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Pollution à Montréal : la pandémie a donné un coup de pouce à l'environnement

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Vue en hauteur d'un échangeur. Trois véhicules circulent.

Le reportage de Jean-Sébastien Cloutier

Photo : Radio-Canada

Moins de gaz à effet de serre, plus de télétravail : des solutions draconiennes étaient sans doute nécessaires pour diminuer la pollution à Montréal, et le coronavirus aura au moins eu le mérite de les faire avancer.

Guillaume Blais, courrier à vélo depuis 1997, n'en revient pas : l'air qu'il a respiré au centre-ville ce printemps n'a jamais été aussi pur en 23 ans.

On n'avait jamais connu ça. Ça fait du bien. Quand tu pédales dedans à la semaine longue, on ne s'en rend pas compte, et là, du jour au lendemain, on respire. On n'a même plus le goût d'aller à la campagne!

Le confinement a provoqué une diminution énorme du nombre de voitures à Montréal depuis la mi-mars. Comme les voitures sont responsables de 25 % de nos émissions de gaz à effet de serre, l'impact a été important.

On peut estimer que c'est environ 50 % des ventes d'essence qui ont chuté en mars et en avril au Québec, estime Pierre-Olivier Pineau, professeur à HEC.

Résultat : deux millions de tonnes de gaz à effet de serre de moins seulement pour les mois de mars et avril, dit-il, alors que le Québec en produit 80 millions de tonnes par année.

Si la tendance se maintient pendant les mois suivants, avec le ralentissement économique, on pourrait avoir 10 millions de tonnes de gaz à effet de serre en moins cette année au Québec. Donc on serait vraiment très, très proche d'atteindre la cible de 2020.

Pierre-Olivier Pineau, titulaire de la Chaire de gestion du secteur de l'énergie à HEC

Le télétravail est là pour de bon

La pandémie ne durera pas, et déjà, on remarque un peu plus de voitures dans les rues de Montréal. La bonne nouvelle pour l'environnement, c'est qu'une nouvelle réalité beaucoup plus présente aujourd'hui semble là pour longtemps : le télétravail.

Catherine Morency, spécialiste des déplacements urbains, vient de terminer une recherche sur le sujet. Elle a calculé que si 20 % des travailleurs de la région de Montréal ne se déplaçaient pas pour aller au boulot, on pourrait réduire les émissions de gaz à effet de serre de 10 % par année dans le Grand Montréal.

Ça fait des années qu'on dit qu’on veut réduire le nombre de kilomètres parcourus, alors voici une belle solution! L'agencement des horaires, même chose. Donc c'est sûr que c'est positif. Là, on a les moyens. La démonstration est faite que ça peut fonctionner. C'est quand même incroyable là!

Un sondage publié en mai par la Chambre de commerce de Montréal indique que 59,2 % des entreprises montréalaises souhaitent favoriser le télétravail pour la majorité de leurs employés après la pandémie.

C'est le cas d'Hydro-Québec, qui compte 1700 employés à son siège social du boulevard René-Levesque.

Aujourd'hui, 54 % des employés de la société d'État au Québec sont en télétravail, soit 10 500 personnes. Jusqu'ici, l'expérience est plutôt positive, explique le porte-parole Louis-Olivier Batty.

On est en train d'avoir une grande réflexion qu'on avait déjà entamée il y a plusieurs mois, mais là qui s'accélère avec le contexte, pour voir comment le télétravail va être une plus grande réalité dans l'aménagement de nos employés lorsqu'on reviendra à la normale.

Hydro-Québec n'exclut pas qu'une grande majorité de ses employés en télétravail aujourd'hui le demeurent, au moins quelques jours par semaine. On peut penser aux employés du service à la clientèle ou à ceux des communications, par exemple. L'entreprise y voit plusieurs avantages : moins d'espace à louer pour des bureaux, temps économisé par un employé qui n'a pas à se déplacer, etc.

Il y a une question d'être plus efficace. On peut limiter les déplacements vers le centre-ville, peut-être bouger en dehors de la grande circulation. Donc, finalement, ça donne beaucoup plus de ressources aux employés ainsi qu'à l'entreprise.

Louis-Olivier Batty, porte-parole Hydro-Québec

L'envers de la médaille

Catherine Morency émet quand même certains bémols sur le télétravail, car il y a des risques, dit-elle.

Si effectivement il y a moins d'automobiles sur la route, c'est que les temps de déplacements s'améliorent, ce qui serait souhaitable. Mais pour qu'ils continuent à s'améliorer, il faut éviter qu'il y ait de plus en plus de gens qui "remigrent" vers l'automobile.

L'autre risque est l'augmentation possible de l'étalement urbain. Si un employé qui travaille à Montréal n'a plus à s'y déplacer quotidiennement, il pourrait être tenté de déménager plus loin de la ville. Donc là, les gains sur les gaz à effet de serre seraient plutôt mitigés, avance-t-elle.

Qui fera du télétravail? Où résideront ces télétravailleurs? Il y a encore trop d'inconnues pour estimer jusqu'à quel point les heures de pointe seront plus faciles à l'avenir dans le Grand Montréal.

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