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Difficile de recruter des policiers noirs à Québec

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Des policiers du SPVQ assistent à une formation sur les crimes haineux

Le reportage de Sébastien Tanguay

Photo : Radio-Canada

Le Service de police de la ville de Québec (SPVQ) ne compte aucun policier noir dans ses rangs. Son directeur se dit « conscient » qu’il faut mieux représenter le portrait culturel de la vieille capitale, mais souligne faire face à un important problème de recrutement auprès de ces communautés.

Selon le dernier recensement, la ville de Québec compte 6,4 % de sa population qui se définit comme minorité visible, dont 2,4 % de Noirs.

Tout au plus une vingtaine de policiers sur les 853 du SPVQ proviennent des communautés culturelles ou sont Autochtones. On n’a aucun membre de couleur, reconnaît le directeur du service de police, Robert Pigeon.

L’immigration augmente de plus en plus dans la région de Québec. On s’est mis en mouvement pour recruter, mais force est de constater que peu de ces gens-là ont un intérêt à travailler au SPVQ.

Le service de police municipal est allé à la rencontre de ces communautés pour comprendre pourquoi peu de leurs membres rejoignent les forces policières. On y évoque le peu d’intérêt pour ce métier, l’immigration relativement récente dans la région, et le petit bassin de personnes issues de minorités visibles.

Qu’est-ce qu’une minorité visible ?

Selon la Loi sur l’équité en matière d’emploi, on entend par minorités visibles « les personnes, autres que les Autochtones, qui ne sont pas de race blanche ou qui n’ont pas la peau blanche ». Il s’agit principalement des groupes suivants : Sud-Asiatique, Chinois, Noir, Philippin, Latino-Américain, Arabe, Asiatique du Sud-Est, Asiatique occidental, Coréen et Japonais.

Questionné à savoir si le SPVQ avait une cible de membres de communautés culturelles et de personnes noires à avoir dans ses rangs, le chef répond : on n’est pas encore à l’étape de fixer des pourcentages. On aimerait bien recruter seulement notre premier [policier noir] même.

Robert Pigeon lors d’une conférence de presse à l’hôtel de ville de Québec

Le directeur du SPVQ, Robert Pigeon

Photo : Radio-Canada

L’organisation dit faire des efforts pour diversifier son corps policier, en participant par exemple à des matchs de sport pour inciter les jeunes des communautés culturelles à rejoindre ses rangs. Le SPVQ offre aussi un programme de parrainage dès le secondaire pour ceux qui ont un intérêt à faire carrière dans la police.

Le SPVQ est conscient que l’immigration dans notre société est grandissante. Il faut s’adapter à cette réalité-là. On est prêt à le faire.

Robert Pigeon, directeur du Service de police de la ville de Québec

La police de Lévis ne compte également aucun policier noir dans ses rangs. Là-bas aussi, on évoque des difficultés de recrutement pour expliquer la tendance.

C'est à la police de changer

Les relations tendues que les jeunes Noirs ont souvent avec la police y sont aussi pour quelque chose, estime le coordonnateur de la Ligue des droits et libertés de Québec, Maxim Fortin. Il croit que les services de police doivent faire un examen de conscience.

C'est à la police de faire un travail sur elle-même, et non d'essayer d'aller dans les communautés pour les convaincre que la police pourrait dont être meilleure si ils ou elles étaient là. Donc, c'est à la police de changer ses pratiques, son discours, ses façons de faire.

Maxim Fortin, coordonnateur, Ligue des droits et libertés de Québec

La diversification de la police ne suffit pas à transformer la culture qui règne dans les forces de l’ordre, souligne Maxim Fortin. Il cite l’exemple des États-Unis.

Les cas de brutalité policière ont continué de se produire et de s’accumuler, même dans les endroits où il y avait des policiers noirs et des chefs de police noirs.

Maxim Fortin, coordonnateur de la Ligue des droits et libertés de Québec

Maxim Fortin, coordonnateur de la Ligue des droits et libertés de Québec, croit qu'il faut un réel changement de culture au sein des forces policières.

Photo : Radio-Canada

Attirer les communautés culturelles

À l’École nationale de police du Québec, passage obligé pour les futurs policiers après le diplôme d’études collégiales en techniques policières, on évalue que 7,5 % à 8 % des finissants sont issus des communautés culturelles.

Selon le dernier recensement en 2016, 13 % de la population québécoise s’identifie comme minorité visible. Un peu moins de 14 % des Québécois sont issus de l’immigration.

Difficile pour l’École nationale d’établir des cibles pour recruter plus de policiers de ces milieux, puisque le recrutement se fait dans les collèges qui offrent la technique policière, précise son directeur des communications Pierre Saint-Antoine.

L’École n’est pas une porte d’entrée, mais on accueille des groupes de communautés culturelles pour visiter l’endroit, les inciter à devenir policiers. On est en soutien pour attirer les gens des communautés, explique-t-il.

Des programmes sont mis en place pour faciliter l’intégration de candidats issus de communautés culturelles possédant déjà un DEC ou un baccalauréat dans un autre domaine. Une trentaine de places sont réservées à ces candidats pour le programme de 45 semaines, ajoute M. Saint-Antoine.

C’est des métiers qui ne sont pas extrêmement valorisés selon la provenance des gens des communautés culturelles, ce qui fait que ce sont des métiers qui sont décidés sur le tard, après quelques années à faire un autre boulot. C’est là que ce programme de conventionnels est utile.

Profilage racial

Sur les 2200 heures de formation des policiers, une centaine sont consacrées au profilage racial, indique Pierre Saint-Antoine. Le contenu est complété avec des travaux pratiques et des stages en milieu communautaire.

L’École offrira également un webinaire à la mi-juin sur le profilage racial et social.

On va réfléchir à de nouvelles approches. Surtout, ce sera l’occasion pour le ministère de la Sécurité publique de présenter un nouveau guide sur le profilage racial, dont certains éléments seront intégrés au programme de formation.

Au-delà de la formation des futurs policiers, Pierre Saint-Antoine insiste sur l’importance d’offrir de la formation continue à ceux qui exercent déjà le métier.

À Québec, le service de police forme ses membres depuis 2011 au sujet du profilage racial et veut les sensibiliser quant aux relations avec les communautés immigrantes.

On a 30 policiers qui sont volontaires, des membres alliés qui jouent un rôle de liaison directement avec les communautés culturelles. On a beaucoup de gens qui veulent se rapprocher de ces communautés-là, explique Robert Pigeon.

Selon la Commission en déontologie policière, le SPVQ a fait l’objet de trois plaintes de profilage racial en 2018-2019.

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