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Bombardier Aviation supprime 2500 emplois, la majorité au Québec

Le reportage de Maxime Bertrand

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Bombardier Aviation a annoncé vendredi qu'elle réduira ses effectifs d'environ 2500 employés d'ici la fin de l'année.

Il s’agit de suppressions permanentes d'emplois qui toucheront quelque 1500 employés au Québec et 400 en Ontario. Environ 500 postes seront éliminés au Mexique et 40 autres aux États-Unis.

La compagnie ne précise pas quelles installations et quels programmes sont visés par ces rajustements d’effectifs.

Avant les licenciements annoncés aujourd’hui, Bombardier comptait environ 9700 employés au Québec et 2500 en Ontario.

Bombardier affirme ajuster ses effectifs aux conditions actuelles du marché alors que l'industrie n'échappe pas aux turbulences provoquées par la pandémie de COVID-19.

L'entreprise prévoit ainsi une baisse des livraisons d'environ 30 % sur 12 mois dans l'ensemble de l'industrie des avions d'affaires, secteur vers lequel elle a recentré ses activités.

L'an dernier, Bombardier a livré 142 jets d'affaires de ses familles Global, Challenger et Learjet, soit cinq de plus qu'en 2018, pour une valeur estimée à 5,7 milliards de dollars américains. Au 31 mars, 26 appareils avaient été livrés.

Les abolitions de postes se feront progressivement au cours de l'année 2020. Bombardier s'attend à comptabiliser cette année une charge spéciale d'environ 40 millions de dollars dans leur foulée.

L'entreprise fournira plus d'information sur ses perspectives de marché au moment de la publication de ses résultats financiers du deuxième trimestre, le 6 août 2020.

Un avion d'affaires Global 6000 de Bombardier en gros plan.

La vente de quatre avions d'affaires Global 6000 est évaluée à quelque 310 M$ US.

Photo : Associated Press / Remy de la Mauviniere

Incompréhensible, dit le syndicat

L’Association Internationale des machinistes et des travailleurs de l'aérospatiale juge cette décision incompréhensible.

Elle estime que Bombardier aurait pu éviter cette vague de licenciement en se prévalant de la Subvention salariale d’urgence du Canada (SSUC).

Nous sommes extrêmement déçus de voir que Bombardier refuse de rendre accessible le programme de SSUC à l’ensemble de ses travailleurs. Il aurait été préférable que l’avionneur fasse preuve d’une plus grande ouverture envers ses employés en ces temps difficiles.

David Chartrand, coordonnateur québécois du Syndicat des Machinistes et des travailleurs de l’aérospatiale

Bombardier dit avoir tout fait pour préserver les emplois

Le constructeur rétorque en précisant avoir eu recours au programme fédéral de subvention salariale pour rappeler des milliers d’employés pendant les périodes de fermeture de nos sites manufacturiers.

En entrevue à RDI, le directeur des communications de l'entreprise a déclaré que Bombardier avait tout mis en œuvre pour protéger des postes pour sortir de la crise d’une manière efficace et compétitive.

Il s’agit de s’ajuster à la taille du marché pour être compétitif, insiste Mark Masluch.

On préserve une grande partie de nos effectifs au Canada. Nous allons continuer de livrer des avions. Des milliers de personnes continueront à bâtir des Global, des Challenger, des Learjet pour le carnet de commandes qui est d’ailleurs bien rempli.

Mark Masluch, directeur, Communication et affaires publiques, Bombardier

Présentement, on a 717 personnes qui sont à la maison et qui bénéficient du Programme de subvention salariale d’urgence du Canada, rappelle David Chartrand, et on apprend que l’entente prend fin le 6 juin et qu’elle ne sera pas renouvelée à partir de la semaine prochaine.

Ces 717 personnes vont se retrouver avec au-delà de 300 $ de moins de revenus par semaine, lance-t-il.

Le gouvernement fédéral montré du doigt

Le syndicat, qui n’entend pas abandonner la partie, reproche au gouvernement fédéral de ne pas avoir une stratégie pour relancer et appuyer l'industrie aéronautique.

On n’en revient pas que le gouvernement du Canada refuse de reconnaître l’importance de cette industrie-là.

David Chartrand, coordonnateur québécois du Syndicat des machinistes et des travailleurs de l’aérospatiale

Lors de son point de presse quotidien, le premier ministre Justin Trudeau a cependant rappelé que son gouvernement avait mis en place des aides pour les entreprises et les travailleurs. Et on va continuer, a-t-il dit.

On va continuer en mettant l'emphase pour aider les travailleurs.

Le premier ministre Justin Trudeau

Québec ouvert à une aide supplémentaire

Interpellé sur les annonces de Bombardier, Eric Girard, ministre des Finances, a rappelé que le secteur de l’aviation est directement touché par les effets de la pandémie et n’a pas exclu une aide du gouvernement provincial.

Si Bombardier a besoin d’aide supplémentaire[…] moi, je suis ouvert à ça. Bombardier, c’est extrêmement important pour l’aéronautique.

Eric Girard, ministre des Finances

M. Girard a rappelé que le secteur de l’aviation est directement touché par les effets de la pandémie.

L’opposition est moins indulgente

Bombardier doit au minimum une explication sur ce qui se passe à l’intérieur de l’entreprise et les raisons pour lesquelles elle a pris cette décision-là aujourd’hui, affirme le député libéral André Fortin.

Gabriel Nadeau-Dubois, leader parlementaire de Québec solidaire, n’en pense pas moins et rappelle que son parti demande depuis longtemps que les patrons de Bombardier témoignent au Parlement devant les élus pour nous dire ce qu’ils ont fait avec l’argent public.

J’aimerais que la haute direction nous annonce que pour toute demande, pour toute discussion avec le gouvernement du Québec pour une aide, elle renonce à s'accorder des augmentations de salaire pour une bonne période, lance son côté Martin Ouellet, leader parlementaire du Parti québécois.

Un employé de Bombardier travaille sur un avion dans une usine de Toronto.

Bombardier dit ajuster ses effectifs en fonction des conditions du marché et des défis que pose la COVID-19.

Photo : The Canadian Press / MICHELLE SIU

En mars, l'entreprise a annoncé la nomination d'Éric Martel comme président et chef de sa direction; il avait passé précédemment 13 ans au sein de l'entreprise avant de devenir PDG d'Hydro-Québec.

En février, Bombardier mettait fin à l’aventure de l'A220 en laissant Airbus et le gouvernement du Québec comme seuls actionnaires du programme.

L’entreprise s’en est retirée contre 591 millions de dollars américains et s’est libérée de ses obligations de financement à l'égard du programme qu'elle avait lancé sous le nom de C Series.

Bombardier a par ailleurs annoncé, jeudi, la mise à pied temporaire de 196 employés travaillant dans les services de transport en commun régionaux dans la région du Grand Toronto.

Là aussi, elle a évoqué une forte baisse du nombre d'usagers en raison de la pandémie de COVID-19 pour justifier cette décision.

En zone trouble bien avant la pandémie

Le constructeur a déjà bénéficié d’une aide de 386 millions de dollars américains de la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ) pour lui permettre de faire face aux effets de la pandémie.

Toutefois, les difficultés de Bombardier datent d’avant la COVID-19. Elle comptait sur la vente de sa division transports au géant ferroviaire français Alstom pour se renflouer.

En juillet dernier, Bombardier confirmait le licenciement dès novembre de 550 des 1100 employés de son usine de Thunder Bay, dans le nord-ouest de l’Ontario.

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