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Hausse appréhendée de l'abandon scolaire au secondaire

Une salle de classe vide à l’école secondaire

Une salle de classe vide à l’école secondaire

Photo : La Presse canadienne / JONATHAN HAYWARD

Les étudiants de niveau secondaire et des centres de formation professionnelle sont les grands oubliés du plan de déconfinement des écoles, selon des organismes qui luttent contre l'abandon scolaire et qui craignent une augmentation du phénomène d'ici la reprise en septembre.

Le fait de poursuivre les apprentissages en ligne et sur une base volontaire ne ferait qu'accentuer l'écart entre les élèves en difficulté et ceux qui ont de la facilité en classe.

Pascal Lévesque est professionnel en intervention au Conseil régional de prévention de l'abandon scolaire au Saguenay-Lac-Saint-Jean (CRÉPAS), un organisme bien connu dans la région pour sa contribution à la persévérance scolaire. Selon lui, les trois clientèles qui ont été laissées pour compte durant la pandémie sont les jeunes du secondaire, les étudiants en formation professionnelle, qui sont souvent des adultes qui tentent un retour en classe et les élèves qui vivent une transition scolaire, du secondaire vers le collégial par exemple.

Entre le moment où le jeune s'inscrit au collège versus le moment où il se présente, il y a un taux de décrochage quand même assez important et là, ce qu'on craint, c'est qu'avec la situation actuelle, du fait que les jeunes ne sont pas allés à l'école depuis le mois de mars, que ce taux-là augmente davantage. Fait qu’actuellement, il y a plusieurs cégeps de la région qui sont sur le téléphone à appeler chacun des jeunes qui sont inscrits dans leur institution pour septembre, pour s'assurer qu'ils puissent poser le geste positif de se présenter à l'école, au Cégep en septembre, illustre-t-il.

Il s'inquiète surtout pour les élèves en difficulté.

Ceux qui ont de la facilité, bon la motivation baisse, la stratégie d'études diminue, fait que ça, c'est difficile, mais dès que ça va reprendre de façon adéquate, ces jeunes-là vont être capables de se mobiliser puis de remettre en place toutes les stratégies d'apprentissage, mais nos jeunes en difficulté, ça ne fait qu'agrandir l'écart.

Motivation en baisse

Jade Brisson est en quatrième année à l'École secondaire des Grandes-Marées à La Baie. Dans sa chambre aménagée dans le sous-sol de la maison familiale, elle suit son cours d'histoire en ligne, sur une base volontaire. Même si elle aime l'école, elle avoue que le coeur n'y est pas.

Moi je dirais qu'il faudrait peut-être un peu plus encadrer parce que moi j'adore l'école, mais je n'ai aucune motivation. J'ai plus envie de rien faire parce qu’il n’y a rien de le fun à faire, ce n'est pas aussi motivant qu'avant.

Une citation de :Jade Brisson, élève de quatrième secondaire

Passionnée par l'histoire, elle se désole de ne pas pouvoir passer les examens du ministère et s'inquiète pour ses camarades qui éprouvaient déjà des difficultés avec certaines matières.

Jade Brisson devant ses écrans d'ordinateur.

Un bureau a été aménagé pour Jade dans le sous-sol de la maison familiale.

Photo : Radio-Canada

Pour les autres de ma classe qui n'aiment pas l'histoire puis qui ne sont pas autant forts, j'en ai beaucoup qui vont me dire : "Ah c'est pas grave, je vais me reprendre dans la troisième étape!" La troisième étape, elle n'existe plus en ce moment, rappelle-t-elle.

Jeunes en difficulté

La Maison de l'espoir Saguenay-Lac-Saint-Jean, qui a pignon sur le chemin du Plateau à Saguenay, vient en aide depuis 35 ans à des jeunes de 12 à 17 ans qui ont des difficultés familiales, sociales ou scolaires. Sa directrice générale, Isabelle Normandeau, affirme que l'anxiété chez certaines jeunes et leurs parents s'accentue en cette période de confinement.

Nous on a communiqué avec ceux qui étaient à la Maison de l'espoir, avec les parents, indique-t-elle. On voyait beaucoup de jeunes qui étaient très isolés socialement, au niveau de l'anxiété, beaucoup, beaucoup d'augmentation, des parents très inquiets aussi par rapport à la santé mentale de leur jeune. On peut se questionner à savoir de quelle façon on va retrouver nos jeunes en septembre. Des jeunes comme Éthan Godbout-Perron, 12 ans, qui fréquente le centre de jour de la Maison de l'espoir.

Éthan Godbout-Perron en entrevue à l'extérieur.

Éthan Godbout-Perron fréquente la Maison de l'espoir Saguenay-Lac-Saint-Jean.

Photo : Radio-Canada

Cet élève de première secondaire à l'École polyvalente Arvida n'a pas de difficultés académiques, mais des troubles de comportement. S'il continue de suivre ses cours virtuellement depuis le début du confinement, ce n'est pas le cas pour tous ses camarades.

Tu peux décider tu ne vas pas en classe, mais par exemple tu vas rusher au mois de septembre. Je peux te le dire, quand tu vas rentrer, tu vas avoir de la misère. C'est quasiment sûr que si tu ne travailles pas vraiment tu as des grandes chances de doubler ton année puis de couler.

Une citation de :Éthan Godbout-Perron, élève de première secondaire

Présence nécessaire

La présence en classe est d’une importance capitale pour les élèves en difficulté, selon plusieurs spécialistes en éducation.

Le présentiel est essentiel, surtout au secondaire, c'est majeur. On est dans le domaine du relationnel. Les amitiés, c'est important. Les adultes significatifs, c'est important. Pour le développement psychologique et biologique, c'est une période cruciale. On a besoin des autres, affirme Pascal Lévesque, professionnel en intervention au CRÉPAS.

Une hausse de 10 % à 15 % de l'abandon scolaire est appréhendée d'ici la reprise des cours au secondaire en septembre. Pascal Lévesque espère que la région saura se mobiliser, comme par le passé, pour faire mentir ces prévisions.

On a beaucoup parlé de la santé avec raison, on a beaucoup parlé du marché de l'emploi et des entreprises avec raison, maintenant ce qui s'en vient comme étant un enjeu majeur, c'est vraiment la persévérance scolaire de nos jeunes parce que ça va être un défi énorme puis tout le monde va être invité à contribuer, conclut-il.

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