•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

« Il y a du racisme systémique » au Québec, affirme une députée fédérale

« Les gens ne sont pas racistes, mais il y a un sous-entendu, un inconscient. Il faut s’y attaquer », soutient Soraya Martinez Ferrada.

Sur la pancarte, les yeux de la candidate ont été noircis, de même que sa bouche, qui arbore le sourire du « Joker ».

Les pancartes de Soraya Martinez ont été vandalisées durant la dernière campagne électorale.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Soraya Martinez Ferrada ne mâche pas ses mots. Élue pour la première fois sous la bannière libérale l'automne dernier, la députée d'Hochelaga, une circonscription de Montréal, soutient qu'on ne peut nier l’existence d’un racisme systémique au Québec.

Arrivée au Québec en 1980, à l’âge de 8 ans, avec sa mère monoparentale qui a fui la dictature chilienne, l'actuelle secrétaire parlementaire du ministre fédéral de l'Immigration a multiplié les discussions ces derniers jours, après la mort d'un homme afro-américain, George Floyd, dans une intervention policière à Minneapolis.

J’ai parlé avec Greg Fergus [député de Hull-Aylmer], qui est très touché. J’ai aussi eu une conversation avec mon fils, je voulais savoir comment il vit tout ce qui se passe en ce moment, raconte-t-elle.

Ce dernier, âgé de 17 ans, lui a confié ne plus être surpris lorsqu’il est suivi par un policier ou un agent de sécurité dans un supermarché.

Mais non, ce profilage, ce n’est pas normal, lance-t-elle, avec véhémence. Il est né au Québec, mais typiquement, la question qui revient sans arrêt, c’est : "tu viens d’où?".

Au téléphone, Soraya Martinez Ferrada évoque ces commentaires « pas méchants », mais tristement évocateurs, qu’elle reçoit aussi régulièrement. On peut me dire que je suis bien sympathique, que j’ai l’air de Pocahontas, illustre-t-elle.

Les gens n’ont pas nécessairement la volonté d’être méchants, mais ce qu’ils disent est basé sur des préjugés. Ils ne sont pas racistes, mais il faut penser à ceux qui reçoivent ces commentaires.

Soraya Martinez Ferrada, députée fédérale d’Hochelaga

On me dit : "c’est l'fun, t’as pas d’accent". Mais quel accent? Qu’est-ce qu’on sous-entend? C’est un préjugé, ajoute-t-elle.

Steven Guilbeault parle avec des électeurs dans un marché public.

Soraya Martinez Ferrada, au centre, avec Steven Guilbeault, à gauche, lors de la dernière campagne électorale.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Souvenir « épouvantable » de pancartes vandalisées

Autre souvenir marquant, qualifié encore d’« épouvantable » à vivre : la dernière campagne électorale et de multiples pancartes vandalisées. Des croix gammées. Des balles dessinées sur son front.

C’était très agressant. C’est jamais le fun d’avoir une croix gammée sur son visage, soutient l’ex-conseillère municipale montréalaise.

Une plainte a été rapidement déposée. Mais je n’ai jamais eu de suivi, explique Soraya Martinez Ferrada, d’un ton résigné. Elle assure avoir pleuré, au terme du scrutin, une fois la pression retombée.

J’avais vécu de fortes émotions, mais je m’étais créé une carapace. J’étais dans un tunnel, je ne réfléchissais pas à ce qui se passait. Toutes ces émotions, je les ai subies avec du recul, se rappelle-t-elle.

Elle n'a d'ailleurs pas été la seule candidate dont les affiches électorales ont été malmenées. D'autres candidats, de toutes origines et formations politiques confondues, avaient déploré à la même époque une situation similaire, déjà vécue lors de scrutins précédents.

Une pancarte avec une croix gammée.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Soraya Martinez Ferrada assure avoir vécu des moments difficiles après la campagne électorale.

Photo :  courtoisie

Des préjugés inconscients, déplore-t-elle

En début de semaine, le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, a reconnu l'existence d'une discrimination systémique au pays. Son homologue au Québec, François Legault, a quant à lui affirmé que la discrimination existe au Québec, mais il n'y a pas de discrimination systémique. Il n’y a pas de système de discrimination, a-t-il précisé.

Je ne veux pas juger ce que d’autres disent, mais je dis ce que je pense, avec mon vécu. François Legault a raison, les Québécois ne sont pas racistes, mais il y a des préjugés inconscients, juge de son côté Soraya Martinez Ferrada.

Il est temps, clame-t-elle, d’avoir un dialogue ouvert sur le racisme.

Ce que je vis, ce que vivent les communautés issues des minorités, des diversités, c’est du racisme systémique. Il faut avoir une conversation, un dialogue de confiance.

Soraya Martinez Ferrada, députée fédérale d’Hochelaga

Je suis fière d’être Québécoise, fière d’être issue de la loi 101, d’être une femme immigrée. Mais il y a du racisme systémique de façon inconsciente. Il faut en parler, insiste-t-elle.

Désormais, croit-elle, un dialogue doit s’instaurer dans les lieux d’éducation, les lieux d’échanges, l’espace public, au Parlement, dans les conseils municipaux.

Il faut dire que c’est correct d’avoir cette conversation et ne pas avoir peur d’en parler. Et il ne faut pas en parler juste avec ceux qui le vivent, mais tous ensemble, conclut Mme Martinez Ferrada.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !

Politique fédérale

Politique