causent des torts irréparables à la minorité linguistique de la région. C’est clair.

Ronald Caza, avocat

Me Caza soutient que l’assimilation commence souvent par l’éducation, lorsque les parents décident d’envoyer les enfants dans une école anglophone.

Il recommande d’ailleurs aux parents et aux conseils scolaires d’avoir recours aux tribunaux pour faire accélérer la construction de l’école dans un cas comme celui-ci.

Me Caza souligne que la Cour suprême a déjà tranché en faveur des minorités linguistiques dans ce genre de litige et que les gouvernements des provinces ont l’obligation d’avoir des écoles de qualité égale dans les deux langues officielles.

La décision étant prise de bâtir l’école secondaire, ça ne veut rien dire tant qu’on n'a pas l’école secondaire. Jusqu’à ce que ça arrive, les jeunes finissent dans des écoles anglophones, croit l’avocat.

Un homme en discussion avec une jeune femme.

Fred Eisenberger, le maire de Hamilton.

Photo : Radio-Canada / Samantha Craggs

Le maire de Hamilton espère que le dossier se réglera vite

Le maire de Hamilton, Fred Eisenberger, dit comprendre la frustration des parents et se défend de vouloir porter atteinte à la communauté francophone de la région.

La moitié de ma famille est francophone et plusieurs d’entre eux enseignent dans les conseils scolaires francophones, incluant mon fils.

Fred Eisenberger, maire de Hamilton

Quant aux retards, le maire rappelle que des problèmes peuvent toujours survenir dans des projets de construction complexes, surtout lorsque plusieurs partenaires sont impliqués.

Ce n'est pas parce que les conseils scolaires francophones pensaient que c’était un bon emplacement que ça en était nécessairement un, ajoute M. Eisenberger, faisant référence au site de l’avenue Broughton.

Le maire ajoute comprendre que l’enjeu est important; il espère que la situation se règle rapidement.

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