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Les pêcheurs dénoncent l'exemption des forages extracôtiers des évaluations d'impact

Keith Sullivan.

Keith Sullivan, président du syndicat FFAW-Unifor, soutient que les nouveaux règlements fédéraux conçus pour accélérer les forages pétroliers pourraient nuire à son industrie.

Photo : Radio-Canada / Patrick Butler

Le syndicat des pêcheurs de Terre-Neuve-et-Labrador dénonce un nouveau règlement fédéral qui exclut les projets de forage au large de la province des exigences d’évaluation d’impact.

Annoncées jeudi, les règles accélèrent les forages marins dans une zone de 735 000 km carrés au large de Terre-Neuve — un territoire qui a fait l’objet d’une étude régionale rendue publique en mars dernier.

Cette évaluation, qualifiée d'erronée par plusieurs groupes environnementaux, fait présentement l’objet d’une contestation judiciaire.

Keith Sullivan, président du syndicat FFAW-Unifor, soutient que les nouveaux règlements éliminent les consultations auprès des pêcheurs — malgré le fait que la zone touchée par les nouveaux règlements comprend des lieux de pêche de premier ordre.

Une carte.

La zone de 735 000 km carrés au large de Terre-Neuve qui a fait l'objet de l'évaluation environnementale.

Photo : Gouvernement du Canada

Nous avons voulu plus de consultations pour les gens, les pêcheurs, qui dépendent d’un environnement marin sain, explique-t-il. Au lieu, on nous élimine du processus.

Keith Sullivan soutient que les évaluations environnementales favorisent de plus en plus les compagnies pétrolières.

Nous avons tous des amis et de la famille [qui travaillent dans l’industrie pétrolière] et nous comprenons tous l’importance du pétrole et du gaz à Terre-Neuve-et-Labrador. Mais il faut trouver un équilibre. Nous avons des dizaines de milliers de personnes dans l’industrie des pêches, soutient-il.

Rendre le processus plus efficace

Le ministre fédéral des Ressources naturelles, Seamus O’Regan, qui a annoncé les nouveaux règlements jeudi à Saint-Jean, note qu’en vertu des anciennes règles, l’évaluation environnementale d’un nouveau forage extracôtier pouvait durer des années. Dans un cas, le processus a pris 905 jours.

Les nouvelles règles permettront au gouvernement de donner le feu vert aux nouveaux projets dans un délai aussi court que 90 jours, une modification dramatique réclamée depuis des années par l’industrie pétrolière, indique-t-il.

Nous ne sommes en aucune manière en train d’éliminer nos normes environnementales, affirme le ministre. Il ajoute que les changements facilitent l’accès aux réserves de pétrole brut léger — un produit à faible teneur de soufre comparativement au brut lourd produit ailleurs au Canada.

Il rappelle ainsi que l’industrie pétrolière de Terre-Neuve-et-Labrador, qui contribue à hauteur de 30 % au PIB de la province, a vu d’énormes pertes d’emplois et de revenus depuis les derniers mois, et que l’exploration extracôtière est essentielle pour la reprise économique après la pandémie.

Dans une déclaration vendredi, le ministre O’Regan a aussi ajouté que pour qu'une exemption s'applique, les projets doivent répondre à des conditions réglementaires strictes.

Le ministère des Pêches et des Océans continue de fournir des conseils sur la conservation et la protection de l'écosystème marin, la pêche et d'autres questions relatives aux océans.

Feu vert à une poursuite contre Ottawa

La Cour fédérale a donné le feu vert, jeudi, à une demande de contrôle judiciaire qui tente d’invalider l’évaluation régionale sur laquelle les nouveaux règlements environnementaux reposent.

Les trois groupes environnementaux qui ont intenté l’action soutiennent que le comité formé pour effectuer l’étude régionale a négligé d’analyser les effets cumulatifs des projets de forage.

Ecology Action Centre, la Fondation Sierra Club Canada et la section canadienne du Fonds mondial pour la nature affirment que l’évaluation — la première étude régionale effectuée depuis l'adoption de la Loi sur l'évaluation des impacts, en 2018 — ne considère pas suffisamment les accidents, le dysfonctionnement de l’équipement et les incidences combinées des autres activités du secteur pétrolier et gazier.

Les groupes allèguent aussi que l’évaluation, qui a pris moins d’un an, a été effectuée trop rapidement, un facteur qui a rendu moins rigoureuses les conclusions.

Aucune obligation d'informer le public

James Gundvalsen Klaassen, l’un des trois groupes environnementaux qui ont intenté l’action, explique que cette décision préliminaire de la Cour fédérale n’annule pas les nouveaux règlements. Il espère donc participer à une audience de contrôle judiciaire aussitôt que possible.

Le ministre [de l’Environnement] semble avoir délibérément exclu les voix des organisations environnementales des discussions sur les futures propositions de projets. Il n’y a aucune obligation d’informer le public […] alors le public sera tenu dans le noir quand ces propositions seront faites, soutient-il.

En conférence de presse jeudi, le ministre O’Regan a refusé de commenter l’action.

Des incitations pour les compagnies pétrolières

Alors que M. O’Regan affirme que les nouveaux règlements jettent les bases d'un retour à la production et à la stabilité dans le secteur pétrolier, la présidente-directrice générale de l'Association des industries pétrolières et gazières de Terre-Neuve-et-Labrador (NOIA) soutient que les compagnies pétrolières ont besoin d’une aide fédérale dont les impacts seraient ressentis plus rapidement.

Le gouvernement du Canada a besoin de passer à l’action pour que nous puissions rivaliser avec d’autres pays, affirme Charlene Johnson, par voie de communiqué.

Pour y arriver, NOIA demande au gouvernement fédéral de créer des incitations pour encourager l’exploration extracôtière au large de Terre-Neuve-et-Labrador et pour remettre des milliers d’employés au travail.

Nous avons besoin de ces mesures maintenant, souligne Mme Johnson.

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Terre-Neuve-et-Labrador

Industrie pétrolière